3 700 infractions en huit mois en Attique: mineurs et sociétés de location dans le viseur, de Paris à la Finlande l'Europe durcit ses règles
Le service grec de la circulation routière en Attique lance un nouveau cycle de contrôles intensifs sur les trottinettes électriques, après deux récents accidents graves survenus à Tinos et à Glyka Nera, au cours desquels une adolescente de 14 ans et un jeune de 16 ans ont été grièvement blessés.
Les contrôles portent principalement sur l’utilisation des trottinettes électriques par des mineurs, mais aussi sur le respect des autres règles du Code de la route, tandis que les entreprises qui vendent, mettent à disposition ou louent ces véhicules sont également dans le viseur.
Une attention particulière est portée au centre d’Athènes, où l’usage des trottinettes électriques est en forte hausse. Parallèlement, selon des agents de la circulation, de nombreuses plaintes concernent des trottinettes abandonnées sur les trottoirs, réduisant l’espace disponible pour les piétons.
3 700 infractions lors de 6 127 contrôles
Les données de la Direction de la circulation d’Attique illustrent l’ampleur du problème.
Au cours des huit premiers mois de 2026, 6 127 contrôles ont été effectués auprès d’utilisateurs de trottinettes électriques et 3 700 infractions ont été constatées.
Parmi elles, 1 844 concernaient des trottinettes louées et environ 1 800 des trottinettes personnelles.
La grande majorité des contrevenants étaient des adultes: 3 544 personnes. Mais 156 mineurs ont également été verbalisés, dont 20 âgés de 12 à 15 ans et 136 de plus de 15 ans.
Les infractions les plus fréquentes concernent la conduite sans casque de protection et les excès de vitesse. Des cas de circulation de trottinettes électriques sur des voies rapides et de non-respect des feux rouges sont également relevés.
56 accidents en huit mois
Les chiffres des accidents sont encore plus inquiétants.
Au cours des huit premiers mois de l’année, 56 accidents de la route impliquant une trottinette électrique ont été recensés en Attique.
Trois personnes ont été grièvement blessées et 53 autres légèrement.
Les deux récents accidents impliquant des mineurs ont remis sur le devant de la scène la question de l’application des règles, notamment en ce qui concerne l’âge des utilisateurs.
La législation grecque a déjà été durcie. L’utilisation des trottinettes électriques est interdite aux moins de 17 ans, une obligation d’assurance a été instaurée et des sanctions plus sévères sont prévues en cas de circulation sur des routes où la limite de vitesse dépasse 50 kilomètres à l’heure. Des amendes sont également prévues pour les entreprises qui vendent, louent ou mettent à disposition des trottinettes électriques à des personnes de moins de 17 ans.
Malgré ce cadre plus strict, la situation sur le terrain montre que son application reste un défi.
L’Europe encadre les trottinettes électriques
Le débat ne se limite pas à la Grèce. L’essor des trottinettes électriques comme moyen de micromobilité a poussé de nombreux pays et villes européens à chercher un équilibre entre les modes de déplacement alternatifs, la sécurité routière et la protection des piétons.
Le cas le plus radical est la ville de Paris. Depuis septembre 2023, la capitale française a interdit les trottinettes électriques en libre-service, après un vote lors duquel 89 % des participants se sont prononcés en faveur de leur suppression. Les trois entreprises alors actives dans la ville ont été contraintes de retirer leurs véhicules.
Les restrictions à Paris ont été encore renforcées en août 2026. Le port du casque et d’équipements réfléchissants est désormais obligatoire pour toute personne circulant en trottinette électrique sur la voie publique dans la ville, et l’amende pour absence de casque s’élève à 135 euros. L’âge minimum est fixé à 14 ans et la vitesse maximale autorisée à 25 kilomètres à l’heure.
Madrid a suivi une trajectoire similaire. La municipalité a annulé en 2024 les licences des trois sociétés de location de trottinettes électriques qui opéraient dans la capitale espagnole et a indiqué qu’elle n’en délivrerait pas de nouvelles. Parmi les raisons invoquées figuraient des lacunes dans la couverture d’assurance et l’absence de technologies empêchant la circulation ou le stationnement des véhicules dans des zones interdites.
À Bruxelles, le gouvernement régional a décidé l’interdiction totale des trottinettes électriques partagées à partir du 1er janvier 2027. Les licences des sociétés actuellement présentes expirent fin 2026 et ne seront pas renouvelées.
Cette décision a été prise à la suite d’une forte hausse des accidents: en 2025, 666 blessures liées à des incidents impliquant des trottinettes électriques ont été enregistrées dans la région de Bruxelles, soit une augmentation de 26 % par rapport à l’année précédente. Les autorités invoquent également les problèmes causés aux piétons par les trottinettes abandonnées, ainsi que leur utilisation dans des activités criminelles.
Casque, assurance et limites d’âge
L’Italie a opté pour une approche différente, en durcissant les règles applicables aux véhicules eux-mêmes et à leurs conducteurs.
La législation italienne prévoit désormais le port obligatoire du casque, un signe d’identification spécifique pour la trottinette électrique et une assurance responsabilité civile obligatoire envers les tiers. Les exigences en matière d’assurance sont entrées en vigueur en 2026.
En Finlande, un âge minimum de 15 ans pour l’utilisation de la plupart des trottinettes électriques est en vigueur depuis juin 2025. Il est également interdit de confier ce type de véhicule à un enfant de moins de 15 ans. Parallèlement, une limite d’alcoolémie de 0,5‰ a été introduite et la police peut désormais effectuer des tests d’alcoolémie et des contrôles de stupéfiants auprès des utilisateurs.
En Hongrie, l’assurance obligatoire a déjà été étendue à certaines catégories de trottinettes électriques, en fonction de leur poids et de leur vitesse maximale.
En Allemagne, le nouveau cadre réglementaire renforce la responsabilité des sociétés de location de trottinettes électriques, comme Lime et Bolt, en cas d’accident. L’objectif est de faciliter l’indemnisation des victimes même lorsque le conducteur ne peut pas être identifié, et les entreprises pourront être tenues pour responsables des accidents provoqués par des trottinettes abandonnées sur les trottoirs. Les chiffres sont parlants: les trottinettes en libre-service représentaient environ 20 % des trottinettes électriques assurées en 2023, mais étaient liées à près de 40 % des demandes d’indemnisation correspondantes.
Un cadre plus strict est également en cours d’adoption à Chypre, où l’âge minimum pour utiliser une trottinette électrique est passé de 14 à 17 ans. Parallèlement, un décret prévoyant la confiscation des trottinettes électriques pour une durée de 30 à 90 jours en cas d’infractions graves, comme la conduite par des personnes de moins de 17 ans, la circulation sur des routes où elles sont interdites ou le dépassement de la limite de 25 kilomètres à l’heure, fait l’objet d’une consultation publique.
Le dénominateur commun est la volonté de répondre aux problèmes apparus avec la diffusion rapide de la micromobilité : accidents de la route, utilisation par des enfants, circulation sur des routes et trottoirs inadaptés et stationnement incontrôlé des véhicules en libre-service.