Il s'agit du premier événement significatif de ce type depuis l'entrée en vigueur de la loi RIPOST, qui durcit notamment la répression des free parties.
Près de 300 personnes se sont rassemblées samedi sur un terrain privé pour une free-party à la Hoguette, près de Caen, a annoncé la préfecture du Calvados.
Selon les autorités, l'événement se déroule "en violation" de l'arrêté préfectoral pris jeudi 10 septembre, qui interdit, sur l’ensemble du département, "les rassemblements festifs à caractère musical de type free-party, rave-party et teknival".
Sollicité par le service public régional, ICI Normandie, le maire de la commune a raconté que les premiers véhicules étaient arrivés sur place tôt samedi matin. Il a précisé que la fête se tenait sur un "champ éloigné des habitations" et qu'aucun débordement n'avait été constaté.
Dans un message publié sur ses réseaux sociaux, la préfecture a fait savoir que "l’État examine toutes les possibilités pour (...) mettre un terme à ce rassemblement".
"La gendarmerie nationale contrôle tous les accès au site, ainsi que les véhicules, notamment au regard de la consommation d’alcool et de stupéfiants", peut-on lire dans ce message.
Que risquent les fêtards ?
La nouvelle loi RIPOST (pour "Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité"), portée par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et promulguée le 18 août dernier, durcit les sanctions contre les free parties non déclarées.
Le texte, qualifié par son ministère d'"une avancée majeure pour la sécurité des Français", fait de l'organisation d’un rassemblement non déclaré un délit puni de deux ans de prison et 30 000 € d'amende, contre une simple contravention auparavant. Des peines complémentaires sont également possibles.
Mais la loi va encore plus loin : le délit de participation à un rassemblement non déclarés de plus de 250 personnes a été créé. Il est puni de six mois de prison et de 7 500 euros d'amende.
Outre les rave parties, la nouvelle loi vise également des rodéos urbains – qui exposent participants et piétons à de graves accidents – ou encore l'usage détourné du protoxyde d'azote, également appelé "gaz hilarant", qui déclenche fous rires et perte de contrôle, et peut provoquer de graves troubles neurologiques.
"Il n'y a pas plus accessible qu'une free party"
Le période d'adoption de la loi RIPOST a été marquée par une gigantesque free party, organisée en mai dernier sur un champ de tir de l'armée française, près de Bourges, ville natale de Laurent Nuñez.
À cette occasion, Euronews avait recueilli les témoignages d'acteurs des musiques électroniques. Nous en republions ici un extrait :
"Jean (le prénom a été changé), DJ et organisateur de soirées dans la région lyonnaise, confie à Euronews que le durcissement de l'arsenal de sanctions anti-rave l'inquiète, évoquant les contours législatifs "flous" et l'introduction des peines de prison. "On en parle beaucoup entre organisateurs, c'est très problématique".
"C'est tout une contre-culture que l'état souhaite voir disparaître", affirme-t-il.
Alors que le prix des places pour un festival en France tourne autour de 50 euros et que les pass journée peuvent dépasser 100 euros, Jean est persuadé de l'enjeu économique : "La majeure partie du public free n'a pas accès à d'autres espaces de fête qui sont devenus hors de prix".
Déplorant une approche "répressive", qui, selon lui, pousse les organisateurs à aller sur des "terrains dangereux" afin de garantir une certaine "retenue" dans l'intervention des forces de l'ordre, Jean estime que l'État "pourrait accompagner" ces collectifs, les "aider à mettre un cadre".
S'interrogeant sur l'attitude des autorités, le trentenaire s'étonne que la French Touch – qui réunit les artistes phares de la scène électro française des années 1990-2000 – soit sacrée patrimoine immatériel français en décembre 2025, tandis que l'on veut infliger "des peines de prison aux organisateurs de free parties et de rave parties, voire même aux participants".