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Les Suisses appelés aux urnes pour se prononcer sur la politique migratoire du pays

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Les Suisses appelés aux urnes pour se prononcer sur la politique migratoire du pays
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En Suisse, les électeurs décideront par référendum — appelé localement une votation populaire — ce dimanche 27 septembre si les citoyens de l'Union européenne doivent être autorisés à travailler et à vivre, ou non, dans le pays.

L'initiative, soutenue par l'Union démocratique du centre (UDC), parti conservateur de droite, ne recueillerait que 35% d'opinion favorable selon un récent sondage de la RTS. En cas de vote favorable, les relations entre Berne et Bruxelles, sont plus grand partenaire commercial, pourraient se tendre drastiquement.

L'UDC, qui a déjà remporté des victoires surprises dans sa longue guerre contre l'influence européenne, avertit que le riche pays alpin est confronté à une "immigration incontrôlée et excessive" et que les "emplois suisses sont menacés".

"Trop, c'est trop ! "

L'initiative, soumise au vote dans le cadre du système de démocratie directe de la Suisse, demande au pays de réviser sa constitution pour s'assurer qu'il peut gérer sa politique d'immigration de manière autonome.

"Nous devons récupérer la part de souveraineté qui consiste à contrôler l'immigration", a déclaré à l'AFP Vincent Schaller, membre de l'UDC au parlement municipal de Genève. S'exprimant depuis un stand installé près d'un marché genevois pour discuter avec le public du prochain vote, il a insisté sur le fait que "l'UDC veut une immigration de choix".

Il était flanqué d'une des affiches les plus provocantes du parti pour ce vote, montrant un derrière en jean avec une ceinture à étoiles de l'UE, assis lourdement sur une carte de la Suisse, sous les mots : "Trop, c'est trop !".

"Nous sommes en faveur d'une immigration de qualité, pas d'une immigration de quantité", a convenu Elvira Voskresenskaia, membre de l'UDC.

Renégocier l'accord sur la libre circulation avec l'UE

Bien qu'elle ne soit pas membre de l'UE, la Suisse est liée au bloc par une série d'accords bilatéraux étroitement liés. Si l'initiative de l'UDC est adoptée, les autorités suisses auront un an pour négocier la fin de l'accord de 1999 avec Bruxelles sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et le bloc.

L'initiative va même plus loin que celle votée en février 2014, exigeant que Berne impose des quotas sur les migrations en provenance des pays de l'UE. Ce vote, adopté de justesse, a mis en péril les relations entre la Suisse et l'UE, Bruxelles avertissant que toute limitation de l'immigration des citoyens de l'UE menaçait toute une série d'accords bilatéraux.

Berne s'est battu pendant des années pour trouver un moyen de respecter la volonté des citoyens sans s'aliéner définitivement les voisins de l'UE. Après de longs pourparlers, l'accord conclu fin 2016 est resté bien en deçà d'un plan initial visant à imposer des quotas sur les permis de séjour délivrés aux citoyens de l'UE, que Bruxelles avait farouchement rejeté.

Berne a préféré se contenter d'exiger des employeurs suisses qu'ils fassent quelques démarches administratives avant d'embaucher des ressortissants de l'UE et de donner la priorité aux demandeurs d'emploi suisses, du moins en apparence. L'UDC a condamné ce compromis comme une "trahison" et a lancé sa nouvelle initiative.

"Clause guillotine"

Si la votation de 2014 reste gravée dans la mémoire collective de la Suisse, il semble que l'inquiétude face à l'immigration se soit quelque peu atténuée : de récents sondages indiquent qu'environ 65 % des Suisses sont opposés à l'initiative de l'UDC.

"Les conditions ont beaucoup changé par rapport à 2014", a déclaré à l'AFP le politologue Pascal Sciarni, de l'Université de Genève. Il a souligné que des recherches ont montré qu'un certain nombre de personnes ayant voté pour l'initiative de l'UDC de 2014 avaient changé d'avis après avoir réalisé que l'UE ne changerait pas d'avis sur certains principes.

L'UDC se retrouve plus isolée que jamais, le gouvernement, le Parlement, les syndicats, les organisations patronales et tous les autres partis politiques exhortant les électeurs à rejeter l'initiative.

Les opposants soulignent l'importance des relations avec l'UE pour l'économie du pays, en particulier dans les régions frontalières comme Genève et Bâle, où un grand nombre de personnes traversent chaque jour la frontière de l'UE pour se rendre au travail.

Le gouvernement a également averti que si la Suisse annule unilatéralement l'accord de libre circulation, une clause "guillotine" entrera en vigueur pour geler l'ensemble des accords entre la Suisse et l'UE, y compris en matière commerciale.

Lors du vote de dimanche, les électeurs suisses se prononceront également sur toute une série d'autres questions, notamment sur l'opportunité de distribuer 6,0 milliards de francs suisses (6,6 milliards de dollars, 5,6 milliards d'euros) pour de nouveaux avions de chasse, et sur l'opportunité d'accorder deux semaines de congé de paternité aux nouveaux pères.