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Vraiment aussi diverse que l'Europe, la Commission d'Ursula Von der Leyen ?

Ursula Von der Leyen et son équipe. Genval, Belgique, le 12 septembre 2019
Ursula Von der Leyen et son équipe. Genval, Belgique, le 12 septembre 2019 -
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REUTERS/Francois Lenoir
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Cette équipe est aussi diverse et forte que l’Europe. Ce sont des hommes et des femmes dévoués et je suis vraiment impatiente de travailler avec cette équipe au service de l’Europe". C’est en ces termes qu'Ursula Von der Leyen s'est exprimée lorsque elle a présenté la composition de "sa" Commission. Mais si ce groupe de 27 commissaires (28 moins le Royaume-Uni) respecte l'équilibre entre les sexes, avec 14 hommes et 13 femmes, la notion de diversité pourtant louée par Ursula Von der Leyen semble relative, puisque cette équipe est entièrement blanche.

Ce paradoxe est également patent en étudiant le nouveau Parlement européen. En effet, sur les 751 eurodéputés élus en mai dernier, seuls 36 relèvent de minorités ethniques. Soit seulement 5% de l'ensemble, alors que les personnes issues des minorités ethniques représente 10% de la population de l'Union européenne, selon le Réseau européen contre le racisme (ENAR), une fédération de 160 organisations antiracistes sur le continent.

Les portraits, répétés deux fois, des actuels eurodéputés

Et cette représentation des minorités ethniques au Parlement chutera même à 4% après le Brexit. Ainsi le nombre de députés noirs (et non blancs) passera de 30 à 24 le 31 octobre prochain, Brexit oblige (en théorie). "Les députés britanniques ont apporté leur expertise et leurs connaissances en matière de promotion de l'égalité. Et cette expertise sera perdue avec leur départ", a commenté Sarah Chandler du Réseau européen contre le racisme.

Le manque de diversité au sein des institutions européennes a fait l'objet de nombreuses publications, soulignant notamment que si les personnes personnes de couleur sont nombreuses chez les serveurs et les agents d’entretien, ce constat est tout autre chez les fonctionnaires et les parlementaires.

L'eurodéputée suédoise Alice Bah Kuhnke, que nous avons contactée, a ainsi témoigné qu'elle avait l'habitude d'être la "seule personne noire dans la salle".

"Dans ma situation, j'ai toujours été la seule personne noire dans la salle. Cela a été comme ça toute ma vie, étant une personne noire en Suède. Pour moi, ce n'est pas une nouvelle expérience", explique-t-elle. "C'est un problème grave et triste que les institutions de l'UE et son personnel ne représentent pas le vrai visage de l'Europe", poursuit l'élue écologiste. "Nous vivons à une époque où la confiance dans la politique et les politiciens est en train de s'éroder lentement. Nous devons réinstaurer la confiance. Et pour ce faire, l'un des outils est de nous assurer que nous représentons les gens qui ont voté pour nous", a ajouté celle qui fut ministre de la Culture et de la Démocratie dans son pays.

Le problème, pour Sarah Chander, vient du fait que ni le Parlement européen, ni la Commission ne collectent de données sur les minorités ethniques. Et lors des dernières élections, si "de nombreux partis ont inclus des candidats noirs ou appartenant à des minorités ethniques sur leurs listes, ils l'ont été tout en bas" a-t-elle expliqué, n'étant pas ainsi en position d'éligibilité.

Alfiaz Vaiya, coordinateur de l'Intergroupe Antiracisme et Diversité du Parlement européen, s'est fait l'écho de ce sentiment. Ce dernier avait ainsi déclaré au Guardian avant les élections qu'il craignait que les partis progressistes placent leurs candidats issues des minorités en bas de listes, en raison du fait que la question de l'immigration était beaucoup plus "clivante" que lors des précédents scrutins.

Quid des stratégies en faveur de la diversité et de l'inclusion ?

Les dirigeants européens avaient affirmé, en 2017, être attachés à la diversité et qu'ils souhaitaient qu'au moins 40% de femmes occupent des postes importants dans les institutions de l'UE. Mais aucune mention d'une stratégie sur l'inclusion des personnes de couleur n'avait été avancée.
"La stratégie en faveur de la diversité et de l'inclusion se concentre sur quatre groupes cibles principaux : les femmes, le personnel handicapé, les personnes LGBTI et le personnel plus âgé ", avait ainsi indiqué la Commission européenne.

Pour travailler à Bruxelles, nous explique Sarah Chander, "il faut venir d'un réseau et réussir un test sélectif" qui est censé être basé sur le mérite.

"Nous soupçonnons que les minorités ethniques ne postulent pas suffisamment. Mais nous n'avons aucune preuve à ce sujet en raison du manque de données. Nous avons formulé des recommandations claires sur la façon d'améliorer les choses : recueillir des données pour comprendre où se situe le problème", a dit Mme Chander.

Un questionnaire anonyme, portant sur la discrimination fondée sur le sexe, l'orientation sexuelle, l'âge ou le handicap, a été adressé aux membres du personnel de la Commission européenne en octobre 2018. Un porte-parole de la Commission nous a déclaré que "60% des personnes interrogées estimaient que la Commission s’efforçait de promouvoir l'inclusion".

Mais pour le Réseau européen contre le racisme, qui a eu ce questionnaire en main, ce dernier était biaisé. En effet, aucune case spécifiquement dédiée à une discrimination fondée sur l'appartenance ethnique n'était présente. Seule une case "autre" apparaissait. Malgré notre demande, la Commission ne nous a pas communiqué les résultats exacts de ce questionnaire.

Les pratiques d'embauche peuvent également constituer un obstacle à une plus grande diversité. Pour Sarah Chander, les députés européens sont souvent encouragés à embaucher des personnes qui ont déjà travaillé au Parlement européen. "Cela crée de la loyauté, mais c'est aussi un énorme frein pour les personnes qui ne sont pas dans ces réseaux", conclue la représentante de l'ENAR.

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