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2ème présidentielle "libre" en Tunisie, mais l'un des favoris est en prison

2ème présidentielle "libre" en Tunisie, mais l'un des favoris est en prison
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Ce n'est que la deuxième élection présidentielle de son histoire que la Tunisie peut vivre en toute liberté démocratique ce dimanche 15 septembre. Mais contrairement à la première, qui s'était déroulée fin 2014 - le premier tour le 23 novembre, le second le 21 décembre - celle-ci est totalement imprévisible.

Les plus de 7 millions d'électeurs ne se retrouvent pas, en effet, face à un choix clair comme il y a cinq ans : voter pour ou contre les partis islamistes. Depuis, les différents mouvements politiques ont implosé, et les 26 candidats en lice viennent de tous les horizons : du pouvoir actuel anti-islamiste, d'une mouvance islamiste plus modérée, de la société civile, d'une tendance populiste ou encore d'une frange nostalgique de l'ancien régime dictatorial de Zine El-Abidine Ben Ali.

Dans le peloton de tête se placent :

L'actuel Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, qui a quitté la formation hétéroclite Nidaa Tounes, victorieuse du scrutin présidentiel en 2014, à cause de gué-guerres intestines; il a fondé son propre parti.

Le ministre sortant de la Défense, Abdelkarim Zbidi, qui est soutenu justement par Nidaa Tounes, mais sans en être le candidat officiel.

Le président par intérim du Parlement, l'avocat Abdelfattah Mourou, sur qui compte beaucoup le mouvement islamiste Ennahdha; ce dernier a gouverné seul ou en cohabitation depuis le renversement du président Ben Ali en janvier 2011, mais c'est la première fois qu'il ose briguer la présidence tunisienne.

Et le candidat le plus controversé, Nabil Karoui, homme d'affaires sulfureux dans les milieux de la publicité et des médias, mais qui a su se rendre populaire en apportant des aides à des régions défavorisées du pays. Le problème, et pas des moindres, c'est qu'il a été rattrapé par la justice pour blanchiment d'argent présumé. Arrêté le 23 août dernier et placé en détention provisoire, il va assister au premier tour de la présidentielle dimanche enfermé dans sa cellule.

Deux candidates, pas plus !

On ne doit pas oublier les femmes qui se présentent à ce scrutin. Dans le monde arabe, la Tunisie se distingue pour défendre leurs droits depuis que le Code du statut personnel y a été voté dès l'indépendance, en 1956. Néanmoins, elles ne sont que deux engagées dans la course :

Abir Moussi, une avocate qui se bat avec ténacité contre toute menace d'islamisation de la société tunisienne.

Et Salma Elloumi, qui est une ancienne ministre.

Regain de civisme électoral

Lors du dernier rendez-vous électoral en date, des municipales organisées le 6 mai 2018, les Tunisiens n'ont guère profité de leur liberté de vote; le taux d'abstention a presque atteint la barre des 65%. En revanche, les instituts de sondage et autres observateurs estiment que cette fois, un regain de civisme se fait sentir : grâce à une campagne dynamique, près de 1,5 million de nouveaux électeurs se sont inscrits sur les listes, particulièrement des jeunes et des femmes.

Voici qui est rassurant dans ce pays qui est considéré comme le berceau de la révolte démocratique qui s'était ensuite propagée, prenant le nom de "Printemps arabe". Tout avait démarré à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010, quand un jeune commerçant désespéré par la misère s'était immolé par le feu. Peu à peu, de violentes émeutes avaient gagné l'ensemble du territoire... Mais contrairement aux autres nations arabes où le printemps s'est terminé en bain de sang ou en explosion politique et sociale, la Tunisie a su transformer sa révolution en évolution constitutionnelle et à garder le cap de la démocratie.

Grosse exigence, le redressement économique

Néanmoins, en une seule année, 2015, trois attentats revendiqués par le groupe terroriste Etat islamique ont endeuillé la capitale, Tunis, et la cité balnéaire de Sousse, faisant en tout 72 morts. L'état d'urgence reste en vigueur mais la sécurité n'est plus un thème dont on a débattu au cours de la campagne pour cette présidentielle. La plus grande préoccupation est de nouveau la crise économique et sociale. Le chômage reste à 15% et les salaires sont bien trop maigres. C'est le premier travail d'Hercule auquel le prochain président va devoir s'atteler.

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