Euronews n'est plus accessible sur Internet Explorer. Ce navigateur n'est plus supporté par son éditeur, Microsoft, et les dernières fonctionnalités techniques de notre site ne peuvent plus fonctionner correctement. Nous vous encourageons à utiliser un autre navigateur, tels que Edge, Google Chrome ou Mozilla Firefox.
DERNIERE MINUTE

La pauvreté s'aggrave dans les bidonvilles du Nigéria

La pauvreté s'aggrave dans les bidonvilles du Nigéria
Euronews logo
Taille du texte Aa Aa

Dans ce quartier pauvre de Lagos, capitale économique tentaculaire du Nigeria, il n'y a pas de route, pas d'électricité, pas d'eau courante, pas de ramassage des ordures. Il n'y a pas d'Etat, ni de politique publique.

L'Etat, aux abonnés absent

Il n'y a plus de travail non plus depuis que les hautes herbes ont envahi l'accès à la mer. Les habitants d'Ago Egun Bariga vivaient en effet de la pêche depuis que leurs ancêtres s'étaient installés sur les rives de la lagune, il y a plus de cinquante ans.

A l'époque, le grand-père d'Agemo Akapo vivait confortablement, sous la végétation tropicale. Aujourd'hui, avec l'urbanisation effrénée - Lagos est passée de 300.000 habitants en 1950 à quelque 20 millions -, il n'y a plus un arbre à l'horizon. Les baraques de fortunes s'étalent à l'infini. Le gouvernement local a ensablé des dizaines de kilomètres carrés de lagune pour loger la classe moyenne, causant d'importants bouleversements de l'écosystème. Résultat: les bateaux des pêcheurs d'Ago Egun stagnent depuis deux ans dans la boue et les déchets.

Agemo Akapo est aujourd'hui chef de la communauté d'Ago Egun. Il décrit son quotidien. "Les problèmes et l'impact des activités de dragage sont nombreux. Avant, quand nous allions pêcher, nous avions de l’argent et nous l’utilisions pour envoyer nos enfants à l’école. Aussi l'eau potable n'est plus disponible, nous devons l'acheter à des vendeurs".

Les pêcheurs ne peuvent plus partir en mer. Leurs femmes ne peuvent plus vendre de poisson au marché. Cette situation a mis Abiodun Kakini au chômage forcé. "Nous luttons pour nourrir notre famille parce que nous n'avons plus d'argent, ni d'économies. Nous voulons que le gouvernement enlève la boue pour pouvoir pêcher à nouveau et survivre".

Record mondial

L'ONG Oxfam reconnaît dans son rapport que l'extrême pauvreté (moins d'1,9 dollar par jour selon la Banque Mondiale) a globalement diminué. Pourtant, "elle s'intensifie en Afrique subsaharienne", qui regroupe aujourd'hui les 2/3 de l'extrême pauvreté dans le monde.

Depuis l'année dernière, le Nigeria, pays de 180 millions d'habitants, détient le triste record du plus grand nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté, dépassant l'Inde, selon World Poverty Clock. Cet institut estime que six Nigérians plongent dans l'extrême pauvreté chaque minute. D'ici à 2030, ils devraient représenter 45,5% de la population totale (contre 44,1% actuellement), soit 120 millions de personnes.

Pillage et corruption

"Au Nigeria, les politiciens sont plus occupés à construire leur réseau de clientélisme qu'à mettre en oeuvre un programme pour sortir les gens de la pauvreté", s'emporte Emmanuel Onwubiko, président d'une association locale de défense des droits de l'homme.

Selon cet observateur, le président sortant, Muhammadu Buhari, et son principal opposant, Atiku Abubakar, ont tous deux des programmes économiques "clairs": l'ancien général Buhari propose des aides sociales ou des mini-crédits pour les plus pauvres, tandis que l'homme d'affaires Abubakar Atiku défend une politique d'inspiration plus libérale.

"Mais il n'y a aucun mécanisme institutionnel en place pour obliger les politiciens à appliquer leur programme une fois arrivés au pouvoir", regrette M. Onwubiko. "La situation se détériore depuis des années alors que le Nigeria n'a jamais été aussi riche grâce à sa production de pétrole".

Le Nigeria est le premier producteur d'or noir du continent africain et l'un des plus importants au monde, avec quelque 2 millions de barils par jour. "Les gouvernements militaires ont pillé les ressources de l'Etat pendant des décennies, et depuis 1999, avec l'accès à la démocratie, personne n'a résolu ce problème", regrette M. Onwubiko.

Oxfam estime qu'entre "1960 et 2005, 20.000 milliards de dollars ont été volés des caisses de l'Etat" et que "les cinq plus grandes fortunes du pays (29,9 milliards de dollars) pourraient mettre fin à la pauvreté à l'échelle nationale".