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De retour au Zimbabwe, Mnangagwa s'efforce de tirer un trait sur la fronde

De retour au Zimbabwe, Mnangagwa s'efforce de tirer un trait sur la fronde
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Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a tenté mardi de tourner la page de la fronde meurtrière contre la hausse des prix du pétrole en lançant un appel au dialogue à l'opposition, qui l'a aussitôt refusé en exigeant la fin de la répression.

A peine rentré à Harare, M. Mnangagwa a invité "les chefs des partis politiques et les responsables religieux et de la société civile" à "engager un dialogue national" avec son gouvernement.

"Faisons de l'économie notre priorité. Faisons de la population notre priorité", a-t-il lancé, en promettant de sanctionner les dérapages de ses forces de l'ordre.

Sa main tendue a été refusée sans délai par le chef de l'opposition. "Pour dialoguer, il faut être libre de parler. Aujourd'hui, les voix de la nation sont bâillonnées par la prison ou par la peur", a réagi Nelson Chamisa. "Nous exigeons la fin immédiate de la répression et de la terreur", a insisté le président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

Le ministre des Finances, Mthuli Ncube, a assuré mardi qu'il était "déterminé" à poursuivre le programme des réformes, malgré la fronde meurtrière contre la hausse des prix du pétrole. "Le programme de réformes économiques est très important et nous sommes déterminés à le mener jusqu'au bout", a-t-il expliqué. Les troubles "font partie des douleurs" qu'engendre "le programme de réforme", a-t-il dit à l'AFP à Davos (Suisse).

Le 16 janvier, le président Mnangagwa avait appelé son pays au calme et promis que ses réformes pour redresser l'économie allaient payer. "Je comprends la colère et la frustration de beaucoup d'entre vous", avait-il dit. "Redresser l'économie du Zimbabwe est une tâche monumentale (...) nous sommes sur le bon chemin, nous y parviendrons".

Le Zimbabwe a été secoué la semaine dernière par de violentes manifestations contre la hausse spectaculaire (+150%) des prix des carburants ordonnée par le gouvernement, dans un pays étranglé par deux décennies de crise économique.

Le régime a riposté en ordonnant une répression féroce contre le principal syndicat du pays (ZCTU), qui avait appelé à une grève générale de trois jours, la société civile et l'opposition.

Mardi, la Commission zimbabwéenne des droits humains, nommée par les autorités, a accusé l'armée et la police de "tortures systématiques", citant de nombreux cas "d'hommes passés à tabac à terre".

- "Inquiétudes" -

Le Forum des ONG des droits humains au Zimbabwe a recensé au moins 12 morts et de 78 blessés par balles.

Mardi, la cheffe de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, a exprimé ses "sérieuses inquiétudes sur l'escalade de la violence au Zimbabwe" et insisté sur le droit de la population à "manifester dans le calme".

"Ce n'était pas une manifestation pacifique", s'est défendu Emmerson Mnangagwa, dénonçant des "violences injustifiées et des destructions cyniques".

"Les violences ou les mauvais comportements de nos forces de sécurité sont inacceptables", a-t-il toutefois promis, "les fautes feront l'objet d'une enquête, s'il le faut des têtes tomberont".

Plus de 600 personnes ont été arrêtées depuis le début de la fronde.

Parmi elles, figurent le pasteur Evan Mawarire, figure de la contestation de 2016, le chef de la ZCTU, Japhet Moyo, et plusieurs élus du MDC.

L'Association des avocats pour les droits humains (ZLHR) a rapporté mardi l'interpellation dans un hôpital de 28 blessés. "Regrettable, déplorable et particulièrement inhumain".

Le gouvernement a également ordonné le blocage des réseaux sociaux, mais il a été désavoué lundi par un tribunal, saisi par des ONG de la société civile. L'internet était rétabli mardi.

La répression est considérée comme la plus brutale depuis les violences ordonnées par le régime Mugabe contre ses opposants lors de la présidentielle de 2008. Elles s'étaient soldées par plus de 200 morts.

- Levée des sanctions -

La situation s'est normalisée depuis lundi dans le pays, où la plupart des magasins ont rouvert dans les grandes villes.

"Je suis heureux que le pays soit calme. Il faut que notre peuple se concentre sur son travail", a déclaré M. Mnangagwa à son retour lundi soir à Harare.

Après des visites en Russie et au Kazakhstan, le chef de l'Etat a été contraint de renoncer à sa participation au Forum économique de Davos, où il souhaitait plaider la cause de son pays auprès des investisseurs étrangers.

Lui aussi en Suisse, son collègue sud-africain Cyril Ramaphosa a demandé mardi la levée des sanctions internationales qui frappent son voisin depuis l'ère Mugabe afin, a-t-il dit, "que l'économie du Zimbabwe puisse commencer à se redresser".

Au pouvoir depuis la démission de Mugabe en novembre 2017, Emmerson Mnangagwa a hérité d'un pays financièrement exsangue, victime d'un manque criant de liquidité, d'une inflation galopante et, depuis quelques mois, de graves pénuries.

Le quotidien de la plupart des Zimbabwéens se résume à un combat permanent pour trouver de l'argent liquide, de la nourriture et des médicaments.

M. Mnangagwa a justifié l'augmentation des prix du pétrole pour enrayer les pénuries. "C'était la seule chose à faire".

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