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L'athlète qui se faisait passer pour une autre: jeu de miroir sur le double tour de piste

L'athlète qui se faisait passer pour une autre: jeu de miroir sur le double tour de piste
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Le 15 juillet 2017, à Ninove, petite bourgade flamande du centre de la Belgique, deux femmes affichent un sourire éclatant sur le podium du 800 m du meeting local. La troisième, officiellement l’Ukrainienne Galina Sychko, esquisse une moue mélancolique, la tête penchée, le regard dans le vague.

Est-elle mal à l’aise? La brune aux mèches blondes n’est en fait pas celle qu’elle prétend: elle s’appelle Kseniya Savina, représente la Russie, mais court sous une fausse identité.

- D’Ukrainienne à Russe /p>

Kseniya Savina a grandi à Simferopol, en Crimée alors ukrainienne. Jeune athlète prometteuse, elle est en progression constante sur sa distance fétiche du 800 m lorsque la péninsule de Crimée est annexée par la Russie en mars 2014.

Aux portes du top niveau européen, avec un record juste au dessus des 2 minutes 02 sec, elle défend désormais le drapeau russe en compétition. Un changement de nationalité malencontreux: en novembre 2015, suite aux révélations d’un vaste scandale de dopage, la Fédération russe d’athlétisme est suspendue.

Savina ne peut plus participer aux compétitions à l‘étranger. A 26 ans, sa carrière est menacée: elle met le doigt dans l’engrenage.

De sources concordantes, Kseniya Savina participe entre 2016 et 2018 à au moins onze meetings à l‘étranger, la plupart en Belgique, sous une fausse identité: celle d’une amie de Simferopol restée ukrainienne, Galina Sychko.

Révélée par le média russe Match, l’entourloupe fonctionne grâce à la ressemblance physique entre les deux femmes et au passé d’athlète de Sychko.

Plus jeune de deux ans, cette dernière a aussi arpenté les pistes de Simferopol, sur les mêmes distances que Savina, mais avec moins de succès.

L’analyse des résultats de Galina Sychko est révélatrice: athlète d’un niveau moyen (2 min 17 sec sur 800 m), elle disparaît des bilans pendant cinq ans, puis resurgit en juillet 2016 avec un temps de haut niveau: 2 min 04 sec. Epatant!

Les photographies des différents meetings confirment que la Russe Savina s’est bien glissée dans la peau de l’Ukrainienne Sychko.

La vraie Galina Sychko, entraîneure à l‘école sportive de réserve olympique n°2 de Simferopol – où travaillait également le mari et entraîneur de Savina, Alexei Savin -, n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de l’AFP. Kseniya Savina et Alexei Savin n’ont pas pu être joints.

“Il existe un danger que les sportifs commencent à chercher des moyens alternatifs pour participer aux meetings internationaux (depuis la suspension de la Russie), a expliqué à l’AFP le directeur sportif de la Fédération russe d’athlétisme (Rusaf) Andreï Krouprouchnikov. Comme le montre la situation avec Kseniya Savina, ce moyen peut être illégal”.

“Savina et son entraîneur ont été convoqués pour éclaircir le fait qu’elle concourrait avec des faux documents. Elle a nié.”

Contrôle positif à l’EPO

Pendant trois ans, Kseniya Savina joue pourtant sur deux terrains. Avec son passeport russe, elle participe aux championnats de Russie et signe en 2017 sa meilleure performance: 1 min 59 sec 97 pour prendre la médaille de bronze.

Avec ses papiers ukrainiens, elle multiplie les petits meetings en Belgique, mais aussi en France, en République Tchèque et au Portugal.

Son mari Alexei Savin joue les agents: “Il s’est présenté comme Mme Sychko en envoyant un mail. J’ai cru qu’elle était sa propre manager”, se souvient Jean-Paul Jacob, organisateur du meeting en salle féminin d’Eaubonne (Val d’Oise), où Savina court en 2017 sans faire d‘étincelles (7e).

“J’ai bien aimé la démarche, celle de quelqu’un qui se prend en main. J’ai vu qu’elle valait 2:04., donc je l’ai invitée”, explique M. Jacob, qui reçoit de nombreuses athlètes ukrainiennes, notamment la vice-championne du monde du saut en hauteur Yuliya Levchenko cette année.

Difficile pour des meetings aux moyens limités de demander plus qu’une pièce d’identité. “Chaque athlète international a un matricule, on aimerait que notre propre base de données soit reliée à celle des instances internationales, mais c’est impossible”, à cause de la protection des données personnelles, indique François Maingain du Bruxelles Grand Prix, où Savina a couru.

Sur les compétitions, Kseniya Savina laisse peu de souvenirs aux témoins. Discrète, elle se permet ainsi des choix osés: elle revient deux fois à Ninove (2016 et 2017) en tant que Galina Sychko, alors qu’elle y avait déjà couru en 2014, avant la mise au ban des Russes, sous sa véritable identité!

Démasquée, Savina est aujourd’hui suspectée d’autres turpitudes: elle est suspendue provisoirement depuis juin 2018 pour un contrôle positif à l’EPO. L’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU) l’accuse également d’altération d’un contrôle antidopage. Deux enquêtes en cours non commentées par l’organisation.

Des commissions des fédérations russes et ukrainiennes travaillent aussi sur son cas.

A l’aube de ses 30 ans, les rêves de sa jeunesse ukrainienne probablement brisés, Savina a mis un terme à sa carrière.

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