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Notre film de la semaine vient de Roumanie : Les Siffleurs

The Whistlers
The Whistlers   -   Tous droits réservés  Diaphana Distribution   -   Vlad Cioplea
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Les Siffleurs, Corneliu Porumboiu (1h38)

Sortie le 8 décembre

Les Siffleurs est une nouvelle pépite envoyée de Roumanie : un film de genre, entre polar et film noir, nous emmenant sur les traces d’un flic ripoux, écartelé entre Bucarest et les Îles Canaries, et qui doit apprendre à communiquer… en sifflant !

Corneliu Porumbiu est l’une de ces figures de ce qu’on a appelé un peu vite « La Nouvelle Vague Roumaine », regroupant un certain nombre de jeunes cinéastes qui se sont emparés d’une caméra après la chute de Ceausescu pour montrer la réalité de leur pays. Avec pour certains, comme Porumbiu, une certaine dose d’humour : on se rappelle avec bonheur de son premier film 12h08 à l’est de Bucarest, Caméra d’or au Festival de Cannes en 2006, ou du Trésor, montré aussi sur la Croisette en 2015, et qui pourfendaient gentiment les travers de ses semblables. On se souvient aussi de Policier, adjectif, dans un registre plus sombre, où apparaissait déjà le personnage principal des Siffleurs, Cristi. Avec ce film, le cinéaste roumain a passé un cap et livre un film de la maturité, maîtrisé dans sa forme comme dans son écriture et son interprétation.

L’histoire est donc celle de Cristi, un flic ripoux (la Roumanie est régulièrement montrée du doigt pour sa corruption) qui va devoir se plier aux exigences d’une bande mafieuse qui veut libérer sa tête pensante. Pour cela, ils inventent un stratagème qui consiste à communiquer dans une langue sifflée afin de préparer son évasion. Cristi est alors envoyé sur une des Îles Canaries, le seul endroit au monde où les autochtones communiquent encore dans une langue sifflée. Il est escorté dans son voyage par Gilda (le clin d’œil à Rita Hayworth est évident !), une créature aussi belle que vénéneuse…

Porumbiu lorgne donc sans vergogne sur le film noir et n’hésite pas à en rajouter dans les archétypes du genre : trahison, mensonge, caïd à libérer, magot à récupérer, corruption et faux-semblants à tous les niveaux, gueules patibulaires et femme fatale… Bref, un pot-pourri de ce que peut offrir le cinéma en guise de polar efficace, mais Les Siffleurs recèle également cette petite dose de poésie et d’exotisme qui emporte notre adhésion.

En nous emmenant aux deux extrémités de l’Europe (Bucarest avec son urbanité agressive, et l’île presque inhabitée de Gomera, au milieu de l’Atlantique), il nous fait découvrir des territoires très peu vus au cinéma. Il y a aussi cette langue surgit de temps immémoriaux, le Silbo, qui servait aux bergers des Canaries de communiquer de vallées en vallées. Les acteurs ont d’ailleurs dû apprendre les rudiments du Silbo pour les besoins du film, et l’authenticité du récit n’en est que plus grande.

Le film est reparti bredouille de Cannes, alors que le scénario aurait largement mérité un accessit, tant le suspense est entier jusqu'au bout. Avec aussi, au détour d’un dialogue ou d’un regard, une pointe d’ironie qui fait des Siffleurs une belle réussite. Le film a en tout cas été vendu dans le monde entier, et notamment dans la quasi-totalité des pays européens.