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La colère ne retombe pas en Irak : le bilan dépasse les 40 morts

La colère ne retombe pas en Irak : le bilan dépasse les 40 morts
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La plus haute autorité chiite d'Irak a exhorté vendredi le gouvernement et les députés à répondre au plus vite aux demandes des manifestants sous peine de voir encore grandir le mouvement de contestation.

Ce mouvement -inédit car spontané dans un pays habitué aux mobilisations partisanes, tribales ou confessionnelles- est le premier test populaire pour le gouvernement d'Adel Abdel Mahdi, en place depuis à peine un an et qui a appelé dans la nuit à la patience.

Malgré cet appel et le blocage d'Internet, de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de sécurité, qui ont tiré à balles réelles, ont eu lieu vendredi matin dans la capitale, selon des journalistes de l'AFP.

Le mouvement de contestation, qui a débuté mardi à Bagdad avant de s'étendre à de nombreuses villes du sud du pays, à majorité chiite, réclame des emplois pour la jeunesse et le départ des dirigeants "corrompus".

Le grand ayatollah Ali Sistani soutient le mouvement de contestation

"Le gouvernement doit changer sa façon de gérer les problèmes du pays", a déclaré Ahmed al-Safi, un représentant du grand ayatollah Ali Sistani, figure incontournable jouissant d'une grande influence politique, dans une mosquée de la ville sainte de Kerbala, au sud de Bagdad.

Il doit "améliorer les services publics, trouver des emplois aux chômeurs, éviter le clientélisme dans le service public et en finir avec les dossiers de corruption", a-t-il ajouté.

Le grand ayatollah a également dénoncé "des attaques inacceptables (...) à l'égard de manifestants pacifiques et des forces de sécurité".

Depuis mardi, au moins quarante personnes auraient été tuées selon l'agence Reuters qui cite des sources policières et médicales. L'AFP parle pour sa part de 37 morts -33 manifestants et quatre policiers-, et de centaines de blessés selon des responsables à travers le pays. Un couvre-feu a été décrété dans la capitale et des villes du Sud.

Jugeant que des réformes étaient "obligatoires", l'ayatollah Sistani s'en est pris au Premier ministre, au président mais a fait porter la plus grande responsabilité de la gabegie de l'Etat aux députés. "Si les manifestations faiblissent pour un temps, elles reprendront et seront plus fortes et plus massives", a-t-il averti.

En 2014, avec une fatwa, l'ayatollah avait mobilisé des dizaines de milliers de combattants contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

Promesse et "patience"

Des tirs ont été entendus à Bagdad après la fin du prêche, selon des journalistes de l'AFP.

Des dizaines de manifestants, certains masqués, avaient afflué en matinée dans le centre de la capitale, où les forces de sécurité ont tiré à hauteur d'homme sur des protestataires.

Privés d'Internet depuis mercredi soir, les manifestants font face à un imposant cordon de policiers et de militaires, déployés sur un rayon de deux à trois kilomètres autour de la place Tahrir. "On continue : soit on meurt, soit on change le régime", a déclaré à l'AFP Sayyed, un manifestant de 32 ans à Bagdad, avant le sermon.

Tard dans la nuit, le chef de gouvernement Adel Abdel Mahdi a réclamé du temps pour améliorer les conditions de vie des 40 millions d'habitants du pays, sorti il y a moins de deux ans de près de quatre décennies de guerre et en pénurie chronique d'électricité et d'eau potable.

Les promesses d'amélioration n'ont pas semblé convaincre les manifestants excédés par les services publics indigents, le chômage qui touche un jeune sur quatre et surtout la corruption qui a déjà englouti quatre fois le budget de l'Etat ces 16 dernières années.

"Ca fait plus de 15 ans qu'on entend les mêmes promesses, elles ne font ni avancer ni reculer la situation et elles ne nous feront pas quitter la rue", rétorque, véhément, Sayyed.

"Saboteurs"

Alors que les autorités dénonçaient des "saboteurs" parmi les manifestants, Amnesty International a exhorté Bagdad à "ordonner immédiatement aux forces de sécurité de cesser d'utiliser une force, notamment létale, excessive" et à rétablir la connexion internet.

Se disant préoccupé par les informations indiquant que les forces de sécurité ont utilisé des balles réelles, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a demandé vendredi à l'Irak une enquête "rapide" et "transparente" sur les morts dans la dispersion des manifestations.

"Nous appelons le gouvernement irakien à permettre à la population d'exercer librement ses droits à la liberté d'expression", a ajouté une porte-parole du Haut-Commissariat, Marta Hurtado.

L'inquiétude grandit également chez les voisins de l'Irak. L'Iran a appelé ses ressortissants prévoyant de se rendre en Irak pour un grand pèlerinage chiite à retarder leur départ en raison de l'insécurité.

Mercredi, la télévision d'Etat iranienne avait déjà annoncé qu'un des trois postes frontière utilisés par les pèlerins pour se rendre en Irak avait été fermé.

Tandis que Bagdad s'embrase et que manifestations et violences touchent les provinces de Najaf, Missane, Zi Qar, Wassit, Diwaniya, Babylone et Bassora, le calme prévaut au nord et à l'ouest de Bagdad, régions principalement sunnites et ravagées par la guerre contre l'EI, ainsi qu'au Kurdistan autonome.