Du gigantesque Soleil lumineux et d’installations immersives impossibles à photographier aux anciennes lunettes de neige arctiques et aux textiles inspirés des missions Apollo, l’exposition traverse des siècles d’imagination humaine
Depuis que les premiers humains ont levé les yeux vers le ciel pour tenter de le comprendre, le Soleil et la Lune sont au centre de tout : la foi, la mesure du temps, l’agriculture, la mythologie et l’art.
Cet été, la grande nouvelle exposition de la Saatchi Gallery, The Sun and The Moon, se fixe un objectif ambitieux : rassembler tout ce spectre de fascination humaine dans neuf salles réparties sur deux étages et le présenter à travers le regard de plus de 170 artistes.
Il s’agit du deuxième volet de la série de la Saatchi consacrée à la manière dont le monde naturel nourrit la création artistique, après le succès considérable de l’an dernier, FLOWERS - Flora in Contemporary Art and Culture.
« C’est un véritable voyage de 24 heures à travers les yeux des artistes et des créateurs », explique la commissaire Katherine Benson à Euronews Culture lors de la présentation à la presse. « Ces constantes célestes accompagnent nos vies depuis toute l’histoire de l’humanité, et nous voulions explorer toutes les façons dont elles ont inspiré les artistes. »
Une journée en neuf salles
Cette vaste exposition est ingénieusement construite comme un cycle complet de 24 heures : elle entraîne les visiteurs de l’aube à midi, puis au coucher du soleil et jusqu’au cœur de la nuit, chaque salle reflétant un moment de la journée et les récits qui y sont associés.
L’exposition s’ouvre sur des œuvres de Patrick Caulfield, Barbara Hepworth et Sinta Tantra, avant d’entrer dans Dawn, qui retrace la manière dont les premières cultures comprenaient le Soleil et la Lune comme des forces cosmiques.
Parmi les artefacts présentés figurent un buste celtique de Sol Invictus datant du Ier siècle av. J.-C., une réplique du disque céleste de Nebra, ainsi qu’un grand textile indien du XVIIe siècle représentant le Soleil, exposé aux côtés de pièces contemporaines comme des costumes de l’Opéra royal.
Plus loin, d’autres salles explorent le rôle du Soleil dans la mesure du temps et l’agriculture, les rituels de la culture estivale et la charge émotionnelle du coucher de soleil.
Au milieu du parcours, on découvre le spectaculaire Helios, une immense sphère lumineuse de six mètres de diamètre signée par l’artiste britannique Luke Jerram. Elle est constituée de 400 000 photographies du Soleil fournies par l’astrophotographe Dr Stuart Green, complétées par des observations de la NASA.
Les visiteurs sont invités à s’allonger dans des chaises longues installées en dessous et à lever les yeux vers l’œuvre qui s’illumine lentement au-dessus d’eux, tandis qu’une bande-son ambient spécialement composée par Duncan Speakman et Sarah Anderson résonne dans l’espace. Un lieu parfait pour contempler l’univers ou, si vous avez fait le plein d’art pour la journée, un endroit idéal pour une petite sieste.
« J’espère que cette œuvre suscitera l’émerveillement, confie Jerram, et incitera les visiteurs à réfléchir à l’importance du Soleil dans nos vies : pour la lumière, la chaleur, l’énergie de notre planète, et à la façon dont notre étoile la plus proche a inspiré la culture et la religion à travers l’histoire. »
Les femmes derrière l’alunissage
La seconde partie de l’exposition se tourne vers la Lune, en commençant par ses phases et son observation au fil des siècles, avant d’aboutir à Walking on the Moon, une salle consacrée à l’héritage culturel des missions Apollo et aux histoires méconnues qui les accompagnent.
Sa pièce maîtresse est Moon Landing, une collaboration exceptionnelle entre l’artiste textile Margot Selby et la compositrice Helen Caddick. L’œuvre rend hommage aux femmes navajos qui ont tissé les circuits intégrés et aux ouvrières de l’usine Raytheon qui ont câblé les mémoires des modules d’Apollo 11, des contributions longtemps passées sous silence.
La partition de Caddick est construite autour de la logique même du tissage. « Margot m’a expliqué qu’elle utilise le code binaire dans son tissage, ce que j’ai trouvé fascinant, raconte-t-elle. J’ai donc écrit la musique pour deux harpes, deux violoncelles et deux violons : ils fonctionnent comme un code binaire. Très souvent, lorsque la première harpe se tait, la seconde joue. » La pièce se déploie en six sections, du calme d’une tisserande qui s’installe à son métier jusqu’à la cacophonie de l’atterrissage du vaisseau.
