D'Allemagne à la Suède, les comparateurs ont déjà obtenu des centaines de millions de Google. L'amende DMA pourrait leur permettre d'en réclamer encore plus.
L'amende de 890 millions d'euros infligée la semaine dernière à Google par l'Union européenne devient un argument de poids pour un nombre croissant d'actions privées en dommages et intérêts intentées par des entreprises tournées vers les technologies dans toute l'Europe.
Cette sanction, la première prononcée au titre du règlement européen sur les marchés numériques (Digital Markets Act), se compose de deux volets.
Bruxelles a estimé que Google continuait de favoriser ses propres services, notamment d'achat en ligne, d'hôtellerie, de transport et de résultats sportifs, au détriment des offres concurrentes dans ses pages de recherche, faussant la concurrence et réduisant la diversité des résultats proposés aux internautes.
Elle a également conclu que Google avait limité la possibilité pour les développeurs d'applications de rediriger les utilisateurs de Google Play vers des options de paiement moins coûteuses en dehors de l'application.
Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission pour une transition propre, juste et compétitive, a souligné que les produits doivent s'imposer par leurs qualités, et non en fonction de celui qui contrôle le moteur de recherche.
Google conteste cette description. Le président des affaires mondiales, Kent Walker, a déclaré que l'entreprise est contrainte de "supprimer" des fonctionnalités appréciées des utilisateurs, comme l'affichage en temps réel des prix et des disponibilités d'hôtels et de vols, et estime que la décision aboutit à une dégradation des produits plutôt qu'à une concurrence loyale.
Qui a réclamé des dommages et intérêts à Google jusqu'à présent
En Allemagne, un tribunal de Berlin a accordé 465 millions d'euros au comparateur de prix Idealo en novembre 2025, bien en-deçà des 3,3 milliards d'euros réclamés par l'entreprise, détenue par Axel Springer.
Dans un communiqué, Idealo a indiqué qu'elle maintiendrait sa demande, quoi qu'il arrive. Son cofondateur, Albrecht von Sonntag, a estimé que "les abus de marché doivent avoir des conséquences" et ne doivent pas se transformer en modèle économique lucratif.
Dans la même affaire à Berlin, une décision parallèle a octroyé environ 107 millions d'euros à Producto GmbH, qui exploite le site Testberichte.de, contre une demande initiale de 290 millions.
En Italie, la filiale 7Pixel du groupe Moltiply a déposé en mai 2025 une action en dommages et intérêts de suivi de 2,97 milliards d'euros, au titre du préjudice subi par son comparateur Trovaprezzi.it.
Dans une communication réglementée au public, Moltiply a indiqué que ce montant reflétait "les effets structurels de l'abus et les intérêts", selon les calculs d'experts indépendants.
En Suède, le comparateur PriceRunner, propriété de Klarna, a obtenu environ 1,7 milliard d'euros devant un tribunal de Stockholm en juillet 2026.
Pourquoi cette amende change la donne
La quasi-totalité de ces dossiers est antérieure à la dernière amende infligée à Google.
Il s'agit d'actions en réparation dites "de suivi", fondées sur la décision Google Shopping rendue en 2017 par la Commission européenne, qui avait jugé Google coupable d'autopréférence sur le fondement de l'article 102, l'ancienne règle de l'Union contre l'abus de position dominante.
Comme cette infraction avait déjà été établie par Bruxelles, les plaignants n'ont pas eu à la démontrer eux-mêmes devant les juridictions nationales, mais seulement à chiffrer le préjudice subi.
La nouvelle sanction vise des comportements distincts et plus récents : la poursuite de l'autopréférence dans les résultats de recherche et des pratiques anti-redirection dans la boutique Google Play.
Elle ne rouvre pas les anciens dossiers et n'en modifie pas le fondement juridique. En revanche, elle fragilise un argument de défense dont Google a largement usé lors des procès en dommages et intérêts : l'idée que les changements apportés en 2017 avaient corrigé le problème et que tout préjudice n'avait été que temporaire.
Le constat que les mêmes pratiques ont perduré plusieurs années plus tard rend cet argument difficile à maintenir.
La nouvelle amende pourrait aussi élargir le champ des demandes. En documentant des manquements plus récents, elle pourrait permettre aux entreprises de réclamer des dommages et intérêts pour ces années supplémentaires, en plus de la période antérieure à 2017 déjà couverte par les anciennes affaires, ce qui devrait alimenter à la fois des réclamations plus élevées et de nouveaux recours.