Le président du Conseil européen a initié la reprise des discussions entre Bruxelles et Moscou afin d’éviter d’être tenu à l’écart d’éventuelles négociations.
L’Union européenne a discrètement entrepris de renouer le dialogue avec Moscou afin d’éviter d’être tenue à l’écart d’éventuelles négociations visant à mettre fin à la guerre d’usure menée par la Russie en Ukraine, ont indiqué plusieurs responsables européens, ce jeudi 18 juin. Un sujet qui a dominé le sommet des dirigeants de l'UE à Bruxelles.
António Costa, président du Conseil européen, a défendu sa décision surprise d’ouvrir un canal diplomatique avec le Kremlin afin d’évaluer si les conditions étaient réunies pour des négociations de paix, une possibilité que son équipe juge, pour l’instant, non réaliste.
Aucune explication claire n’a été donnée sur les raisons pour lesquelles António Costa, qui a fait du maintien de l’unité des Vingt-Sept un thème central de sa présidence, a estimé que le moment était venu de tendre la main à Moscou.
En début de semaine, son chef de cabinet, Pedro Lourtie, a eu plusieurs conversations téléphoniques avec un proche conseiller du président russe Vladimir Poutine. S'il n'y a eu aucune confirmation officielle, il s'agirait de Iouri Ouchakov.
Rester coordonnés
"Au cours des dernières semaines, de brefs contacts ont eu lieu au niveau diplomatique afin d’ouvrir des canaux de communication, mais aucun sujet de fond n’a été abordé", a déclaré, sous couvert d’anonymat, un responsable européen. "Quel que soit le scénario futur, l’Union européenne possède des intérêts spécifiques qui devront être défendus. Il est donc important d’avoir établi des canaux diplomatiques avec la Russie. L’UE n’est pas un médiateur. Elle soutient l’Ukraine dans ses efforts pour parvenir à une paix juste et durable", a-t-il ajouté.
"Le président a expliqué qu’il avait demandé à son cabinet d’ouvrir un canal diplomatique avec la Russie. L’objectif était d’être prêts, le moment venu, à défendre les intérêts de l’UE. Il s’agit de contacts brefs, sans échange de fond ni négociation, simplement des diplomates qui font leur travail diplomatique", a indiqué un autre responsable européen.
"L’essentiel est que les Européens restent coordonnés sur la manière d’engager un dialogue avec la Russie et sur la position que doit adopter l’UE", a ajouté ce responsable, en soulignant que la coordination des Vingt-Sept relève de la mission du président du Conseil.
Selon ce responsable, "plusieurs dirigeants" ont estimé que António Costa serait le "représentant naturel" des intérêts du Bloc, laissant entendre qu’ils soutiendraient sa désignation en tant qu’envoyé spécial pour des discussions directes avec la Russie.
Les États membres divisés
Les dirigeants de la Belgique, de la Slovénie et de l’Autriche comptaient parmi ceux qui ont salué la décision d'António Costa. La Slovaquie et la Bulgarie sont également considérées comme favorables.
"Toute démarche susceptible de conduire à une cessation des hostilités et à l’ouverture de négociations doit être bienvenue", a déclaré le Premier ministre slovène Janez Janša .
Plusieurs États membres ont toutefois exprimé leur désaccord. La Pologne, les pays baltes et les pays nordiques figurent parmi ceux qui ont fait part de leurs inquiétudes, ont indiqué plusieurs diplomates à Euronews.
À l’origine de cette division, le fait que tous les États membres ne jugent pas opportun, à ce stade, d’engager le moindre contact avec la Russie, tandis que d’autres suggèrent de confier cette mission au format E3, à savoir l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Le groupe E3 explore déjà les moyens d’ouvrir son propre canal avec le Kremlin.
António Costa n’a pas mené de larges consultations avec les capitales nationales avant de décider de tester la possibilité d’ouvrir un canal avec les Russes. Son entourage assure que l’homme politique portugais s’est laissé encourager par l’Ukraine, qui a demandé aux Européens de jouer un rôle plus important dans le processus de paix, y compris en parlant à la Russie.
"Il est important pour elle d’avoir une voix forte et une présence dans ce processus, et il convient de déterminer qui représentera précisément l’Europe", a déclaré le mois dernier le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy après s’être entretenu avec António Costa.
Jeudi, les conclusions du sommet adoptées par les Vingt-Sept ont indiqué, pour la première fois, que l’UE était prête à "renforcer son engagement" dans les négociations.
Cependant, cette démarche diplomatique est intervenue quelques jours avant que ces conclusions (source en anglais) ne soient scellées, ce qui soulève la question de savoir si António Costa disposait d’un mandat ou s’il a agi avec l’appui d’un nombre limité d’États membres.
Euronews a interrogé plusieurs responsables de différents États membres qui ont affirmé ne pas avoir été consultés et avoir découvert l’initiative par la presse. L’un de ces diplomates a toutefois salué les efforts du président.
Ce nouvel épisode met en évidence les profondes divisionsentre les membres dans leur manière de gérer la relation avec la Russie. "L’Ukraine comme l’Europe ont toujours été très claires : au final, il faudra des négociations pour parvenir à un accord de paix durable", a déclaré le Premier ministre néerlandais Rob Jetten. "Mais tant que les Russes ne sont pas disposés à aller dans ce sens, nous devons aider l’Ukraine à prendre l’avantage sur le champ de bataille."