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Interview : le Premier ministre géorgien sans solution pour sortir de l'impasse avec l'UE

Sommet sur l'élargissement de l'Union européenne (UE)
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Par Luca Bertuzzi & Maria Tadeo
Publié le
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Irakli Kobakhidze assure rester "très engagé" en faveur de l'adhésion de la Géorgie à l'UE, mais ne propose aucune piste pour relancer les négociations. Il accuse la Commission européenne de "chantage" politique et exclut d'abroger deux lois au cœur du différend avec Bruxelles.

Le Premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidze, a assuré que son gouvernement restait "très engagé" en faveur de l'adhésion à l'Union européenne. Mais il n'a apporté aucune réponse convaincante sur la manière dont il entend relancer la candidature du pays, aujourd'hui au point mort, préférant accuser Bruxelles de ''chantage'' politique.

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Lors du sommet sur l'élargissement de l'UE organisé par Euronews mardi, Kobakhidze a de nouveau imputé à la Commission européenne la rupture des relations, tout en excluant de revenir sur les lois controversées qui ont contribué à freiner les ambitions européennes de la Géorgie.

Le pays a déposé sa candidature à l'adhésion à l'UE en 2022, en même temps que l'Ukraine et la Moldavie, après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie. Mais la Commission européenne avait initialement refusé de lui accorder le statut de candidat, estimant que les progrès en matière de démocratie, d'État de droit et de réformes institutionnelles étaient insuffisants.

"C'était une grande erreur", a-t-il déclaré au sujet de la décision de la Commission.

"C'était extrêmement incompréhensible, car il n'y avait aucun fondement. La Commission européenne a rendu publics son évaluation et ses scores concernant la Géorgie et d'autres pays. Or, la Géorgie faisait bien mieux que la Moldavie ou la Bosnie, mais ces pays ont obtenu le statut de candidat."

Il a accusé la Commission de partialité politique, affirmant que sa décision avait provoqué des manifestations organisées par des groupes d'opposition et des ONG qu'il accuse d'être financés par des donateurs européens et d'autres bailleurs étrangers.

La Géorgie a finalement obtenu le statut de candidat en décembre 2023, mais les relations se sont rapidement détériorées. Quelques mois plus tard, le Conseil européen estimait que les actions du gouvernement avaient de facto mis un coup d'arrêt au processus d'adhésion.

En novembre 2024, Tbilissi a annoncé qu'elle ne chercherait pas à ouvrir de négociations d'adhésion à l'UE avant la fin de 2028. Une décision unilatérale prise après la publication par la Commission européenne d'un rapport faisant état d'un grave recul démocratique en Géorgie, notamment dans les domaines de la justice et de la liberté des médias.

Interrogé sur les raisons de ce choix, alors que près de 80 % des Géorgiens soutiennent l'adhésion à l'UE, Kobakhidze a une nouvelle fois rejeté la responsabilité sur Bruxelles.

"Si la Commission européenne décide d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Géorgie, nous y participerons immédiatement. Ce n'est pas nous qui avons pris cette décision. C'est bien la Commission européenne qui a décidé de suspendre le dialogue politique avec la Géorgie", a déclaré Kobakhidze.

"Quand quelqu'un veut changer quoi que ce soit en Géorgie, il doit discuter avec nous. Mais le problème, aujourd'hui, c'est qu'ils ne nous parlent pas. Ils ne sont pas prêts à dialoguer avec nous", a-t-il ajouté.

Invité à préciser les mesures concrètes qu'il comptait prendre pour sortir de l'impasse, Kobakhidze s'est contenté d'évoquer sa volonté d'engager un débat public avec la Commission.

Il a maintenu que l'évaluation de la Géorgie par Bruxelles était erronée et relevait du chantage politique.

Surtout, il a exclu d'abroger l'une des deux lois au cœur du différend : celle sur la transparence de l'influence étrangère et celle instaurant un registre national des ONG. Toutes deux ont été critiquées par la Commission de Venise du Conseil de l'Europe, qui a appelé à deux reprises le parti au pouvoir à revoir ces textes.

Dans un avis juridique, la Commission de Venise a estimé que les objectifs de ces lois manquaient de clarté, que certaines définitions étaient vagues et que les sanctions pénales étaient disproportionnées.

Kobakhidze a défendu ces textes, estimant que réclamer leur abrogation revenait à porter atteinte à la souveraineté de la Géorgie.

"Le Parlement géorgien a adopté cette législation avec dignité, et celle-ci est pleinement conforme aux normes internationales", a-t-il poursuivi, accusant à son tour la Commission de Venise de partialité politique.

Il est allé jusqu'à comparer les exigences de Bruxelles aux pratiques de l'époque soviétique, lorsque la Géorgie était tenue de suivre les directives de Moscou.

"Nous voulons avoir une approche différente avec l'Europe", a-t-il déclaré.

Tout au long de l'entretien, Kobakhidze a accusé la Commission de pratiquer le double standard, de s'ingérer dans les affaires intérieures du pays et de refuser tout dialogue avec Tbilissi. Pourtant, il n'a avancé aucune piste concrète pour sortir de l'impasse, ni donné le moindre signe que son gouvernement était prêt à répondre aux principales préoccupations de l'UE.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles la Géorgie souhaitait toujours rejoindre l'UE, il s'est dit "optimiste" quant à une possible évolution de l'Union, tant dans son attitude envers la Géorgie que dans son fonctionnement global, face à la multiplication des défis géopolitiques et aux difficultés économiques auxquelles elle est confrontée.

"Nous devons nous mettre d'accord, l'Union européenne et la Géorgie, sur notre volonté de voir émerger une Géorgie démocratique, fondée sur l'État de droit et le respect des droits humains, économiquement forte et souveraine au sein de l'Union européenne. Si nous partageons cet objectif, tout suivra", a-t-il déclaré.

Les rapports de la Commission européenne ont été approuvés par le Conseil européen, qui réunit les dirigeants des 27 États membres et doit se prononcer à l'unanimité sur l'adhésion de tout nouveau pays à l'UE. Dans une résolution adoptée en 2025, les dirigeants européens ont exhorté les autorités géorgiennes à mettre fin à leur rhétorique hostile envers les institutions européennes et la mission de l'UE à Tbilissi.

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