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Qu'est-ce que la "ville du quart d'heure" et comment peut-elle changer nos vies ?

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Par Aisling Ní Chúláin  & Naira Davlashyan, adapté en français par Marie Jamet
Qu'est-ce que la "ville du quart d'heure" et comment peut-elle changer nos vies ?
Tous droits réservés  Igor Ovsyannykov / Pixabay
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Lorsque le Covid-19 a frappé l'année dernière en 2020, il a entraîné avec lui la fermeture des écoles et des bureaux, vidé les transports publics et, dans certains cas, restreint les habitants à un périmètre étroit autour de leur maison.

Mais avec l'adage "faire feu de tout bois" à l'esprit, ce sont précisément ces restrictions qui ont donné aux urbanistes l'occasion de repenser la façon dont nous pouvons réorganiser nos villes de manière plus écologique et durable.

C'est ainsi qu'est né le concept de la "ville du quart d'heure", qui stipule que tous nos besoins fondamentaux devraient être satisfaits en moins de 15 minutes de marche ou de vélo de notre domicile.

L'idée, conçue à l'origine par Carlos Moreno, spécialiste des villes et professeur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, n'est pas née expressément de la pandémie, mais celle-ci lui a donné un second souffle.

Elle pourrait même atteindre de nouveaux sommets de popularité grâce au soutien enthousiaste de la maire de Paris et récente candidate à l'élection présidentielle, Anne Hidalgo, qui a fait de la "ville du quart d'heure", la pièce maîtresse de sa campagne de réélection l'année dernière.

Qu'est-ce qu'une "ville du quart d'heure" ?

"La ville du quart d'heure cherche à promouvoir une ville où les services des proximité viennent faciliter la vie et aux citoyens", explique le professeur Carlos Moreno interrogé par Euronews Next.

"Nous voulons que, dans la ville, à l'endroit où nous habitons, on ait se déplacer moins loin, que ça soit pour aller travailler, pour aller faire ses courses, pour se soigner, pour accéder à la culture ou pour se prélasser".

Au lieu d'avoir des villes avec des quartiers distincts pour vivre, socialiser et travailler, le concept de Moreno envisage le centre urbain comme une tapisserie de quartiers où ces trois fonctions coexistent.

Selon Carlos Moreno, l'évolution spectaculaire vers le travail à distance a démontré que la "ville du quart d'heure" est non seulement réalisable, mais qu'elle pourrait aussi contribuer à régénérer les quartiers urbains.

Le but est de "dé-saturer les espaces des services des transports publics ou privés, avec la possibilité de promouvoir, non pas le télétravail à son domicile, avec l'ordinateur sur ses genoux et les chats, les chiens, les enfants, mais plutôt à décentraliser le travail", précise Carlos Moreno. "Il y a beaucoup de métiers de type services qui peuvent faire l'objet du télétravail [...] Faire une heure de trajet pour être derrière un ordinateur de bureau, ça n'a pas beaucoup de sens s'il vaut mieux une heure derrière un ordinateur près de chez soi. Près de chez soi, ça signifie qu'on peut créer des nouveaux lieux".

Un bâtiment, des usages multiples

La création de nouveaux espaces est un autre élément clé de la "ville du quart d'heure".

Selon le professeur Moreno, afin de fournir un maximum de services et d'activités au niveau local, nous devons ré-imaginer la manière dont nous pouvons utiliser au mieux les infrastructures existantes.

"On a vu qu'à Paris, les taux d'utilisation d'un bâtiment se situent entre 30 et 40%. Cela signifie que entre 60 et 70% du temps, le bâtiment va être quasiment vide", a-t-il déclaré.

"Et pourtant, il est là dans de très bonnes conditions. Donc, on veut davantage utiliser un bâtiment, faire en sorte qu'il accueille d'autres activités que celles pour lesquelles il a été au départ conçu. On appelle ça la chronotopie_, un lieu avec plusieurs usages et chaque usage des nouveaux possibles_".

Dans le concept de Carlos Moreno, les bâtiments désaffectés pourraient être transformés en espaces de co-working. Les écoles pourraient être ouvertes le week-end pour des activités culturelles. Une salle de sport de jour pourrait être transformée en discothèque de nuit. Les cafés pourraient accueillir des cours de langues le soir et les bâtiments publics pourraient accueillir des concerts le week-end.

La "ville du quart d'heure" va-t-elle exacerber les disparités urbaines ?

Si le concept de "ville du quart d'heure" gagne en popularité dans le monde entier, l'idée de quartiers hyper-locaux accessibles ne fait pas l'unanimité.

Les critiques suggèrent qu'elle pourrait conduire à une sorte de tribalisme et exacerber les disparités urbaines existantes entre les quartiers.

"_On a mis beaucoup de gens en banlieue avec un prix du foncier moins cher et on les a éloignés. Puis on leur a dit 'vous prenez le RER ; vous en avez pour une heure._ Et même si cela vous prend une heure pour venir travailler, vous devez encore être reconnaissants d'avoir un travail puisque le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt'". "Avec des villes du quart d'heure, nous voulons aller à l'opposé de cette situation", explique Carlos Moreno.

En réponse à cela, Carlos Moreno souligne que, dans des villes comme Paris, l'inégalité entre ceux qui vivent en banlieues et les communautés plus riches qui peuplent le centre urbain est déjà une réalité.

Le fait que les bureaux, les activités sociales et les espaces culturels soient fortement centralisés autour d'un noyau urbain favorise fortement les communautés plus riches qui peuvent se permettre de payer les loyers élevés d'un centre-ville, affirme-t-il : "Aujourd'hui, les villes sont très inégalitaires. Aujourd'hui, les villes sont très fragmentées, très segmentées".

M. Moreno estime qu'au contraire la ""ville du quart d'heure" peut réellement favoriser la cohésion sociale dans les villes.

"La ville du quart d'heure réduira les inégalités car nous voulons que le territoire devienne polycentrique. Nous voulons améliorer la qualité de vie dans les quartiers défavorisés en mettant en place des lieux de co-working, en créant des espaces verts, des parcs, en installant des entreprises, des activités culturelles, des activités sportives et des pistes cyclables de qualité".

Une ville polycentrique, selon Carlos Moreno, est une ville où chaque personne peut aller où elle veut mais n'a pas besoin de faire une heure de trajet pour satisfaire un besoin comme c'est le cas actuellement.

"Ceux qui vivent dans le centre ont ce choix, mais ceux qui vivent dans les banlieues ne l'ont pas", ajoute M. Moreno. "Donc, en ayant un territoire polycentrique, nous pouvons régénérer la cohésion urbaine avec des services multiples et finalement, nous réduirons cette ségrégation".