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L'île italienne de Lampedusa se divise sur l'immigration

L'île italienne de Lampedusa se divise sur l'immigration
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Lampedusa au sud de l'Italie fait de nouveau l'actualité après le blocus par les autorités italiennes de leurs eaux territoriales empêchant le Sea-Watch 3 d'y débarquer plusieurs dizaines de migrants secourus en mer. Pour une édition d'Insiders consacrée aux points-clés desélections européenneset notamment à l'essor de l'extrême-droite, notre reporter Valérie Gauriat s'est rendue sur cette île profondément divisée sur la question de l'immigration où les électeurs ont voté à 45% pour la Ligue. Elle a rencontré une figure locale de l'aide aux migrants, Pietro Bartolo, mais aussi ses plus fervents opposants.

Sur l'île de Lampedusa, Pietro Bartolo nous emmène découvrir en bord de mer, une sculpture appelée "Porte de l'Europe". "Là-bas, c'est la Libye," décrit-il en désignant le large avant de pointer le sol : "Ici c'est le point le plus au sud de l'Europe, nous sommes la porte de l'Europe et maintenant quelqu'un veut la fermer. C'est peut-être pour cela qu'elle s'effrite, elle souffre cette porte," fait-il remarquer en nous montrant les détails du monument. "Quand tu viens ici, il y a le vent du Sud, de l'Afrique, avec la poussière qui vient d'Afrique, on entend presque les lamentations, les cris, la souffrance," affirme-t-il.

"J'ai vu tant de souffrance"

Destination touristique italienne prisée, au sud de la Sicile, Lampedusa, est aussi l'un des plus célèbres théâtres du drame de l'immigration en Méditerranée. Pietro Bartolo a été élu député européen sur la liste du parti démocrate italien aux élections de mai dernier. Médecin, il veut mettre son expérience au profit de nouvelles politiques migratoires. Appelé à chaque arrivée de voyageurs d'infortune à Lampedusa, il a soigné quelques 300.000 personnes en près de trente ans.

Nous partons avec lui en voiture en direction du port. "C'est là qu'arrivent toutes ces personnes," dit-il en nous montrant des "bateaux arrivés récemment."

"J'ai passé plus de nuits, de jours sur cette jetée que dans ma propre maison : cela fait trente ans que je viens ici toutes les nuits pour attendre toutes ces personnes, alors je porte cet endroit dans mon cœur même si j'ai vu tant de souffrance, tant d'horreurs, tant de morts sur cette jetée..." confie le médecin. "C'est nous qui sommes responsables de ça !" s'insurge-t-il. "C'est nous qui amenons les guerres, qui provoquons la faim, les violences, qui sommes la cause de tout !" estime-t-il.

"On les a obligés à s'enfuir, à tout lâcher pour vivre une vie un peu plus sereine et maintenant, on ne veut pas d'eux, ce n'est pas juste : nous avons le devoir et la responsabilité de les aider," assure Pietro Bartolo avant de faire remarquer : "Ces personnes devraient arriver par les airs, par des voies régulières, au travers de corridors humanitaires, pas par la mer."

"J'ai honte pour l'Italie !"

En partant, nous croisons un groupe de sympathisants de la Ligue, le parti de Matteo Salvini. Parmi eux, une femme lance : "Lampedusa veut fermer les ports !"

Pietro Bartolo réagit, puis nous explique : "Elle dit que Lampedusa veut fermer les ports ; j'ai dit : 'Non, pas Lampedusa, c'est toi qui veut les fermer !"

Un nouveau décret interdit l'accès des bateaux humanitaires aux côtés italiennes. Lors de notre visite, le navire de l'ONG allemande Seawatch était déjà bloqué depuis plusieurs jours au large de l'île.

Le sujet était à l'ordre du jour lors d'une réunion organisée par le maire de Lampedusa, Toto Martello, favorable à l'accueil des migrants.

S'adressant à une délégation de l'organisation humanitaire Amref, de passage dans l'île, Pietro Bartolo s'exclame : "J'ai honte qu'aujourd'hui, l'Italie puisse interdire à ces gens qui souffrent d'accéder à notre territoire ! J'ai honte!"

Un appel l'interrompt soudain. "Désolé, je dois vous laisser : je dois aller recevoir des migrants qui vont être débarqués du Seawatch," dit-il avant de partir de la mairie devant laquelle des militants de la Ligue scandent : "Fermeture des ports ! Fermeture des ports !"

Ce jour-là, 10 des 52 passagers du Seawatch 3 étaient autorisées à débarquer. Les caméras sont tenues à distance.

"Quelque chose en retour" pour l'accueil des migrants

Dans l'île, le docteur Pietro Bartolo est pourtant loin de susciter l'adhésion de tous. Pour beaucoup, trop d'efforts sont consacrés à la question migratoire quand rien n'est fait pour le développement local. Manque d'infrastructures et d'emplois, taxes élevées, Lampedusa a été oubliée de toute la classe politique, disent-ils.

Aux élections européennes, la participation des lampedusiens n'a été que de 26 pourcent, mais près de la moitié de ces électeurs a voté pour la Ligue de Matteo Salvini.

Nous retrouvons celle qui a interpellé Pietro Bartolo pendant notre visite. Ancienne sénatrice de la Ligue, Angela Maraventano est restauratrice. Elle nous accueille dans sa cuisine où elle prépare une recette traditionnelle de Lampedusa. "Il ne faut jamais abandonner la culture de sa propre terre !" lance-t-elle.

L'abandon, un sentiment que partagent les partisans de Matteo Salvini à Lampedusa. "J'ai épousé le projet de la Ligue à cause des problèmes qui affectent mon île au quotidien depuis tant d'années," précise Angela Maraventano. "Les problèmes sont la santé, l'éducation, les déchets," énumère-t-elle. "Nous avons accueilli les migrants gratuitement et on en a assez ; aujourd'hui nous allons demander au gouvernement national et au Parlement européen de nous donner quelque chose en retour," souligne-t-elle.

"Ports fermés pour ceux qui font du trafic de chair humaine"

La restauratrice a réuni plusieurs sympathisants de la Ligue autour du repas qu'elle a confectionné. Les jeunes ont été nombreux sur l'île à voter pour la Ligue dit Attilio Lucia, gérant d'un magasin. "Les jeunes travaillent seulement quatre ou cinq mois par an et après, il n'y a rien pour aller de l'avant : du coup, la plupart d'entre eux s'en vont," indique-t-il.

Davide Masia, Président du conseil municipal de Lampedusa, renchérit : "On veut seulement la croissance,et ce n'est pas l'immigration qui peut faire croître Lampedusa. L'immigration a bénéficié surtout à ceux qui ont spéculé sur ce problème," estime-t-il.

​Angela Maraventano ajoute : "Nous voulons vivre sereinement sur notre île en accueillant ceux qui en ont besoin mais nous lutterons contre ce phénomène parce que derrière il y a la délinquance, les mafias. Alors, portes ouvertes pour les bateaux de croisière, les pêcheurs et les touristes et ports fermés pour ceux qui trafiquent la chair humaine," martèle-t-elle avant de conclure : "Ceux-là, nous les combattrons toujours...Toujours."