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Les portes de Lampedusa

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Les portes de Lampedusa

Les portes de Lampedusa
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L'un et l'autre sont surnommés "la porte de l'Europe". La première porte est Lampedusa, l'île au sud de l'Italie. L'autre est un monument à la mémoire des victimes de la traversée.

Mais qui pourrait les oublier ?

Il y a cinq ans, un bateau coule à quelques mètres des côtes d'île. Le bilan fait état de 368 migrants noyés. C'est l'un des naufrages les plus meurtriers de la crise des migrants. L'image des centaines de cercueils alignés dans une salle de l'aéroport est encore dans tous les esprits.

Grazia Migliosini était en mer la nuit du naufrage : "Le 3 octobre reste l'une des plus terribles tragédies qu'ait connue la Méditerranée. Cette nuit-là, pour sauver trois personnes, nous devions abandonner trois autres. Jamais nous n'oublierons tous ces enfants, c'était tous des enfants et ils sont morts sous nos yeux."

Pendant des années, Lampedusa a vu arriver des centaines de milliers de personnes qui traversaient la Méditerranéenne à la recherche d'une vie meilleure en Europe.

Plus de 2 500 migrants ont débarqué sur l'île depuis le début de l'année.

Ce groupe est arrivé d’Érythrée il y a deux semaines. Ils disent qu'ils ne comptent pas rester ici longtemps.

Filemo. Migrant érythréen : "C'est bien Lampedusa, mais nous devons partir pour un autre pays dès que nous le pourrons."

Lampedusa n'est pas la destination finale de ceux qui fuient la guerre et la pauvreté. C'est un lieu de transit. Mais l'immigration a un impact direct sur ceux qui vivent ici. Un impact sur leur vie et sur leurs choix politiques.

Emmanuele Billardello a accepté de nous accompagner et de nous montrer comment les migrants venus d'Afrique et du Moyen-Orient bouleversent la vie sur l'île. Notre première étape et un camp de réfugiés. Il s'agit d'un centre de détention financé par l'Union européenne.

Emanuele Billardello, habitant de Lampedusa : "Tout est une question d'argent" dit-il. "Quel argent? Et bien l'argent du gouvernement et l'argent que donne l'Europe au gouvernement et qui arrive ici."

Les partis politiques traditionnels ont déçu Emmanuel Billardelo. À ses yeux, ces partis l'ont abandonné lui et les migrants.

Emanuele Billardello, habitant de Lampedusa : "J'ai voté pour la Ligue, parce que Salvini dit que nous devons les renvoyer. Les autres politiques les ont laissés venir en Italie où il n'y a pas de travail et rien pour eux. Ceux qui viennent d'Afrique - ok. C'est normal de les aider. Mais nous devons leur fournir de papiers. Ils n'ont rien. J'espère que la Ligue arrivera à faire quelque chose."

La Ligue, le parti du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini a réuni 15% des votes à Lampedusa lors des dernières élections.

Angela Maraventano est une ex-sénatrice de la Ligue du Nord. Elle est également l'ancienne adjointe au maire de Lampedusa. Selon elle, la candeur des partis traditionnels a poussé les électeurs vers la Ligue.

Angela Maraventano, ex-sénatrice : "Dire que nous voulons accueillir ces gens et les traiter comme des esclaves lorsqu'ils arrivent, cela n'a aucun sens. Je n'ai pas de problème à le dire. Ceux qui accueillent ces gens font de l'assistanat. Ils ne leur proposent aucun projet sérieux. Il vaut mieux les empêcher de quitter leurs pays pour leur éviter de devenir ici des esclaves, de vendre de la drogue ou de faire des petits boulots. Je parle pour l'Italie, mais j'imagine aussi pour la France. Si l'année dernière nous pouvions encore leur proposer du travail, maintenant nous les traitons d'une horrible façon. Nous n'avons pas les moyens de les accueillir. Mieux vaut pour eux rester chez eux et vivre dans la dignité."

Vivre dans la dignité n'est probablement pas la seule chose que ces personnes recherchent lorsqu'elle traversent la Méditerranée.

Quelles que soient leurs convictions politiques, les responsables de Lampedusa disent ne pas être en mesure d'offrir aux migrants ce qu'ils sont venus chercher. Et aujourd'hui, la seule "porte de l'Europe" encore ouverte est celle de ce monument.