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Pas d'apéro sans pistaches de France! Le pari d'agriculteurs en Provence

De pistaches, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le 12 juin 2019
De pistaches, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le 12 juin 2019 -
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GERARD JULIEN
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Elles poussent à l‘état sauvage en France, et pourtant, les pistaches de l’apéro à la française viennent de l’autre bout du monde. Pour y remédier, une poignée d’agriculteurs réintroduit le pistachier en Provence, un moyen aussi de se préparer au changement climatique.

Entre vignes, oliviers et chênes truffiers, sur un terrain vallonné du parc régional du Lubéron, dans le sud de la France, Jean-Louis Joseph a planté au début de l’année 600 plants de pistachiers, protégés de l’appétit des chevreuils par une imposante clôture électrique.

La première récolte n’est attendue que dans cinq ans mais, déjà, de minuscules fleurs rouges ont commencé à apparaître.

“C’est un pari mais nous ne sommes pas fous, on a les pieds sur terre”, explique M. Joseph, qui pour ce test, en bio, a mixé deux variétés: des plants sélectionnés en Grèce, bien acclimatés à la Méditerranée, et la Kerman, une variété originaire d’Iran, très productive, et cultivée aux Etats-Unis.

Par souci écologique, et convaincu que la pistache peut lui apporter un complément de rémunération, M. Joseph a co-fondé une association chargée de promouvoir la culture du pistachier “local”.

Le fruit à coque était déjà cultivé en Provence dans l’Antiquité, lorsqu’un gouverneur romain en a rapporté de Syrie, assure M. Joseph, qui a fait des recherches sur le sujet. Il a retrouvé traces d’autres échanges aux temps des Croisades, puis de ventes de pistaches sur des marchés provençaux au XIXe siècle. La culture s’est poursuivie en Espagne ou en Italie, mais seuls des pistachiers à l‘état sauvage persistent en Provence.

- Pierre Hermé intéressé /p>

Pour convaincre les agriculteurs d’en replanter, l’association veut faire émerger une véritable filière : plants “certifiés”, exempts de toute maladie, recueil de bonnes pratiques… Il a fallu repartir de zéro, l’Institut national de recherche agronomique (Inra), expliquant ainsi à l’AFP n’avoir aucun chercheur travaillant sur le sujet.

En France, les surfaces cultivées sont encore minimes, huit à dix hectares plantés cette année, qui devraient, espère l’association, doubler l’an prochain. Une surface à rapporter aux 770.000 d’hectares dans le monde de Pistacia Vera, son nom scientifique, selon l’organisation des Nations unies pour l’agriculture (FAO).

L’Iran, berceau historique, reste un producteur majeur, mais la pistache iranienne a subi, entre autres, des problèmes de conformité sanitaire avec les règles européennes, au début des années 2000. Les Etats-Unis lui font de l’ombre avec leurs grandes exploitations, très exportatrices, en Californie notamment.

En France, au-delà du sachet de pistaches grillées de l’apéro, le fruit à coque intéresse les magasins bio, les producteurs d’huile cosmétique, et surtout glaciers et pâtissiers. Olivier Baussan, le propriétaire de la Confiserie du Roy René qui produit 50 millions de calissons par an, achètera ainsi les premières récoltes.

Dans son atelier-laboratoire aux murs blancs immaculés de la périphérie d’Aix-en-Provence, 5 tonnes de pistaches – des variétés américaine et espagnole pour l’instant – sont brassées chaque année dans un mélange brûlant de miel et de meringue pour fabriquer le nougat.

L’entrepreneur, qui s’est déjà impliqué pour relancer la culture de l’amande et soutenir celle de la lavande, imagine “des contrats avec des agriculteurs pour leur garantir un prix de marché qui puisse les satisfaire”.

Le célèbre pâtissier français Pierre Hermé a également manifesté son intérêt et dit son “envie de voir progresser” la filière de la pistache française. Il travaille pour l’instant avec de la pistache d’Iran.

Terres pauvres –

Au royaume de la vigne et d’exploitations fruitières sur lesquelles des parasites font des ravages, le pistachier, arbuste robuste pourrait par ailleurs offrir une diversification bienvenue face aux chamboulements du climat.

Il a besoin de peu d’irrigation, supporte particulièrement bien les variations de chaleur et de froid “qui vont se succéder”, et a besoin d’un vent puissant comme le mistral pour se reproduire, souligne M. Joseph. Il précise avoir enregistré ces dernières années des périodes de quatre ou cinq mois sans eau, “qui n’arrivaient presque jamais avant”.

La pistache peut être un complément sur des terres pauvres et difficiles, de petites parcelles ou des “dents creuses”, ajoutent les promoteurs de la pistache française, alors qu’en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, un quart des exploitations agricoles a disparu en une décennie.

Dans une région où le foncier agricole est sous pression et où les terres valent de l’or, “il vaut mieux planter du pistachier plutôt que de vendre une friche en terre constructible”, ajoute l’exploitante Georgia Lambertin, qui préside la chambre d’agriculture du Vaucluse.

Elle-même a pu convaincre son banquier de la suivre, en lui faisant visiter ses pieds de pistachiers au pied du Ventoux.

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