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Retraites : la grève continue après les annonces d'Edouard Philippe

Manifestation parisienne du 12 décembre 2019 Capture d'écran du sujet /AP
Manifestation parisienne du 12 décembre 2019 Capture d'écran du sujet /AP
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Au lendemain de la présentation du projet de réforme des retraites qui a suscité l'ire du dirigeant de la CFDT, Laurent Berger, le Premier ministre a souhaité jeudi "reprendre rapidement le dialogue" avec les partenaires sociaux, tandis que la grève semblait partie pour durer dans les transports publics.

Edouard Philippe s'est engagé à appeler les partenaires sociaux dès jeudi après-midi afin de "voir avec eux comment reprendre rapidement le dialogue" sur la réforme des retraites. "J'ai noté ce matin la demande de certains partenaires sociaux et notamment de Laurent Berger qu'une réunion soit organisée à Matignon. Je l'ai dit hier [mercredi, ndlr] : ma porte est ouverte et ma main est tendue", a-t-il insisté sur Twitter.

Fin des régimes spéciaux, "âge d'équilibre" à 64 ans, entrée dans le système à points à partir de la génération née en 1975... M. Philippe avait détaillé mercredi le contenu du futur "système universel de retraite" par points, assurant que "tout le monde serait gagnant".

Laurent Berger, favorable à un système universel par points mais fermement opposé à un allongement de la durée de cotisation via un "âge d'équilibre", avait immédiatement dénoncé le franchissement d'une "ligne rouge" et demandé au gouvernement de revenir sur ce point.

La CFDT, la CFTC et l'Unsa, elles aussi favorables à un régime universel, ont adressé jeudi au gouvernement une liste de sujets à leurs yeux "cruciaux", dont la pénibilité ou la retraite progressive. Ces trois syndicats ont appelé à rejoindre la mobilisation prévue dans la rue le 17 à l'initiative de la CGT, FO, la FSU et Solidaires ainsi que d'organisations de jeunesse.

Jeudi matin, gouvernement et majorité avaient multiplié les appels du pied pour que la CFDT accepte de reprendre la négociation. "Je suis prêt à discuter, évidemment qu'on va discuter", a répondu M. Berger. Mais, a-t-il averti, "vouloir être constructif, ça ne veut pas dire se laisser marcher dessus".

Le gouvernement a "fait une proposition et maintenant il y a une concertation qui doit se faire", a déclaré Emmanuel Macron, interrogé par la presse avant le début d'un sommet européen à Bruxelles.

"Enseigner jusqu'à 900 ans tu pourras"

La mobilisation contre la réforme des retraites est entrée jeudi dans sa deuxième semaine et des manifestations étaient organisées partout en France, réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes. A Marseille, où les enseignants étaient en nombre, une pancarte affichait une photo de Maître Yoda, le vieux sage de Star Wars, avec le slogan: "enseigner jusqu'à 900 ans tu pourras".

Plusieurs milliers de personnes ont aussi défilé dans le calme à Paris, à la lumière des fumigènes roses des cheminots.

Les manifestants étaient entre 3 000 et 9 000 à Lyon selon les sources, 2 000 à 6 000 à Bordeaux, entre 2 700 et 7 000 à Rouen... A Brest, sous une pluie battante, les manifestants scandaient: "le temps est pourri, la retraite à points aussi !".

"Aujourd'hui c'est une manif pour montrer qu'on est toujours là et qu'on ne va pas permettre au gouvernement de continuer la casse sociale, mais la prochaine grosse mobilisation, c'est mardi", avertissait à Montpellier Raoul, 37 ans, enseignant en lycée.

Dans les transports en commun, le trafic restait très perturbé et peu de changements étaient attendus vendredi, avec notamment un TGV et un Transilien sur 4, et 8 lignes de métro fermées à Paris.

"Pas de trêve pour Noël" sauf si...

Il n'y aura "pas de trêve pour Noël sauf si le gouvernement revient à la raison" en retirant son projet, a prévenu le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun, en tête de la contestation.

"On n'a aucune garantie que le point évoluera en fonction du coût de la vie. J'en suis à mon 8e jour de grève, j'ai déjà perdu 300 euros de salaire", expliquait Candy, cheminote en banlieue, rencontrée dans le cortège parisien, pour qui "ça ne va faire que se renforcer".

Avec, côté usagers, une exaspération de plus en plus palpable: "je me lève à 4H30, je rentre à 21H00. Tous les matins, je suis stressé, énervé par le monde qui pousse dans le RER, toute la journée je suis debout pour mon travail, et le soir, je suis fatigué", raconte Fernando Duarte, ouvrier spécialisé rencontré à la gare du Nord à Paris. "Il faut vite que ça s'arrête, c'est vraiment dur".

Mercredi, Édouard Philippe a affirmé que "la loi prévoira une règle d'or pour que la valeur du point acquis ne puisse pas baisser", en réponse à l'une des principales inquiétudes exprimées par les opposants à la réforme des retraites.

Pour le Premier ministre, "les garanties données" justifient que la grève, "qui pénalise des millions de Français, s'arrête".

De nouvelles actions à venir

Le mécontentement reste cependant large. Le Conseil des barreaux votera des actions vendredi, et les principaux syndicats policiers menacent de "durcir" leur mobilisation. Les enseignants de la FSU ont appelé à la reconduction.

Jeudi, la zone industrielle et portuaire du Havre était bloquée, tout comme les entrées du Grand Port maritime de Marseille, par des manifestants mobilisés à l'appel de la CGT. Des dockers ont également organisé des blocages au port de La Rochelle ou à Rouen.

Des coupures de courant ont touché plusieurs villes. Des baisses de production ont été organisées dans le nucléaire et des arrêts de centrales hydro-électriques et thermiques, selon la CGT Énergie.

Un sabotage sur des installations techniques, non revendiqué, a temporairement privé d'électricité environ 11 600 foyers à Foix, selon la préfecture.

Les Français sont partagés sur la réforme des retraites, selon un sondage Elabe pour BFM TV: 50% s'y disent favorables et 49% opposés.

-Avec AFP-

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