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Plan de relance de l'UE : un accord historique, mais imparfait pour certains

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Plan de relance de l'UE : un accord historique, mais imparfait pour certains
Tous droits réservés  Stephanie Lecocq/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
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L'accord conclu mardi par l'UE sur un plan de relance basé pour la première fois sur un endettement commun constitue sans conteste un tournant historique, mais il reste trop modeste sur certains aspects, estiment des analystes.

De l'avis de tous, un tel compromis paraissait inimaginable il y a quelques mois encore: il aura fallu l'arrivée de la pandémie de coronavirus en Europe pour faire bouger les lignes rouges.

De Berlin avant tout, qui s'est rangé à l'avis de Paris et a accepté que des fonds soient empruntés à grande échelle au nom de l'Europe, brisant ainsi un tabou dans un pays jusqu'ici largement opposé à l'idée d'une dette commune.

"Ca ouvre la porte à un mécanisme qui va permettre de maintenir l'Europe dans l'Histoire", a estimé Anne-Laure Delatte, conseillère au centre d'études Cepii.

Face à la récession sans précédent qui menace l'Europe, les dirigeants de l'UE ont réagi avec une extrême rapidité. "Le risque de ne pas avoir d'accord était très élevé. Ca aurait envoyé un message très négatif, aussi bien au niveau politique qu'économique, que l'UE n'était pas capable de réagir à un défi commun", a ajouté Marta Pilati, du European Policy centre (EPC),

Pour Enrico Letta, ancien chef du gouvernement italien et président de l'institut Delors, "il s'agit d'un pas important, qui démontre que le droit de veto n'existe plus. Et que Madame Thatcher c'est l'histoire".

Néanmoins, les experts relèvent au moins cinq imperfections.

Tout d'abord, le montant des subventions, offertes --sans nécessité de remboursement-- aux pays les plus touchés par le coronavirus, comme l'Italie et l'Espagne.

Avant le sommet, il était prévu que le plan de relance de 750 milliards d'euros soit composé de 500 milliards de dons et 250 milliards de prêts. Face à l'opposition des quatre pays dits "frugaux"(Pays-Bas, Autriche, Danemark et Suède, rejoints par la Finlande), le volume de subventions est tombé à 390 milliards.

"Dommage qu'on ait négocié un rabais des subventions par rapport aux prêts", a asséné Mme Delatte.

- "Trop flou" -

Deuxièmement, le contrôle de la façon dont les bénéficiaires des fonds dépenseront leur argent.

Pour faire tomber les réticences des frugaux, qui considèrent les pays du sud trop laxistes, un dispositif a été imaginé: il permet à un ou plusieurs Etats membres, qui considèrent que les objectifs fixés dans les programmes de réformes ne sont pas atteints, de demander d'étudier le dossier lors d'un sommet européen.

"C'est assez complexe", estime Mme Pilati, qui craint que ces examens prennent trop de temps. "Cela va nous rendre encore plus dépendant du timing des élections nationales", renchérit Mme Delatte.

Des dirigeants comme le Néerlandais Mark Rutte, qui doit faire face à des législatives compliquées l'an prochain, pourraient par exemple se montrer particulièrement durs.

Troisièmement: le lien entre le respect de l'Etat de droit par les Etats membres et le versement de fonds européens.

Budapest et Varsovie, dont les gouvernements sont dans le collimateur de Bruxelles sur ce point, ont bataillé dur pour édulcorer ces dispositions.

"Le mécanisme reste trop flou" pour être dissuasif, a estimé le co-leader des Verts au Parlement européen, Philippe Lamberts.

Quatrièmement, estiment les experts, les 27 de l'UE ont raté une occasion de moderniser la façon dont sont dépensés les fonds européen. Pour parvenir à un accord, les programmes destinés à l'innovation, l'économie numérique et l'environnement ont été rabotés.

"Les +euphoriques+ du jour se feront à coup sûr bien plus discrets lorsqu'il faudra expliquer les coupes substantielles dans la politique agricole, Erasmus + ou encore les programmes de recherche et le quasi-abandon des ambitions en sécurité/défense", estime l'eurodéputé français Arnaud Danjean (PPE, droite).

Enfin, face à la résistance des "frugaux", qui jugent leurs contributions nettes au budget de l'UE disproportionnées, les dirigeants de l'UE ont accepté d'augmenter significativement les rabais dont ils bénéficiaient déjà.

"Du coup, les autres pays vont devoir mettre davantage la main à la poche", prévient Mme Pilati.