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Déchets plastiques marins : l'appel à la mobilisation des citoyens et chercheurs européens

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Déchets plastiques marins : l'appel à la mobilisation des citoyens et chercheurs européens
Tous droits réservés  Photo by Denis Loctier, euronews
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Dans cette édition de Ocean qui intègre l'opération Green Tomorrow que mène euronews tout au long de la semaine, nous nous rendons en Croatie et en Italie pour découvrir les initiatives citoyennes et scientifiques menées en Europe pour aider à lutter contre le fléau des déchets plastiques dans nos océans.

En Croatie, Lošinj est surnommée "l'île de la vitalité", mais elle n'est plus aussi en forme. Comme dans de nombreuses régions côtières, elle est assaillie par les déchets plastiques. Chaque année, ils s'en déversent huit millions de tonnes dans les océans à travers le monde. Ce qui nuit à la biodiversité et transmet des maladies et des toxines tout au long de la chaîne alimentaire.

Sur cette île croate, nous rencontrons des étudiants pratiquant la plongée : ils se sont portés volontaires pour nettoyer les résidus qui se sont accumulés dans une marina depuis des années. Une fois sous l'eau, ce qu'ils découvrent n'est pas beau à voir : des bouteilles et verres en plastique et des pièces de bateaux cassés jonchent le fond de la mer.

"On trouve au fond, de nombreux déchets d'origine humaine - en plastique le plus souvent, en nylon -, tout ce que l'on peut trouver sur la plage quelque fois," explique Neno Starčić, instructeur de plongée et propriétaire du centre Sub Sea Son. "Quand le vent se lève, cela finit par arriver dans la mer et la grande question, c'est de savoir qui va nettoyer tout cela," fait-il remarquer.

Lutter contre la "pêche fantôme"

D'anciens filets et de vieilles cages s'entassent au fond. Ce qui n'a rien d'étonnant. On estime que 20% de tous les équipements de pêche utilisés dans les océans européens sont perdus en mer ou abandonnés intentionnellement. Or il leur faut des siècles pour se décomposer. Ces outils représentent un quart de tous les déchets marins en Europe. Les repérer pour les remonter à la surface n'est pas chose facile.

Ce fléau pour la faune marine s'appelle la "pêche fantôme". "Ce sont des pièges pour de nombreux organismes marins qui se retrouvent totalement empêtrés," indique Jelena Basta, directrice en charge de l'éducation au Blue World Institute of Marine Research and Conservation, en nous montrant un vieux filet qui vient d'être sorti de l'eau. "Ce type de filet en particulier est fait en nylon : c'est du plastique qui au final, se transforme en microplastique et c'est comme cela qu'on finit par avoir des particules de microplastique dans notre corps," dit-elle.

Scanner les zones polluées grâce à une nouvelle technologie

Pour détecter la présence de filets fantômes et d'autres déchets marins, de nouvelles technologies peuvent venir en renfort. Les chercheurs du projet européen marGnet testent en Croatie, mais aussi en Italie, un système haute résolution qui scanne les fonds marins.

"C'est essentiellement un sonar, mais la différence, c'est qu'il ne reste pas à bord du bateau, on le place directement au fond de la mer," fait remarquer Federico Riccato, chercheur en surveillance écologique au sein du Laguna Project. "\_Le bateau peut bouger, dériver à cause du vent alors que cet instrument est fermement fixé au fond,"_ poursuit-il. "\_Sa tête tourne sur 360 degrés, ce qui nous fournit une carte du fond avec une précision d'un centimètre,"_ décrit-il.

L'idée, c'est d'utiliser cette technologie pour cartographier les zones particulièrement polluées qui seront ensuite nettoyées par des plongeurs professionnels. Les opérations d'évacuation des déchets seront ainsi plus efficaces et moins coûteuses.

Tandis que l'échosondeur est passé par-dessus bord, l'un des chercheurs plonge pour vérifier que l'appareil se place correctement au fond. Ce scanner acoustique est capable de détecter des objets présents sous la mer dans un rayon de 150 mètres en transmettant les résultats au bateau en temps réel.

"Sur l'écran, on peut voir la forme arrondie d'un pneu ou celle allongée d'une corde," déclare Riccardo Fiorin, chercheur en surveillance écologique au sein du même projet. "Ce système peut être utilisé en association avec d'autres méthodes pour identifier des objets au fond, en particulier quand la visibilité est plus faible," précise-t-il.

