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Le Kosovo célèbre les 20 ans de la fin de la guerre

Un enfant albanais offre des roses à un soldat britannique membre des forces de l'OTAN qui se déploient à Pristina, au Kosovo, le 13 juin 1999
Un enfant albanais offre des roses à un soldat britannique membre des forces de l'OTAN qui se déploient à Pristina, au Kosovo, le 13 juin 1999 -
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Jean-Philippe KSIAZEK
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Des larmes de joie ou d’humiliation: Albanais et Serbes du Kosovo gardent un souvenir vif de ce 12 juin 1999, quand les troupes de l’Otan ont commencé à se déployer, mettant un terme à la guerre.

Conséquence de la résolution 1244 de l’ONU votée deux jours plus tôt qui plaçait le Kosovo sous protection internationale, ce déploiement, dont le 20e anniversaire est célébré mercredi, marquait la fin de l’ultime guerre intercommunautaire dans l’ex-Yougoslavie.

Opposant depuis 1998 les forces serbes et une guérilla indépendantiste kosovare albanaise, ce conflit avait coûté la vie à plus de 13.000 personnes (dont plus de 11.000 Albanais, 2.000 Serbes et quelques centaines de Roms) quand plus de 800.000 Kosovars albanais s’entassaient dans des camps de réfugiés.

Moins de quatre ans après la fin des guerres de Bosnie et de Croatie, les atrocités contre les civils et l‘épuration ethnique ont entraîné une campagne de bombardement occidentale, menée durant trois mois sans mandat de l’ONU.

L’homme fort de Belgrade, Slobodan Milosevic, avait finalement jeté l‘éponge et ordonné le retrait de ses troupes de cette province méridionale majoritairement peuplée d’Albanais, mais que les Serbes considèrent comme leur berceau historique et religieux.

- “Explosion d‘émotions” /p>

Depuis, autant la défiance serbe est forte, autant la popularité des Occidentaux et notamment des Américains est immense parmi les Kosovars albanais.

Ils devraient encore exprimer cette gratitude mercredi à l’ancien président américain Bill Clinton et sa secrétaire d’Etat Madeleine Albright, annoncés aux cérémonies à Pristina.

La chanteuse Shpresa Gashi, 68 ans, raconte à l’AFP comment elle a appris la nouvelle de l’entrée des forces de l’Otan, dans un camp de réfugiés: “Il y avait de l’allégresse, une explosion d‘émotions”, se souvient-elle. “C’est la première fois que je voyais de la joie parmi les réfugiés du Kosovo”.

Edita Brajshori, une coiffeuse de 40 ans, se souvient du “plus beau jour de sa vie” et de la musique albanaise s‘échappant des fenêtres après des années de répression aussi culturelle. “Un jour magnifique, sans aucun uniforme serbe à Pristina”, renchérit Esat Rexhepi, 70 ans, qui avait revêtu son “plus beau costume et mis une cravate” pour accueillir les troupes occidentales.

Retours et exils –

Ex-prisonnier politique, Behgjet Shala, 55 ans, était rentré chez lui en emboîtant le pas à un convoi de l’Otan. Peu avant Pristina, il se souvient avoir croisé une “colonne serbe de civils, avec des tracteurs, qui quittaient le Kosovo”.

“Certains revenaient à la maison quand d’autres la quittaient… J’avais pleinement conscience qu’il n’y aurait pas de retour vers le passé, que le Kosovo ne serait plus jamais sous la domination de la Serbie”, dit-il.

Pour les Serbes du Kosovo, installés là depuis des siècles, ce 12 juin est un jour d’amertume et de peur, mais aussi souvent d’exil. Selon les chiffres de Belgrade, 200.000 Serbes devaient choisir de quitter le Kosovo pour se réfugier en Serbie.

“Je pleurais… Je regardais notre armée se retirer et des étrangers arriver”, dit Dobrosav Jakovljevic, un retraité de 73 ans. A ses yeux, “c’est Milosevic qu’il faut blâmer pour tout ça”, mais “les Albanais ont tout ce qu’ils voulaient quand nous avons tout perdu”.

Le père de Jelena Krivokapic, une économiste de 43 ans, lui avait demandé de ne pas sortir à Mitrovica, dans le nord, le temps de jauger la situation: “J’ai regardé de la fenêtre le départ des troupes serbes”, se souvient-elle.

Slavisa Jokic, 45 ans, a elle fui Pec (sud): “Des gens étaient tués en plein jour sans qu’ils (l’Otan) ne bougent le petit doigt”, affirme cette ouvrière.

Mais sans l’interposition des troupes serbes, notamment lors des émeutes de 2004 dans la ville divisée de Mitrovica, “aucun Serbe ne serait resté”, dit Dobrosav Jakovljevic.

Selon les estimations de Belgrade, quelque 120.000 Serbes vivent toujours au Kosovo, un tiers dans le nord et les autres dans une dizaine d’enclaves.

Aux yeux de Djordje Jovanovic, un professeur de 46 ans de Mitrovica, la présence des quelque 4.000 soldats de la Kfor toujours présents, reste indispensable: “S’ils n‘étaient pas là, il y aurait une autre guerre ici.”

Les relations restent exécrables entre Pristina et Belgrade qui ne reconnaît toujours pas l’indépendance proclamée en 2008 par son ex-province.

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