DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

"Les inégalités hommes-femmes augmentent dans la sphère privée"

Vous lisez:

"Les inégalités hommes-femmes augmentent dans la sphère privée"

"Les inégalités hommes-femmes augmentent dans la sphère privée"
Taille du texte Aa Aa

Dans le cadre d’une édition d’Insiders consacrée à l‘égalité hommes-femmes en Europe, nous avons interrogé la directrice de l’Institut européen pour l‘égalité hommes-femmes (EIGE).
Partant du constat que l’Islande occupe la première place du classement du rapport du Forum économique mondial sur la parité, nous faisons le point avec Virginija Langbakk, sur la situation dans l’ensemble de l’Europe.
Elle se félicite que “la manière dont les pays nordiques ont instauré l‘égalité hommes-femmes soit devenue le standard de référence à suivre” pour les autres nations européennes. Mais elle constate que globalement, la répartition des tâches privées entre les sexes est de plus en plus inéquitable et qu’il reste beaucoup à faire pour établir une égalité de traitement dans le monde de l’emploi et pour lutter contre les violences faites aux femmes.

Sophie Claudet, euronews :
“En Islande, une législation forte et l‘éducation permettent de progresser vers la parité. Pensez-vous que l’une de ces deux approches soit plus importante que l’autre ?”

Virginija Langbakk, directrice de l’Institut européen pour l‘égalité hommes-femmes :
“Les lois établissent des normes de base. Ce qui permet de lier l‘égalité hommes-femmes aux droits des femmes ou aux droits humains.
Quand on a des normes, on est aussi capable de contrôler ce qui se passe. On peut pousser certains pays à appliquer ces mesures et peut-être même des pays qui ne seraient pas disposés à le faire sans ces législations.
L‘éducation, en revanche, est davantage en lien avec les mentalités – l‘évolution des mentalités – et c’est un processus plus long. Et évidemment, l‘éducation sert tout au long de la vie et aussi au moment où on se prépare à entrer sur le marché du travail.
En réalité, les lois comme l‘éducation sont toutes deux extrêmement importantes pour promouvoir l‘égalité entre les sexes.”

"Les quotas obligent à réfléchir et font avancer les choses"

Sophie Claudet :
“Que pensez-vous des quotas pour les femmes ?”

Virginija Langbakk :
“On ne connaît pas encore l’impact de ce type de mesures dans les pays qui les appliquent. On ne peut pas encore les évaluer. Mais, bien entendu, quand on a fait des études par exemple en Italie ou en Slovénie où des quotas sont mis en place dans les instances décisionnaires politiques, on a constaté une énorme avancée. Et cela donne lieu à de vrais débats. Les quotas obligent les gens à réfléchir.
Et je sais que certaines entreprises – en particulier les grands groupes – disent que même s’il y a des quotas, elles préfèrent payer des amendes plutôt que de chercher des femmes compétentes pour certains postes, elles essaient de trouver des excuses.
Mais il est vrai que les quotas obligent les gens à repenser la situation des femmes et que cela fait vraiment avancer les choses.”

Sophie Claudet :
“Certains disent que l‘égalité hommes-femmes est plus facile à appliquer dans les pays scandinaves du fait de leur culture et de leur histoire spécifiques. Qu’en pensez-vous ?”

Virginija Langbakk :
“Je ne crois pas que l’histoire soit l‘élément qui crée cette situation particulière dans les pays du nord de l’Europe parce qu’ils ont été confrontés aux mêmes défis : chez eux aussi à un moment, les femmes n’avaient pas le droit de travailler et de voter et ont joué un rôle particulier pendant les guerres. Chez eux aussi, les femmes se sont émancipées en commençant à travailler. Et bien sûr, le mouvement pour les droits des femmes a joué un rôle, mais il y a eu des mouvements similaires dans d’autres pays.
Aujourd’hui, la manière dont les pays nordiques ont instauré l‘égalité hommes – femmes est en quelque sorte reprise par les Etats membres de l’Union européenne. Ils s’en inspirent en partie. C’est le standard de référence à suivre.”

Les exemples de la Bulgarie et de l'Espagne

Sophie Claudet :
“D’après vous, quelles sont les batailles les plus urgentes à gagner dans le domaine de la parité dans les pays européens ?”

Virginija Langbakk :
“Là où les inégalités entre les sexes ne se réduisent particulièrement pas, mais au contraire augmentent, c’est dans la répartition des tâches privées qui n’est pas équitable : le temps consacré aux charges familiales, aux enfants comme aux personnes âgées. Les différences sont très, très importantes et très marquées selon les sexes.
Un tiers des hommes de l’Union européenne consacre environ une heure à des tâches domestiques, mais les autres ne font rien du tout.
Il y a aussi bien sûr l’emploi. Les écarts demeurent au niveau des retraites. Ce qui s’explique par les différences en matière d’emploi et par de nombreuses autres raisons. Et puis en matière d’emploi, il y a des écarts de salaire entre les sexes.
On doit enfin aussi beaucoup, beaucoup travailler sur les violences envers les femmes ou les violences sexistes contre les femmes.”

Sophie Claudet :
“Pour conclure, y a-t-il dans l’Union européenne, un clivage Nord-Sud, Est-Ouest ? Ou est-ce trop simpliste comme vision ?”

Virginija Langbakk :
“Oui, je crois que c’est un peu facile ou simpliste de dire qu’il y a un clivage de ce point de vue. La Bulgarie arrive en tête des pays qui comptent le plus de femmes dans les métiers des nouvelles technologies.
Quand on regarde ce qui se passe dans les pays du Sud, l’Espagne par exemple fait beaucoup dans la lutte contre les violences faites aux femmes : ils ont mis en place énormément de dispositifs et ils ont pris de nombreuses mesures. L’Italie a fait un bond en avant quant à la présence des femmes en politique.”