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Espagne : couper du jambon, un art qui se féminise

Espagne : couper du jambon, un art qui se féminise
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On pourrait croire que couper du jambon est la portée de tous. Détrompez-vous. En Espagne, les meilleurs coupeurs de jambon sont des stars et leur dextérité aux couteaux s'arrache. Depuis peu, les coupeuses de jambon investissent la place. Raquel Acosta, 27 ans, est une des pionnières :

"C'était un travail traditionnellement réservé aux hommes, la chose 'normale' était de voir un homme couper du jambon. En fait, coupeuse de jambon au féminin (était un nom qu'on entendait rarement) Si vous le cherchiez dans Google, tout ce qui ressortait, c'était des machines à couper le jambon (...) J'ai commencé à participer à des concours et c'était un peu comme... une révélation parce que la plupart des filles qui faisaient cela, couper du jambon espagnol, le faisaient toujours là où on ne les voyait pas, comme dans les boucheries ou les supermarchés spécialisés."

Fin janvier, Puri Garabaya, 31 ans, a été la première "cortadora" (coupeuse) à participer à la prestigieuse finale du championnat national des "cortadores de jamón" à Jabugo en Andalousie qui a couronné un homme, Aníbal Falcón. Les femmes dit-elle, s'autocensuraient jusqu'ici "par manque d'assurance" face aux exigences de ces compétitions où la découpe doit devenir un véritable spectacle, dit-elle : finesse de la tranche, présentation de l'assiette, tenue vestimentaire, célérité etc.

La découpe du jambon ibérique doit être un spectacle : finesse de la tranche, célérité, présentation de l'assiette. "Pour qu'un +cortador+ devienne un maître de l'art, il doit être capable de transformer la découpe en sensations, en harmonie et en émotion" explique Florencio Sanchidrian, une célébrité dans ce domaine. Il a déjà coupé du jambon pour les acteurs Robert De Niro et Al Pacino, pour le pape Jean Paul II, le roi d'Espagne ou encore le président américain Barack Obama...

Les femmes coupeuses de jambon, ce sont les hommes qui en parlent le mieux : elles apporteraient délicatesse, fraicheur et une esthétique nouvelle à cet art qui peut être très lucratif : 3.500 euros la séance de découpe, "voire plus".

Aujourd'hui encore, les coupeuses de jambon qui ne se consacrent qu'à cette activité se comptent "sur les doigts" de deux mains, souligne Raquel Acosta. Elle a voyagé cette année à Berlin, Paris, Marseille et Londres pour promouvoir le jambon ibérique, une opportunité "inimaginable" pour elle auparavant.

avec AFP