Sommet de l’UEEA à Astana : les dirigeants débattent d’IA, de marchés numériques communs et de corridors commerciaux pour une intégration accrue
Les pays de l'Union économique eurasiatique (UEEA) s'orientent vers une intégration économique plus poussée grâce à la numérisation et à l'IA, alors que les dirigeants du bloc se sont réunis à Astana pour un sommet de deux jours.
Au cours de ces discussions de haut niveau, les États membres ont évoqué la création d'un environnement numérique unifié afin de bâtir un marché sans frontières sur un espace économique commun de plus de 20 millions de kilomètres carrés.
Les délégations se sont penchées sur le commerce, les projets conjoints et le développement d'outils numériques communs ainsi que de systèmes d'IA destinés à renforcer la coopération et à réduire la fragmentation au sein du bloc.
L'an dernier, les échanges à l'intérieur de l'Union ont plus que doublé, tandis que le chiffre d'affaires avec les pays tiers a augmenté de 72 %, et qu'environ 90 % des règlements se font désormais en monnaies nationales, alors que les États de l'UEEA étudient aussi la création d'un système de transit unique.
Portée par la numérisation, l'Union devrait voir, selon le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev, le volume des échanges entre les membres de l'UEEA progresser d'environ 6 %, pour dépasser 85 milliards d'euros cette année, contre 80 milliards l'an dernier.
Il a ajouté que la croissance du PIB des pays de l'UEEA est estimée à environ 2,5 % pour la période 2026–2027.
Entrée dans sa douzième année d'existence, l'UEEA fonctionne comme un marché intégré unique et une zone de libre-échange pour ses cinq membres : la Russie, le Bélarus, le Kazakhstan, le Kirghizstan et l'Arménie.
Le bloc a déjà conclu des accords avec plusieurs pays, dont la Serbie, le Vietnam, les Émirats arabes unis, la Mongolie et l'Indonésie. La Chine demeure son principal partenaire et représente environ un tiers de ses échanges extérieurs.
Une intégration portée par l'IA
Kassym-Jomart Tokaïev a indiqué que, durant la présidence kazakhstanaise de l'UEEA, le pays a proposé de recourir concrètement à l'IA pour mettre en œuvre les « quatre libertés » du bloc, afin de renforcer la compétitivité des États membres.
Les États membres ont également proposé d'élaborer des principes communs pour un usage responsable de l'IA, ainsi que de mutualiser les capacités de calcul et le développement de modèles.
Dans le même temps, la Russie a proposé d'organiser l'an prochain une rencontre de haut niveau consacrée à l'IA pour approfondir la coopération sur les modèles nationaux d'IA et l'interconnexion des infrastructures informatiques et énergétiques, a indiqué le président russe Vladimir Poutine.
Sur le terrain, des projets pilotes sont déjà expérimentés à l'échelle de l'UEEA.
Au Kazakhstan, plusieurs assistants numériques fonctionnant grâce à l'IA ont été développés par les administrations comme par des start-up pour aider les citoyens à s'y retrouver plus facilement dans les systèmes juridiques et réglementaires.
Selon le vice-ministre de l'Intelligence artificielle et du Développement numérique, Dmitry Mun, ces assistants juridiques fondés sur l'IA visent à simplifier la législation, à réduire la bureaucratie et à rendre les systèmes de régulation plus accessibles aux citoyens et aux entreprises.
Certains de ces outils sont désormais testés pour rationaliser les procédures dans l'ensemble des États membres.
Corridors commerciaux et modernisation de la logistique
Environ 85 % des marchandises acheminées de la Chine vers l'Europe transitent par le corridor du Milieu, selon les autorités.
L'intelligence artificielle est de plus en plus déployée parallèlement au TDN et au corridor de transport numérique le long de la Route internationale de transport transcaspienne. Ensemble, ces mesures devraient augmenter d'environ 30 % les exportations hors matières premières au cours des deux prochaines années.
Le ministre kazakh du Commerce et de l'Intégration, Arman Shakkaliyev, a indiqué que le pays entend également tirer parti des grandes voies de transport, notamment le corridor du Milieu et le corridor Nord–Sud, pour bâtir un écosystème logistique pleinement intégré.
L'objectif, a-t-il précisé, est de faire du Kazakhstan un hub régional majeur où convergent les routes de transport et où se consolident d'importants flux d'exportation.
L'ambition est de disposer d'ici 2030 d'un système pleinement opérationnel, avec des volumes de fret atteignant environ 10 millions de tonnes. Les travaux sont déjà en cours, notamment la modernisation du réseau ferroviaire et la construction de nouvelles infrastructures.
La visite de Poutine et les accords bilatéraux
Le sommet a fait suite à la visite d'État de Vladimir Poutine au Kazakhstan, au cours de laquelle les deux pays ont entériné sept grands axes de coopération bilatérale et signé un ensemble plus large d'accords couvrant l'énergie, les transports, la finance, l'éducation et le développement industriel.
La Russie reste le premier investisseur au Kazakhstan, avec près de 25 milliards d'euros déjà injectés et l'intention de renforcer encore cet engagement. Elle construit également la première centrale nucléaire du pays, pour un montant d'environ 14 milliards d'euros.
Vladimir Poutine a indiqué que cette centrale devrait assurer environ 20 % de la consommation électrique du Kazakhstan, ajoutant que les conditions de financement de ce type de projets sont conformes aux pratiques internationales.
Il a souligné que ce projet soutient les capacités industrielles russes grâce aux commandes d'équipements et aux contrats de maintenance de long terme, tout en renforçant la coopération entre les deux pays dans le domaine de l'uranium et des technologies nucléaires.
Pour le Kazakhstan, les responsables estiment que ce projet représente à la fois un gage de sécurité énergétique et un pas vers une économie qui dépasse les exportations de matières premières pour s'engager dans une coopération technologique à plus forte valeur ajoutée.