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Un détail de la fresque murale de Cotonou

En graffitis, l'histoire et la culture du Bénin sur plus d'un kilomètre de long à Cotonou

Sur un fond bleu et jaune, le graffeur retouche une image peinte à la bombe de la statue mi-homme, mi-requin du roi Behanzin, l'un des trésors volés, rendus au Bénin par la France à la fin de l'année dernière.

Cette image n'est que l'une de celles réalisées par 26 graffeurs locaux et internationaux qui ont créé une peinture murale décrivant l'histoire et la culture du Bénin sur plus d'un kilomètre le long d'un mur de Cotonou, la principale ville du pays.

Leur objectif est de créer à terme la plus grande fresque murale du monde dans le cadre d'un festival placé sous le thème du "Bénin nouveau".

"Pour créer le Bénin du futur, nous devons garder en vue le Bénin du passé", a déclaré Laurenson Djihouessi, connu sous son nom d'artiste Mr Stone, qui est le promoteur du festival.

De nombreux graffeurs ont choisi de représenter les trésors restaurés, qui ont été volés par les forces coloniales françaises et rendus à Cotonou cette année après des négociations avec Paris.

Les objets sont exposés pour la première fois au Bénin depuis février dans une exposition historique au palais présidentiel, situé à quelques centaines de mètres de la fresque.

"Là-bas, c'est le public qui vient à l'art, mais ici, c'est l'art qui vient au public", a déclaré Stone, dont les images rendent hommage aux amazones, soldats d'élite exclusivement féminins du royaume du Dahomey, l'un des royaumes du Bénin avant la colonisation française.

L'artiste a déclaré vouloir placer la femme béninoise "au cœur de l'action et du développement", pour qu'elle soit "l'Amazone des temps modernes".

Mais ce n'est pas seulement l'histoire royale du passé du Bénin qui est peinte sur la fresque qui attire des dizaines de passants.

Pas seulement le passé du Bénin

Soutenu par la Fondation Claudine Talon, dirigée par la Première Dame du Bénin, et le ministère de la Culture, le mur met également en lumière les réalisations récentes du pays d'Afrique occidentale.

On y trouve des grues symbolisant la réforme du port de Cotonou et des machines agricoles, une référence à la modernisation du secteur agricole.

Des images de routes sont censées montrer une partie des projets d'infrastructure présentés par le président Patrice Talon comme l'une de ses réussites.

Depuis sa première élection en 2015, Talon a lancé des dizaines de projets dans ce qu'il appelle une campagne visant à mettre sa nation sur la voie du développement.

Si l'économie a pu être modernisée, l'opposition béninoise affirme que la démocratie du pays a également souffert sous le règne de Talon.

Sur sa partie du mur, l'artiste féminine Drusille Fagnibo a également peint le bâtiment de la Cour des crimes économiques et du terrorisme, connu sous le nom de Criet.

Selon ses détracteurs, ce tribunal spécial, créé en 2016 pour mettre fin à l'impunité de la classe politique, est utilisé comme une arme politique par le gouvernement pour cibler les opposants.

En décembre, le tribunal a condamné le chef de l'opposition Reckya Madougou à 20 ans de prison pour terrorisme, une peine que ses avocats ont décrite comme une attaque politique.

Le gouvernement nie toute allégation selon laquelle le tribunal est manipulé à des fins politiques.

Plus de 700 mètres de mur ont été décorés depuis le 11 avril, et les organisateurs veulent l'étendre à 1 300 mètres au début de 2023. Ils espèrent ainsi battre le record de la plus longue fresque de graffitis au monde.