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Coronavirus : l'UE brise un tabou et suspend la discipline budgétaire

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Coronavirus : l'UE brise un tabou et suspend la discipline budgétaire
Tous droits réservés  AP Photo/Jean-Francois Badias
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Les 27 de l'UE ont brisé un tabou lundi en renonçant aux règles de discipline budgétaire, mais il doivent encore s'entendre sur des mesures plus fortes afin d'amortir le choc de la récession annoncée avec la pandémie du coronavirus.

Alors que le FMI a tiré la sonnette d'alarme, prévenant que la récession mondiale pourrait être pire cette année que pendant la crise financière de 2008, les 27 ministres des Finances de l'UE ont pris une décision historique face à la gravité de la situation.

Même le ministre néerlandais, Wopke Hoekstra, fervent défenseur des règles budgétaires, a applaudi cette suspension."En ces temps exceptionnels, nous devons le faire pour minimiser le dommage causé par le virus", a-t-il dit.

Une bouffée d'oxygène pour l'Italie

La suspension du Pacte de stabilité et de croissance est une mesure qui n'a jamais été utilisée depuis sa création en 2011 en pleine crise de la dette de la zone euro. Elle permet aux Etats membres de déroger au Pacte qui fixe les règles budgétaires aux Etats ayant adopté la monnaie unique.

C'est une première bouffée d'oxygène pour l'Italie, qui est à la fois le pays le plus durement frappé par la pandémie et le deuxième plus endetté de la zone euro (130% du PIB), après la Grèce.

La plupart des Etats de l'UE ont déjà cassé leur tirelire pour répondre aux difficultés économiques engendrées par le coronavirus qui va très vraisemblablement plonger l'Europe dans la récession cette année.

Même l'Allemagne, très à cheval sur l'orthodoxie budgétaire, a décidé, pour la première fois depuis 2013, d'emprunter de l'argent, pour financer un plan d'aide économique sans précédent depuis la Deuxième guerre mondiale.

Cette suspension du Pacte de stabilité est pour l'instant la plus grande riposte annoncée collectivement par les pays européens.

Les 27 ministres des Finances de l'UE doivent à nouveau se réunir mardi pour discuter d'une réponse collective encore plus forte pour secourir les pays en grande difficulté. Mais des divisions persistent.

Vulnérabilité de l'Italie

Vendredi, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, avait tapé du poing sur la table appelant à surmonter "certains blocages" et à ne pas laisser tomber l'Italie.

Parmi les options sur la table a été évoquée celle des "corona bonds", des obligations qui mutualiseraient les dettes des pays membres de la zone euro.

Mais, l'Allemagne comme les Pays-Bas, dont la dette est jugée la plus sûre, ont toujours refusé de mutualiser le risque au bénéfice de pays jugés moins vertueux comme l'Italie ou la France.

Une autre option serait d'utiliser l'un des instruments déjà existants du fonds de secours de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES), créé en 2012 pour aider les Etats rencontrant des problèmes de financement sur les marchés.

Le MES, qui dispose d'une capacité de prêts de de 410 milliards d'euros (soit 3,4 % du PIB de la zone euro), pourrait octroyer une ligne de crédit dite de précaution à un pays, ou un groupe de pays, voire même à l'ensemble des pays de la zone euro.

Concrètement, une somme importante pourrait être mise à la disposition d'un ou plusieurs pays, comme une sorte d'assurance. Elle ne serait en principe pas utilisée mais serait un signal aux marchés pour les rassurer : en cas de problème, le pays pourrait théoriquement y avoir recours.

Le FMI – on qualifie parfois le MES de FMI européen – dispose du même type d'instruments : à ce jour, trois pays ont d'ailleurs fait appel aux lignes de crédit dites modulables, la Colombie, le Mexique et la Pologne. Aucun d'entre eux ne l'a encore utilisée.

Pour l'Italie toutefois, il n'est pas question qu'elle soit le seul bénéficiaire de cette ligne de crédit de précaution du MES : elle craint en effet que cela n'envoie un signal négatif aux marchés, en donnant l'impression qu'elle est sous assistance.

Ceci aurait pour conséquence un creusement de l'écart ("spread") entre les taux obligataires de l'Allemagne - pays qui jouit de la confiance des investisseurs - et ceux de l'Italie.