Le Requiem de Mozart renaît au Festival lyrique d'Aix-en-Provence

Le Requiem de Mozart renaît au Festival lyrique d'Aix-en-Provence
Taille du texte Aa Aa

Le Requiem, la messe des défunts laissée inachevée par la mort de Mozart, est entouré de légendes et de mystères. La première d'une nouvelle version scénique à la fois terrifiante, apaisante et solennelle vient de se tenir au Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence.

Audacieuse et parfois dérangeante, une nouvelle version scénique du Requiem de Mozart a été présentée en première mondiale pour l'ouverture du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence 2019.

Le metteur en scène Romeo Castellucci et le chef d'orchestre Raphaël Pichon bousculent les codes en revisitant la célébrissime Messe des morts.

"Ce Requiem est une œuvre qui est chantée un nombre incalculable de fois par jour partout dans le monde," fait remarquer Raphaël Pichon, également chef de l’Ensemble Pygmalion. "C'est un rituel que l'on accomplit pour nous, pour ceux qui restent et non pas pour ceux qui sont partis : Romeo Castellucci y voyait beaucoup plus une célébration de la vie qu'une célébration des morts," affirme-t-il.

Le fil de la vie à l'envers

Parmi les nombreux protagonistes sur scène, la soprano australienne Siobhan Stagg fait partie du quatuor vocal.

"On remonte le fil de la vie," indique-t-elle. "Au début, on découvre sur scène, une personne à la fin de sa vie, puis on part dans le passé : il y a une femme d'une vingtaine d'années, puis une fillette de neuf ans et on termine avec un bébé : donc la mort est envisagée à l'envers, avec l'idée du cycle de la vie," renchérit-elle.

_"Cette production exige tout de la part des personnes qui sont sur scène, tout ce qui les rend vivantes en fait,"_ poursuit la jeune soprano. "Et c'est ce paradoxe que Romeo Castellucci adore : il les fait danser, courir, s'essouffler jusqu'à l'épuisement," souligne-t-elle.

"Ce qui est beau doit être fragile"

L'histoire derrière le Requiem est elle-même pleine de drame. Mozart est mort alors qu'il en avait composé moins de la moitié.

"La mort, Mozart en parlait comme de l'une de ses meilleures amies," déclare Raphaël Pichon avant d'ajouter : "On peut peut-être sentir dans son ultime correspondance que Mozart a une sorte de prémonition que cette Messe des Morts deviendrait la sienne."

"Le Lacrimosa," poursuit le chef d'orchestre, "c'est d'une grande nudité, d'une grande fragilité : ce qui est beau doit être fragile, doit être vain, doit apparaître et disparaître et c'est la disparition de la beauté qui la rend belle."

Mozart a placé au début et à la fin de son Requiem, un solo de soprano.

"Il faut imaginer la voix de soprano comme la sonorité la plus lumineuse qui soit et peut-être la plus innocente en un sens," estime Siobhan Stagg. "On aime l'idée que quand on naît et, espérons-le, quand on meurt, si on a une conscience religieuse, on est innocents et lavés de nos mauvaises actions et qu'on part pour un monde meilleur, paisible et calme : je me dis que c'est peut-être pour cela qu'il a choisi cette couleur vocale," conclut-elle.