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Neutraliser une méga bombe sous l'eau, la mission d'une vie pour les démineurs de Pologne

Le site où se déroule l'opération de déminage, sur le chenal de Swinoujscie - nord-ouest de la Pologne -, le 9 octobre 2020
Le site où se déroule l'opération de déminage, sur le chenal de Swinoujscie - nord-ouest de la Pologne -, le 9 octobre 2020   -   Tous droits réservés  LUKASZ SZELEMEJ/AFP
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Les jours les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale remontent à la surface cette semaine dans la ville portuaire de Swinoujscie, sur les bords de la Baltique, à l'extrême nord-ouest de la Pologne. Les démineurs de la marine s'attaquent à la mission certainement la plus risquée de leur vie, neutraliser une énorme bombe de plus de cinq tonnes qui, comble de difficulté et de dangerosité, se trouve au fond de l'eau dans un chenal de navigation.

La force d'un petit séisme

C'est une opération sans précédent dans le monde, très délicate, car si l'engin - lâché par un bombardier britannique sur un croiseur allemand au printemps 1945 - venait à exploser, il provoquerait un petit tremblement de terre dans toute la zone qui comprend une quarantaine d'îles vierges ou habitées.

Grzegorz Lewandowski, porte-parole de la 8ème flottille de défense côtière polonaise, ne cache pas l'ampleur de la tâche :

C'est une première mondiale. Personne n'a jamais neutralisé une Tallboy si bien conservée, gisant au fond de l'eau

"Tallboy", c'est le surnom que donnaient à leurs méga bombes les pilotes de la RAF, la force aérienne royale britannique, au cours de la Seconde Guerre. 18 d'entre eux, aux commandes de bombardiers Lancaster, avaient pilonné le 16 avril 1945 le Lützow, un redoutable bâtiment de la marine allemande ; ses canons, d'autant plus mobiles que le croiseur sillonnait sans arrêt le chenal de Swinoujscie, permettaient de briser les assauts de l'Armée Rouge soviétique.

Ce jour d'avril, une douzaine de "Tallboys" avaient été lâchées sur le navire ennemi mais l'une d'elles n'avait pas explosé. 75 ans plus tard, il est enfin temps de la réduire au silence, définitivement.

"Aucun choc n'est permis"

Les démineurs polonais ont bien sûr examiné la bombe de près : elle fait six mètres de long et elle est bourrée de 2,4 tonnes d'explosif, ce qui équivaut à la puissance de 3,6 tonnes de TNT. Puisque ce sont des plongeurs qui vont intervenir, la méthode habituelle de détonation a été écartée au profit d'une "combustion" de la charge qui doit se faire en perçant la coque de l'engin à une température inférieure à celle du seuil de l'explosion.

Grzegorz Lewandowski explique combien l'opération est délicate :

Les premiers jours, c'est les préparatifs. Nos plongeurs-démineurs doivent gratter autour de la bombe enfoncée dans le lit du chenal, à 12 mètres de profondeur. Il n'y a que son nez qui pointe (...)

C'est très délicat. L'engin ne doit pas bouger, aucun choc n'est permis. La moindre vibration risque de déclencher l'explosion

Environ 750 habitants du port polonais, qui vivent dans le périmètre de sécurité d'une profondeur de 2,5 kilomètres, ont été évacués. La circulation routière et le trafic maritime sont également stoppés jusqu'à temps que la bombe soit neutralisée.