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Les Européens croient encore au rêve européen, mais ils le jugent hors de portée

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Par Frances Lopez & Video by Loredana Dumitru
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Une nouvelle étude de l'ECFR montre que la plupart des Européens souhaitent encore une Europe plus forte et unie, mais doutent qu'elle soit possible : environ 68 % perçoivent un déclin plutôt qu'un renouveau.

Dans son discours sur l'état de l'Union, Ursula von der Leyen a mis en garde contre une "bataille des récits" qui cherche à affaiblir la confiance dans l'Europe.

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Une nouvelle étude, 'Future Nostalgia: Europe's Unfinished Song', publiée par le European Council on Foreign Relations (ECFR) et la European Cultural Foundation (ECF), conclut que le problème de confiance est bien réel. Ses auteurs le qualifient de "imagination gap", un fossé d'imagination : la plupart des Européens souhaitent encore un continent plus fort et plus uni, mais une majorité doute qu'il parvienne un jour à le devenir.

Ces résultats, fondés sur près de 6 000 entretiens menés dans six pays, dressent le portrait d'une opinion qui n'a pas renoncé au projet européen, mais qui a largement perdu confiance dans sa capacité à tenir ses promesses.

Un continent qui se prépare au déclin

En moyenne, 68 % des personnes interrogées décrivent la situation actuelle de l'Europe en termes de "dégradation générale ou perte de normalité". Seules 12 % y voient un moment de "réveil ou de renouveau". Ce pessimisme varie selon les pays : il est le plus marqué en France, où il dépasse 80 %, et le moins répandu au Royaume-Uni, où il touche tout de même une majorité, mais de manière moins tranchée.

Invités à citer les principaux défis auxquels l'Europe est confrontée, les sondés placent la guerre et la sécurité en tête, citées par 43 %. Ce chiffre monte à 47 % en Pologne et au Royaume-Uni, où la guerre aux frontières de l'Europe et ses conséquences pèsent particulièrement sur l'opinion publique.

Les pressions économiques arrivent ensuite, mentionnées par 33 %, mais leur poids varie fortement d'un pays à l'autre : 41 % des Italiens y voient le principal défi de l'Europe, contre seulement 23 % en Pologne et aux Pays-Bas.

Le jugement porté sur la réponse de l'Europe, tous sujets confondus, est sans appel : 74 % estiment que le bloc gère mal ses défis, et 56 % pensent que son avenir est réellement "en danger", contre seulement 21 % qui ne sont pas d'accord.

Le rêve n'est pas mort

Malgré ce pessimisme, l'étude ne décèle guère de désir de repli. Environ 73 % des personnes interrogées gardent ce que les chercheurs qualifient de "vision positive" de l'avenir de l'Europe, contre 14 % qui ont une vision négative et 13 % qui n'expriment aucune vision claire.

Priés de décrire leurs espoirs pour l'Europe dans vingt ans, les participants évoquent d'abord une plus grande unité et une intégration politique accrue, puis la paix et la sécurité, ainsi que la prospérité et le bien-être partagé.

C'est le paradoxe au cœur du rapport : les Européens n'ont pas renoncé à l'idée d'une Europe plus forte et plus unie.

Même ceux qui se montrent les plus inquiets quant à la direction prise par le continent restent attachés au projet européen plutôt que de s'y opposer. Ce à quoi ils ne croient plus, ce n'est pas la vision elle-même, mais la possibilité qu'elle se réalise.

Pourquoi la confiance s'effrite

L'étude identifie plusieurs raisons précises et récurrentes qui alimentent ce doute.

Près d'un tiers des personnes interrogées (32 %) jugent l'Europe trop lente à agir, une critique qui dépasse 40 % en Allemagne et aux Pays-Bas, où la question est devenue un thème récurrent du débat politique intérieur.

C'est un reproche qu'Ursula von der Leyen semblait elle-même anticiper dans son discours, lorsqu'elle a déclaré aux députés européens que "dans l'économie d'aujourd'hui, la vitesse est essentielle", en défendant son agenda de simplification pour réduire la charge administrative.

Presque autant (30 %) perçoivent l'Europe comme incohérente, incapable de se montrer à la hauteur des valeurs qu'elle affirme défendre.

Plus révélateur encore, 44 % des sondés, soit presque la moitié, ne parviennent pas à citer un seul exemple récent d'action européenne réussie. Les chercheurs estiment que cette absence de "victoires" visibles est au cœur de la difficulté du public à imaginer un chemin crédible entre l'Europe d'aujourd'hui et celle qu'il souhaite.

Un fossé d'imagination, plutôt qu'une crise de légitimité

Selon Pawel Zerka, chercheur principal à l'ECFR et auteur principal de l'étude, ces résultats ne doivent pas être interprétés comme une montée de l'euroscepticisme. Même parmi les segments les plus anxieux de la population, l'attachement au projet européen reste fort. Le problème relève de la crédibilité, pas de l'engagement.

"Pour beaucoup des personnes que nous avons interrogées, le problème n'est pas qu'elles ont cessé de vouloir une Europe plus forte, mais qu'elles ne croient plus qu'elle soit atteignable", explique Zerka. "Les gens peuvent se représenter le type d'Europe qu'ils souhaitent voir, mais ils ont du mal à imaginer un chemin crédible entre ce qu'elle est aujourd'hui et ce qu'ils voudraient qu'elle devienne."

Le rapport estime que pour combler ce fossé, il faudra moins insister sur les grandes promesses et davantage apporter des preuves visibles que la coopération européenne peut produire des résultats que les citoyens perçoivent dans leur vie quotidienne.

Dans son discours, Ursula von der Leyen a appelé les Européens à "riposter" contre les forces qui cherchent à diviser le bloc et à miner la confiance dans le projet européen. L'étude suggère que cette bataille se gagnera moins par la rhétorique que par les preuves.

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