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Américain tué: les Sentinelles, un peuple coupé du monde moderne

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Américain tué: les Sentinelles, un peuple coupé du monde moderne

Américain tué: les Sentinelles, un peuple coupé du monde moderne
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La mort d'un missionnaire américain sous leurs flèches met en lumière la condition extraordinaire des Sentinelles, ce peuple ancestral qui vit coupé du monde contemporain sur une île de l'archipel indien d'Andaman-et-Nicobar, interdite d'accès.

John Chau, 27 ans, a péri le 16 novembre en voulant évangéliser cette peuplade de l'île de North Sentinel, qui rejette avec hostilité les tentatives de contacts de la part du monde extérieur.

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Voici ce qu'il faut savoir sur les Sentinelles, décrits comme l'une des communautés les plus isolées de la planète.

- Une tribu ancienne -

D'une surface équivalant à la moitié de Paris, l'île de North Sentinel se situe en mer d'Andaman, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de la ville de Port Blair, capitale de l'archipel.

Selon l'ONG de protection des tribus autochtones Survival International, les Sentinelles descendent des premières populations d'homo sapiens à être parties d'Afrique et vivent aux Andaman depuis 60.000 ans.

Pour d'autres anthropologues, il n'est pas prouvé que leur présence dans cette région soit aussi ancienne, même si elle est indubitablement plurimillénaire.

L'île étant interdite d'accès par les autorités, la population exacte de cette communauté, l'une des dernières préservées du type négrito, est inconnue. On l'estime à environ 150 âmes.

Les rares images des Sentinelles, prises depuis la mer, montrent des habitants à la peau noire. Ils ne portent pas de vêtements mais utilisent des feuilles ou des ficelles faites de fibres végétales pour des accessoires décoratifs tels que colliers ou bandeaux.

- Chasseurs-cueilleurs -

Peuple de chasseurs-cueilleurs, les Sentinelles vivent de la forêt qui recouvre la quasi-totalité de leur île, ainsi que de pêche. Pour autant, il serait faux de les décrire comme vivant à "l'âge de pierre", d'après Survival International.

"Il n'y a pas de raison de croire qu'ils vivent de la même façon depuis des dizaines de milliers d'années (...) Leurs modes de vie ont changé et se sont adaptés de nombreuses fois, comme tous les peuples", explique l'organisation basée en Grande-Bretagne. Ainsi, ils utilisent du métal charrié par la mer ou trouvé sur des épaves de bateaux échoués.

L'anthropologue indien T N Pandit, l'une des seules personnes extérieures à avoir posé le pied sur North Sentinel, relatait dans une récente interview les scènes vues lors d'une expédition scientifique en 1967.

"Nous nous sommes enfoncés d'environ un kilomètre à l'intérieur de l'île. (Les Sentinelles) ne nous ont pas fait face, ils se cachaient plutôt dans la forêt, ils nous observaient", racontait-il en septembre au site Down To Earth.

Le groupe escorté par des policiers armés est arrivé à un campement de 18 huttes: "Il y avait beaucoup de denrées alimentaires dont des fruits sauvages et du poisson qui était fumé sur le feu".

Dans son journal écrit juste avant sa mort, le voyageur américain John Chau décrit les personnes aperçues comme mesurant environ 1m65 et portant une poudre jaune sur le visage.

- Contacts -

Vers la fin du XIXe siècle, une expédition menée par un officier colonial britannique capture un couple de Sentinelles âgés et quelques enfants. Emmenés à Port Blair, le couple meurt rapidement de maladie, les enfants sont renvoyés sur l'île.

Durant la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs expéditions d'anthropologues indiens essayent de nouer contact avec les Sentinelles, sans véritable succès. Elles ne récoltent généralement que des volées de flèches.

L'Inde renonce officiellement dans les années 1990 à nouer le contact avec les Sentinelles et respecte leur volonté d'isolement. Les autorités s'assurent occasionnellement de leur bonne santé en observant la rive à partir d'un bateau, ancré à une distance respectable, ou en hélicoptère.

La loi indienne interdit d'approcher à moins de cinq kilomètres de North Sentinel. Comme pour d'autres tribus protégées des Andaman, les photographier ou les filmer est aujourd'hui passible d'une lourde peine.

Avant le missionnaire américain, la dernière interaction connue avec les Sentinelles remontait à 2006. Le bateau de deux pêcheurs indiens avait dérivé pendant leur sommeil jusqu'au rivage, ses occupants avaient été tués.

Un contact avec l'extérieur pourrait s'avérer fatal aux Sentinelles: évoluant à l'écart du reste de l'humanité, la peuplade n'a pas de système immunitaire adapté aux agents infectieux que pourraient apporter des intrus.

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