Actions locales et européennes

Dans cette région de Croatie, les eaux de la mer Adriatique sont particulièrement limpides, mais cette technologie peut tout autant être efficace quand elles sont troubles comme dans la lagune de Venise.

Dans la Sérénissime, à marée haute, les déchets qui se trouvent dans les rues finissent souvent dans les canaux. Autorités et militants se mobilisent face au problème.

Dans la cité comme dans d'autres villes côtières à travers le monde, les opérations de nettoyage sont devenues une tradition annuelle. Cette action bénévole est soutenue par des organisations locales et internationales : l'an dernier, l'Union européenne en partenariat avec les Nations Unies a mobilisé plus de 40.000 volontaires dans près de 80 pays dans le cadre de la campagne #EUBeachCleanup.

Plusieurs centaines de kilos de plastique récupérés en une journée à Venise

"La lagune de Venise sans plastique" est l'un des nombreux groupes locaux qui participent à ce ramassage annuel des déchets flottants sur les canaux et des débris emmenés au large.

Nous accompagnons des bénévoles sur l'île de Murano, célèbre pour ses artisans verriers. Nous en découvrons une facette moins réputée en nous rendant dans une zone de son rivage qui est submergée de déchets.

En dehors de cette opération, les militants sensibilisent le grand public tout au long de l'année. "Je crois que l'une des choses les plus importantes, c'est de faire prendre conscience du problème des déchets marins, de la manière dont on traite notre environnement et de restaurer le lien qui s'est rompu dans notre civilisation moderne entre nous et notre environnement," estime Davide Poletto, vice-président de l'association "Plastic Free Venice Lagoon". "\_C'est la clé pour initier de grands changements - beaucoup plus grands que de nettoyer une petite partie de la lagune -,"_ assure-t-il.

Le credo du projet marGnet qui a coorganisé ce nettoyage, c'est aussi que les déchets plastiques dont nous n'avons pas réussi à nous passer soient collectés pour qu'ils deviennent une matière première valorisable puisque les sacs de détritus que nous ramenons de Murano ne doivent pas nécessairement terminer dans un incinérateur ou une décharge.

"Ce plastique existe déjà : donc on doit le ramasser, le transporter et essayer de le recycler, c'est ce qu'on fait dans le cadre du projet marGnet," insiste Fantina Madricardo, coordinatrice du projet marGnet et chercheuse en acoustique sous-marine au sein de l'institut des sciences marines ISMAR - CNR. "On essaie vraiment de boucler la boucle et bien sûr, d'impliquer le public et de le sensibiliser," poursuit-elle.

En une journée de nettoyage à Venise, cette association a collecté près de trois tonnes de déchets dont des centaines de kilos de plastique.

Transformer les déchets marins en carburant

Ces détritus sont acheminés vers une entreprise partenaire du projet marGnet : Sintol. Située près de Turin, elle est spécialisée dans la pyrolyse. Son prototype décompose les plastiques en les chauffant à 400°C sans oxygène.

"La pyrolyse est aujourd'hui, la seule méthode connue pour traiter des résidus mélangés sans qu'on ait besoin d'un pré-traitement," rappelle Gian Claudio Faussone, cofondateur et directeur technique de Sintol, avant d'ajouter : "\_Les déchets récupérés en mer sont placés à l'intérieur tels quels."_

Les plastiques fondus forment une huile de pyrolyse brute qui peut être raffinée en carburants. Les pêcheurs, par exemple, pourraient recycler leurs vieux filets et les plastiques récupérés en mer en quelque chose qui leur serait utile.

Gian Claudio Faussone nous montre le "produit final obtenu \_à partir d'huile de pyrolyse brute raffinée. Dans ce cas, on obtient un carburant léger qui peut convenir aux moteurs rapides et qui peut donc être utilisé directement à bord des bateaux,"_ affirme-t-il.

Chercheurs, militants et grand public unissent leurs forces pour contrer le fléau croissant que représentent ces déchets.

Si nous n'y parvenons pas, les océans à l'échelle de la planète pourraient contenir en 2050, plus de plastique que de poisson.

Journaliste • Denis Loctier