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«Les partis politiques sont dépendants des médias »

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Cette responsabilité des médias, l’historien Gérard Noiriel, spécialiste de l’histoire de l’immigration, la martèle. Lors d’une journée d‘étude et de réflexion avec comme thème Construire ensemble : quelles pratiques pour contrer le rejet de l'autre ? organisée en 2010 par l’association Tissé Métisse, à Nantes, Gérard Noiriel livre une analyse pertinente, dont nous retranscrivons quelques extraits.

« L’affaiblissement des partis politiques fait que désormais même les partis sont dépendants des médias. Nous sommes tous dépendants de l’actualité qui est fabriquée chaque jour par les médias. Et nous, historiens, nous, sociologues, nous nous battons – moi, ça fait plus de 20 ans que je me bats- contre ce que racontent les journalistes sur les problèmes d’immigration etc… Mais nous sommes impuissants à changer les choses parce que nous ne représentons rien par rapport au pouvoir que détiennent les médias de toucher des millions de gens. Le plus puissant, c’est celui qui touche le plus de monde. C’est la loi du plus fort. (…) On est dans un monde où les médias jouent un rôle décisif. La manière de nommer la réalité devient tout à fait fondamentale, ajoute l’historien qui évoque la Marche pour l‘égalité et contre le racisme de 1983, qui rassembla des dizaines de milliers de personnes.

« En passant de la « marche pour l‘égalité » – comme les marcheurs l’avaient appelée – à ce que les médias ont converti en « Marche des beurs », vous avez un basculement d’une lutte sociale, politique contre les discriminations vers une lutte à caractère ethnique. (…) Donc on a là, y compris avec la complicité – en tout cas le soutien – de la gauche, tout un processus d’ethnicisation qui va finalement créer un socle sur lequel vont s’accorder la droite et la gauche puisque ce terme « beur » – c’est frappant- autant Le Pen que Mitterand le reprennent à leur compte. Simplement, ils l’affectent d’un signe différent. Pour la gauche, c’est la promotion : le bon « beur », la culture « beur », la mode « beur »… Alors que pour la droite, au contraire, c’est la diabolisation, le « beur » ça veut dire : le jeune terroriste islamiste. Mais il y a un accord au niveau du langage entre les deux groupes ».

Michèle Bouchet