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Entretien avec Thomas Vinterberg pour la sortie de son nouveau film "Drunk"

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Thomas Vinterberg / Frédéric Ponsard
Thomas Vinterberg / Frédéric Ponsard   -   Tous droits réservés  Euronews
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Euronews : "C'est un moment particulier d'être honoré à Lyon, ville de naissance du cinéma ?"

Thomas Vinterberg : "C'est un grand honneur d'être à Lyon, Thierry Frémaux nous a reçus Mads Mikkelsen et moi, sur un mode très celabratif, et nous avons pris l'avion, donc c'est super. Et ce festival est particulièrement important en ce moment parce que les gensse réfugient dans leur canapé, et Thierry se bat pour faire revenir les gens dans les salles, pour cette expérience collective de l'obscurité. Et ça ne pourrait pas avoir plus de sens que de faire ça ici, dans cette ville des Lumière, où tout a commencé... Alors, c'est super".

Euronews : "Vous avez choisi de sortir le film, malgré les risques sanitaires actuels ?"

Thomas Vinterberg : "Nous étions très nerveux à l'idée de sortir le film au Danemark, mais il semble qu'il y avait une grande envie d'aller au cinéma, les gens affluent dans les salles et ça marche. Notre nombre de cas coronavirus est en baisse et les gens se précipitent dans les salles de cinéma, donc c'est bien. Drunk vient de sortir il y a trois semaines mais ça se passe incroyablement bien et les gens regardent le film plus d'une fois parce qu'ils sont très enthousiastes à propos du film, c'est un honneur".

Euronews : "Winston Churchill comme Ernest Hemingway étaient de grands buveurs, et ils ont fait de grandes choses... ivres ! Ils vous ont inspiré ?"

Thomas Vinterberg : "Je regarde le livre écrit par Hemingway à Paris, il n'était pas si brillant. C'était le début. J'ai vite compris que ce liquide miracle, socialement accepté, élève les gens, fait tomber les gens amoureux, fait se marier... mais il tue aussi les gens, et détruit les familles, et j'ai trouvé cela fascinant, intéressant, alors j'ai voulu enquêter là-dessus".

Euronews : "Vos personnages vont pousser assez loin les limites en terme de consommation d'alcool..."

Thomas Vinterberg : "Quand vous poussez les limites, l'élément de risque s'introduit, et quand vous prenez des risques dans votre vie, vous devenez curieux, éveillé, alerte. Donc, oui, mes personnages poussent les limites en s'éveillant à eux-mêmes."

Euronews : "Pour vous, Mads Mikkelsen, c'est un servant magnifique de votre film ?"

Thomas Vinterberg : "Eh bien, il n'y a pas une seule meilleure façon de jouer. Mais si il y en avait, ce serait probablement celle de Mads. C'est un grand acteur, extraordinaire, et il y a une grande confiance entre nous. Il se consacre entièrement à ce que je lui demande de faire. Et il s'est ouvert profondément, et il le fait vraiment brillamment. Le film contient beaucoup de blah blah blah, et tout d'un coup, le silence de Mads, mais son silence est tellement évocateur. C'est incroyable ce qu'il peut faire, rien qu'avec ses yeux".

Euronews : "Quels ont été vos inspirations cinématographiques pour ce film ?"

Thomas Vinterberg : "Nous avons regardé La Grande bouffe avec beaucoup d'admiration. C'est un chef-d'oeuvre. Quelqu'un décrit mon film comme une "belle catastrophe" et c'est ma définition de La Grande bouffe. Dans un souper grec, ils disent en fait le mot "belle catastrophe" à la fin du repas avant de commencer à danser. J'ai aussi regardé Husbands de Cassavetes", Fight Club aussi, mais La Grande bouffe, oui, bien sûr".

Euronews : "Vous sentez proches de vos compatriotes cinéastes Lars von Trier et Nicolas Winding Refn ?"

Thomas Vinterberg : "Je trouve Nicolas Winding Refn, Lars et moi-même incroyablement différents. Mais, oui, il y a quand même une certaine radicalité présente. C'est peut-être une réaction contre quelque chose de légèrement oppressif du fait d'être dans un pays très petit et rationnel qui est défini comme le pays le plus heureux du monde. Il y a quelque chose de radical chez les Danois. Il y a aussi quelque chose de radical dans la façon dont nous buvons, comme ce repas de Noël, sur tous les lieux de travail, les gens deviennent fous une fois par an à Noël, comme le Carnaval dans une certaine mesure. Donc, oui, il y a un truc danois particulier, je suppose".

Euronews : "Comment définiriez vos compatriotes ?"

Thomas Vinterberg : "Beaucoup de Danois se sentent très banlieusards, en regardant des pays comme l'Angleterre, la France... Quand j'ai grandi dans les années 70 et que je suis allé au supermarché, toutes les choses françaises étaient luxueuses. Donc, ça s'appelait "la soupe française", et c'était plus cher, ou du vin français bien sûr... tout ce qui était français était tout simplement génial... un élément de la francophilie de mon pays. Mais, il y a aussi des élément de fierté d'être danois. Je dois dire que mon film est ma déclaration d'amour de mon pays, pour le meilleur et pour le pire, et aussi pour la partie radicale et folle d'être danois".

Entretien réalisé le 12 octobre 2020 à Lyon.