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A bord du “Colibri” pour secourir les migrants

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A bord du “Colibri” pour secourir les migrants

A bord du “Colibri” pour secourir les migrants
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Crédit : Isabelle Serro/Pilotes Volontaires
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Il y a une véritable urgence”, explique l’un des deux pilotes, José Benavente. Benoît Micolon, lui aussi pilote, l’accompagne dans cette aventure. Les deux hommes ont investi toutes leurs économies, soit 130 000€, pour acheter un petit avion et voler au secours des centaines de migrants, hommes, femmes et enfants qui tentent, chaque année et au péril de leur vie, de rallier les côtes européennes entassés sur des embarcations de fortune.

Le Dyn'Aéro MCR 4S acheté par les deux pilotes

L'objectif des deux amis fondateurs de l’association “Les pilotes volontaires” est d’apporter un soutien d’observation aérienne aux ONG qui mènent des opérations de sauvetage en mer.

José et Benoît ont quitté Annemasse, en Haute-Savoie, le 30 avril dernier à bord de leur avion baptisé “Colibri”, pour rejoindre Malte. Ils espèrent maintenant lancer rapidement leur première mission de repérage. Nous nous sommes entretenus avec José Benavente. Agé de 49 ans, il a déjà travaillé de nombreuses années pour des organisations non gouvernementales, telles que le Comité international de la Croix-Rouge.

euronews : En quoi consiste concrètement votre initiative ?

José Benavente : "Notre initiative a été lancée sur la base d’un constat malheureusement triste : dans cette partie de la Méditerranée, plus de 3 000 personnes meurent chaque année. Il fallait que l’on fasse quelque chose. Nous savons que les ONG qui sont actives dans cette zone rencontrent des difficultés en termes d’observation et de repérage des embarcations, principalement en raison de la nature de ces canots, à savoir de petits bateaux qui flottent au ras de l’eau et qui ne sont absolument pas prévus pour ce type de traversée. Ils sont amenés à sombrer sans que personne ne s’en rende compte. Une fois que l’on a eu la certitude que le besoin était avéré, avec Benoît, nous avons pris la décision d’aller au plus vite. Et le plus vite à ce moment là, c’était de regarder ce que financièrement nous pouvions faire pour ne pas perdre de temps. Heureusement, nous avions des économies qui nous ont permis dans un premier temps d’acheter l’avion, de le faire modifier de façon à le faire patrouiller le plus longtemps possible sur zone et de le convoyer à Malte. C’est chose faite à présent, car nous l’avons amener tous les deux il y a deux jours. Nous nous préparons maintenant pour survoler une zone qui est malheureusement très connue, où de très nombreuses embarcations se retrouvent très rapidement en grande difficulté après avoir quitté les côtes libyennes. La zone de patrouille dont on parle, c’est un rectangle qui fait 150 km de long par 50 km de large qui se situe à environ 45 à 50 km au nord de Tripoli, la capitale libyenne se situant au milieu de ce rectangle."

Crédit : Isabelle Serro/Pilotes Volontaires
José et Benoît, qui exerce la profession de pilote de ligne, en repérageCrédit : Isabelle Serro/Pilotes Volontaires

euronews : Quand allez-vous partir en mer ?

JB :"Normalement, ce sera vendredi matin car sur la base des informations météorologiques que nous avons reçues, la mer est trop formée actuellement. C’est même très difficile pour de gros navires. Donc à priori il n’y aura pas de bateaux qui se retrouveront en situation de détresse. Par contre, ces informations météo nous laissent penser qu’à partir de jeudi après-midi, les conditions vont s’améliorer et que très probablement vendredi matin, un très grand nombre de bateaux vont être lancés et vont se trouver potentiellement en grande difficulté."

euronews : Pouvez-vous nous donner des détails sur cette première opération ?

JB : "Notre opération vient s’insérer dans un dispositif de secours déjà en place et qui est coordonné par le centre de recherche et de secours en mer le MRCC (Maritime Rescue Coordination Center), basé à Rome. Nous sommes en contact étroit avec toutes les entités présentes dans la zone. Lorsque nous allons patrouiller au-dessus de cette zone, si nous repérons des embarcations effectivement en difficulté, nous allons communiquer, grâce à un système par satellite que nous avons à bord de l’avion, les coordonnées géographiques de ces navires au MRCC. Ensuite, ce dernier prendra la décision de contacter des bateaux qui seront en mesure de venir en aide à ces embarcations en détresse."

Crédit : Isabelle Serro/Pilotes Volontaires
A bord de "Colibri"Crédit : Isabelle Serro/Pilotes Volontaires

euronews : C’est avec votre argent personnel que vous avez acheté cet avion. Avez-vous également mis entre parenthèse votre vie personnelle ?

JB : "C’est effectivement grâce à nos réserves personnelles, que Benoît et moi avons décidé de lancer l’opération au plus vite. La raison pour laquelle nous avons pris cette décision, c’est que nous savons qu’à partir du mois d’avril, c’est une période particulièrement mortelle dans cette zone. Pour nous, l’idée c’était de ne pas perdre de temps. Il y a une véritable urgence. Et puis quant à nos projets personnels, bien sûr on en a tous mais ils sont beaucoup moins importants que la mission qu’on va tenter de mener. Nos projets personnels, nous pourront les reprendre le moment venu."

euronews : Comment pensez-vous faire évoluer cette initiative ?

JB : "Benoît et moi prenons sur nos congés, sur notre temps libre. Il va falloir que lui et moi retournions à un moment donné au travail. Tout dépend des fonds que l’on va réussir à collecter, car on va très rapidement atteindre nos limites financières personnelles. On a pas encore lancé de crowdfunding, mais il est d’ores et déjà possible de nous faire des dons via notre site internet. Et si nous récoltons assez d’argent, et bien, nous serons en mesure de pérenniser l’action et à partir de là, c’est un groupe de pilotes volontaires qui prendra la relève et qui assura les patrouilles d’observation aériennes en mer."

euronews : Ces missions seront quotidiennes, hebdomadaires ? Ce groupe sera formé par combien de pilotes ?

JB : "Il est fort probable que plus d’un avion soit nécessaire. Maintenant, on n’a pas de certitude. On va commencer avec celui-ci. Puis on va faire évaluer la situation au fur et à mesure. Concernant le groupe de volontaires, je pense que l’on a aujourd’hui une dizaine de pilotes qui seraient prêts à se relayer pour mener à bien la mission. Quant à la fréquence de nos vols, tout dépendra des conditions météo. On sait déjà par expérience que pendant la bonne saison, lorsque la météo est favorable, les besoins sont énormes et potentiellement quotidiens."

Ecouter dans son intégralité l'entretien avec José Benavante, réalisé par Raphaële Tavernier :