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Roland Siewe : "Les gens ne fuient pas la mort pour mourir debout en Europe"

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Roland Siewe : "Les gens ne fuient pas la mort pour mourir debout en Europe"

Roland Siewe : "Les gens ne fuient pas la mort pour mourir debout en Europe"
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Roland Siewe est le Président de l'association MIGR'ACTION, et "référent migrant" pour la commune de Bardonecchia en Italie. Lui même réfugié, il sensibilise les demandeurs d'asile qui veulent traverser la frontière franco-italienne par les Alpes, aux risques que cela comporte, ainsi qu'aux implications d'un passage de l'Italie vers la France dans le cadre du règlement européen de Dublin. Au micro de Valérie Gauriat, il livre pour euronews son sentiment sur les dysfonctionnements et incohérences des politiques migratoires nationales et européenne.

Roland Siewe : "Celui qui n'a pas envie de rester (en Italie) ne reste pas une semaine. Mais si quelqu'un est là depuis un an, deux ans, avec une demande d'asile qui a été renouvelée une, deux, trois fois et après decide de partir c'est qu'il ya bien une raison. Et la raison n'est pas de dire que l'Italie n'accueille pas. La raison c'est que cette personne n'a pas été accompagnée ou n'a pas été bien accompagnée

Ces choses n'enlèvent en rien le fait qu'il y a quelque chose d'inacceptable, quand des gens n'ont pas la possibilité de faire la demande d'asile où ils veulent aller faire la demande d'asile. Au contraire.

Mais cela devrait juste être une suite, à une action qui a été portée, encadrée par une administration, vers une autre. Vu qu'on est en Europe et qu'il y a cette histoire de cohésion sociale et de valeurs communes.

Les gens ne fuient pas la mort pour mourir debout.

Si ils sont là, c'est qu'ils ont été accueillis. Et moi je ne veux pas rentrer dans le discours selon lequel les gens ne pas accueillants, c'est très faux. J'ai été aide par beaucoup d'italiens, et c'est le cas pour beaucoup. Ce n'est pas le cas pour beaucoup d'autres, qui à un moment donné perdent le sens de leur citoyenneté à conquérir, et après, ils désespèrent, et décident de partir.

Il ne s'agit pas de savoir si l'Etat français a changé une loi et qu'elle est pas en faveur de l'inclusion ou de l'intégration, ou qu'elle ne permet pas l'asile. Il s'agit de savoir qui a la gestion. Et qui a signé la Charte des Nations Unies sur les droits de l'homme, qui a signé la Convention de Genève, a aussi accepté que toute personne qui part de son pays pour une raison de vie, peut faire une demande d'asile. Pourquoi la France ne permet-elle pas à des gens qui sont à Briançon de pouvoir faire une demande d'asile? Pourquoi le travail européen, et parlant de cela, je m'appuie sur les fondamentaux européens, qui sont la liberté, la solidarité, toutes ces choses.. Pourquoi est-ce qu'un travail qui a été commencé dans un pays comme l'Italie, ne peut pas continuer en France?

Si tu es demandeur d'asile en Italie, il suffirait de renvoyer ton dossier en France, et tu poursuis ton parcours. Peut-être que tu as de la famille là-bas. Si la réponse est : "ils ont fait la demande d'asile en Italie", moi j'ai envie de répondre qu'en Italie il y a 10000 migrants qui ont de la famille en France. Je n'ai pas envie que ce soit juste des mots. J'aimerais que ce soit 10000 migrants identifiés, parce qu'il y a un travail associatif qui a été fait. Il y a eu des contacts avec ces familles. Et il est avéré que ces personnes ont de la famille, c'est listé. Et qu'on dise il y a 10000 migrants, puisque Dublin permet de faire le regroupement familial, en tant que réfugié, en tant que demandeur d'asile, alors il y a 10000 migrants qui peuvent aller en France parce que Dublin le permet. Epuisons d'abord ce que nous permet Dublin avant de voir ce qu'il ne permet pas.

Mais si on met tout le monde, et qu'on les laisse partir, ils vont dans l'impasse, ils se mettent plus en difficulté. Après, on veut chercher à régler un problème qu'on aurait pu régler en les tenant dans une structure d'accueil, en engageant des démarches quand ils sont en structure d'accueil sans forcément qu'ils soient dans les rues, sous les ponts à Paris.

L'Europe n'est pas cette Europe raciste et xénophobe qu'on veut nous vendre.

Jusqu'en 2008, l'Europe a accueilli 1,5 millions de migrants. Il y a eu de mauvaises politiques dès 2008, et cela a crée des situations. La question des quotas n'a pas été abordée, ou a été mal pensée, parce que cela crée cette situation à l'italienne que l'on au aujourd'hui.

Cela permet aussi à la France de jouer avec son état d'urgence, et de barricader ses frontières.. On peut parler comme ça des heures. Mais si on revient sur le migrant, lui il décide, de partir, ou de rester. S'il décide de partir il faut que là où il part, il ait le droit de faire sa demande d'asile. Point.

"La politique migratoire européenne à venir va bunkeriser l'Europe"

Valérie Gauriat : Comment est ce que vous voyez évoluer la politique européenne en matière d'immigration? Est-ce que cela vous inquiète?

Roland Siewe : "Je suis assez mitigé. Je ne suis pas inquiet parce que je crois en l'Europe, je crois aux européens, ceux qui accueillent, et cette âme de l'Europe. Et je suis aussi partagé et pessimiste sur l'avenir, parce que quand on voit la programmation pour 2020-2027 on a des scénarios. Les trois scénarios proposés sont des scénarios qui serviront simplement à bunkeriser l'Europe. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. On a un scenario à 150 milliards d'euros, avec pratiquement 100000 personnes qui doivent être formées pour sécuriser les frontières de l'Europe. Cela laisse perplexe. Je ne suis pas très optimiste de ce point de vue. Mais je crois en l'homme"