Le textile lui-même – tissé par Selby et six membres de son atelier pendant quatre mois – compte plus de 30 000 fils et répond directement à la musique, section par section.
« Le choix des couleurs est instinctif, explique Selby à Euronews Culture, mais les rythmes et les motifs sont entièrement dictés par la musique. »
Un lien pour écouter ou télécharger la magnifique composition de Caddick est disponible ici (source en anglais).
Nouvelles voix
Plus loin, l’artiste pluridisciplinaire britannico-zambien Kay Gasei, lauréat du Soho House Art Prize en 2021, propose une réflexion plus intime sur la Lune avec son œuvre Moonlight Series Number Four: Boy by the Pool.
À la fois portrait de famille et récit mythologique, cette toile (l’une d’une série de quatre) s’inspire de souvenirs d’aventures enfantines après la tombée de la nuit.
« Il est question d’espièglerie, de jeux nocturnes, explique Gasei. J’ai fugué plus d’une fois quand j’étais enfant. On m’a déclaré disparu pendant quelques heures, mais moi, je savais très bien où j’étais. »
L’exposition élargit également le propos au-delà des récits occidentaux familiers. La créatrice et artiste sakha Aina Petrova présente son projet URSUUNA – des interprétations contemporaines des lunettes traditionnelles de neige arctiques – parmi les plus anciens dispositifs de protection oculaire jamais inventés.
Conçues pour prévenir la cécité des neiges durant les longs hivers arctiques, ces lunettes deviennent des symboles à la fois de survie et d’identité culturelle.
Autrefois taillées dans le bois et l’os, elles sont réinventées par Petrova en argent et en laiton. Ses créations sont exposées aux côtés d’une paire originale de lunettes, vieilles d’environ 1000 ans.
« Je voulais renouer avec mes racines et mes ancêtres, explique Petrova. C’est ce qui me définit. »
Et si vous la croisez dans l’exposition, n’hésitez pas à lui demander : elle se fera un plaisir de vous laisser en essayer une paire (et oui, on voit étonnamment bien à travers).
« J’aimerais que les visiteurs repartent avec l’envie d’en savoir plus sur la République de Sakha et sa culture. Une plus grande visibilité pour les peuples autochtones dans le monde, c’est important », ajoute-t-elle.
Des installations impossibles à photographier
Les dernières salles, Midnight et The Darkest Hours, plongent pleinement dans les territoires du folklore, des rêves et de la perception.
Là, des œuvres d’artistes reconnus comme Paula Rego et Joan Miró mènent à deux installations immersives spectaculaires du collectif artistique international teamLab. Toutes deux font partie de leur série « Cognitive Sculpture ».
« Il est assez difficile d’expliquer cela avec des mots. Le mieux est d’entrer dans l’espace », explique Takashi Kudo, directeur de la marque de teamLab.
« Quand vous pénétrez dans cette installation, il y a de nombreuses formes lumineuses presque anonymes, comme des sphères. Mais elles n’“existent” pas au sens traditionnel. Elles sont faites de lumière et d’environnement. Même si vous essayez de les toucher, vous ne pouvez pas. Il n’y a pas d’objet physique, mais nous les percevons comme si elles existaient », poursuit-il.
Dans leur installation Massless Suns and Dark Suns, des sphères lumineuses semblent flotter dans l’espace de la galerie. Mais elles sont impossibles à photographier et ne se révèlent pas immédiatement de manière stable. Elles n’apparaissent vraiment qu’après un certain temps d’observation.
Comme l’explique Takashi, « elles existent, même si vous ne pouvez pas les photographier. Vous ne pouvez en parler qu’avec d’autres personnes qui y sont allées ». C’est ce que teamLab appelle une « cognitive sculpture » : une œuvre qui n’est pas constituée de matière, mais naît de l’interaction entre la lumière et l’espace.
C’est une conclusion parfaitement adaptée à une brillante exposition consacrée au ciel : quelque chose qu’il faut vivre en personne pour y croire.
« J’espère que le public repartira avec un sentiment de connexion », confie Katherine Benson, de l’équipe curatoriale.
« Nous cherchons tous à nous situer dans le monde et dans l’univers. Voir comment le Soleil et la Lune ont inspiré les gens au fil de l’histoire peut, je l’espère, donner aux visiteurs le sentiment d’être davantage reliés – au monde et aux autres. »
The Sun and The Moon: Art Inspired by the Celestial est à l’affiche de la Saatchi Gallery de Londres jusqu’au 8 septembre 2026.