La candidate du RN pour 2027 a choisi Hénin-Beaumont, véritable fief du parti dans le Pas-de-Calais, pour prononcer son discours de rentrée. Euronews est allé à la rencontre de ses électeurs comme de ses opposants.
Marine Le Pen a donné le coup d’envoi de sa rentrée politique à Hénin-Beaumont, où elle a placé le logement et le pouvoir d’achat au cœur de son premier grand discours en vue de la présidentielle de 2027. Devant ses militants, elle a notamment promis d’instaurer une "priorité nationale" pour les Français, notamment dans l’accès au logement social.
La cheffe de file du Rassemblement national a ouvert son discours en saluant cette "belle terre patriote du bassin minier", dans une ville devenue au fil des années l’un des principaux bastions du parti. Cette ancienne cité minière d’environ 26 000 habitants est dirigée par Steeve Briois depuis 2014, tandis que Marine Le Pen représente la 11ᵉ circonscription du Pas-de-Calais à l’Assemblée nationale depuis 2017.
Pour Laurent Jacobelli, député et porte-parole du Rassemblement national, l’ancrage du parti dans la région s’explique par des raisons historiques et sociales.
"La région du Pas-de-Calais était autrefois un bassin minier, où les gens travaillaient dur, payaient leurs impôts et donnaient tout à la France pour faire vivre leurs familles et construire des maisons. Mais ils ont été violemment abandonnés par la mondialisation et par la défaillance des services publics. Ici, nous avons compris que la souveraineté a un sens, que la patrie et la nation sont des valeurs essentielles", a-t-il déclaré à Euronews.
"C’est pour cela que Marine Le Pen a convaincu les électeurs : parce qu’elle montre que la souveraineté et la réindustrialisation sont possibles", dit-il.
Cependant, devant la gare d’Hénin-Beaumont, le discours est tout autre. Réunis derrière une banderole de protestation, des militants du Collectif Antifasciste du Bassin Minier dénoncent l’implantation du Rassemblement national dans leur territoire.
Militante du collectif, Ludivine, affirme qu'il y a des habitants qui "s'opposent fermement à l'extrême droite."
"Nous sommes dans des zones post-industrielles délaissées, où le chômage augmente, et le discours selon lequel tout cela est dû aux différents boucs émissaires désignés par le Rassemblement national gagne très rapidement du terrain", ajoute-elle.
Des son côté, Laurence souligne : "ce n'est pas parce qu'ils sont élus qu'il n'y a pas beaucoup de gens qui se taisent, qui ont peur ou qui ne savent pas comment exprimer leur opposition à ces idées puantes et dangereuses."
Que pensent les habitants du Rassemblement national ?
Marine Le Pen a multiplié les rendez-vous politiques ce week-end. Samedi, la cheffe de file du Rassemblement national a réuni à huis clos les députés de son parti au Touquet, avant de prononcer dimanche son premier grand discours de rentrée à Hénin-Beaumont.
Mais à Hénin-Beaumont, sa venue n’était pas la seule attraction du dimanche. La ville accueillait aussi sa traditionnelle braderie annuelle. Malgré l’annulation du défilé de la candidate, officiellement en raison des "conditions météorologiques", la pluie n’a pas découragé les habitants ni ceux venus des communes voisines : dès le matin, les rues se sont remplies de chineurs et de vendeurs venus écouler leurs objets d’occasion.
Cathy, une habitante de la ville, explique qu'il y avait une époque où les positions du Rassemblement national étaient "plus difficiles à défendre", tout en affirmant que ce n'est plus le cas aujourd'hui, décrivant Marine Le Pen comme une femme"très courageuse".
Son père, Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, avait été condamné à plusieurs reprises pour des propos jugés racistes, haineux et négationnistes. Depuis qu’elle a pris les rênes du parti, Marine Le Pen s’est employée à en "dédiaboliser" l’image, en France comme à l’étranger, en prenant ses distances avec les déclarations les plus controversées de son père.
Mais la semaine dernière, le Rassemblement national s’est retrouvé sous le feu des projecteurs après la publication par Midi Libre d’une vidéo tournée en novembre 2025, dans laquelle plusieurs policiers municipaux de Carcassonne tiennent des propos racistes, sexistes et complotistes lors d’une patrouille de nuit.
Alors que la diffusion de ces images a suscité une vive polémique à travers la France, les sympathisants locaux semblaient relativement peu concernés. Certains affirmaient ne pas en avoir entendu parler, tandis que d’autres disaient ne pas y accorder une grande importance.
"Je ne pense pas que, parce qu’on vote pour Marine Le Pen, on soit racistes", déclare Antoine, un militant du Rassemblement national âgé de 19 ans, qui n'a pas souhaité commenter le contenu précis de la vidéo.
Plusieurs habitants, comme Laurent, un policier, affichent un soutien sans réserve à Marine Le Pen. Il dit voir en elle la présidente qu’il souhaiterait avoir, "quelqu’un qui fait passer les intérêts de la nation en premier et qui se bat pour le peuple."
Catherine, qui travaille à Lille, se dit elle aussi satisfaite de la gestion de la ville. Elle estime que les autorités locales font du bon travail pour maintenir les rues propres et assurer la sécurité, tout en proposant des activités pour toutes les générations.
D’autres habitants saluent notamment la fiscalité locale, citant les baisses successives du taux de la taxe foncière sur les propriétés bâties décidées par la municipalité.
Sur une éventuelle candidature de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027, plusieurs habitants se disent prêts à la soutenir, tout en se montrant plus réservés sur ses propositions au niveau national. Certains reconnaissent ne pas en connaître précisément le contenu.
Une jeune retraitée, installée à Hénin-Beaumont depuis 25 ans, a pour sa part accepté de témoigner auprès d’Euronews sous couvert d’anonymat. Elle estime que le Rassemblement national fait tout son possible pour "mettre des paillettes" aux yeux des habitants.
"Beaucoup de commerces ici sont tenus par des Algériens, des Marocains et des Tunisiens. Certaines personnes pensent que si le Rassemblement national arrive au pouvoir, tous les Arabes partiront, mais nous sommes français, nous avons des passeports français, et beaucoup d'entre nous ont la double nationalité".
"Je sais que beaucoup de mes voisins votent pour le Rassemblement national, mais je ferme les yeux. Ici, nous savons vivre ensemble, en communauté", dit-elle.
Pour Sana, commerçante d’origine espagnole et marocaine, la proposition de Marine Le Pen de soumettre à référendum l’interdiction du voile dans l’espace public est une mesure qu’elle ne peut accepter et à laquelle elle s’oppose fermement.
"Je ne porte pas le voile, mais au nom des droits des autres femmes, je suis contre ce genre de mesure", confie-t-elle à Euronews.
Un autre commerçant du quartier, sollicité au sujet de son opinion sur le Rassemblement national, a lui aussi choisi de ne pas s’exprimer, y compris sous couvert d’anonymat, disant craindre que cette prise de parole ne lui crée "des problèmes" avec la mairie.
Le 7 juillet 2026, la cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen à trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis et un an ferme aménagé sous bracelet électronique, ainsi qu’à 45 mois d’inéligibilité, dont 30 mois avec sursis.
La cour a considéré que cette peine d’inéligibilité, qui avait commencé à courir dès sa condamnation en première instance le 31 mars 2025, était entièrement purgée. Marine Le Pen peut ainsi se présenter à l’élection présidentielle de 2027.