Alors que son nom est scandé dans certains des cortèges de manifestations qui agitent l'Iran, Reza Pahlavi, fils de l'ancien chah, tente de s'imposer en meneur de la révolte. Celui vit en exil aux États-Unis depuis la révolution khomeyniste de 1979 multiplie les appels à manifester.
Les manifestations à travers l'Iran s'intensifient ces derniers jours. La mobilisation est notamment alimentée par les appels lancés par Reza Pahlavi rediffusés par les chaînes d'information par satellite en langue farsi et les sites web à l'étranger, exhortant les manifestants à descendre dans la rue dans tout le pays.
Reza Pahlavi vit en exil aux États-Unis depuis près de 50 ans. Son père, le dernier chah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980), despote impopulaire, a été chassé du pouvoir par la révolution de 1979, à l'issue de laquelle l'ayatollah Khomeyni a pris le pouvoir.
Des débuts précoces
Reza Pahlavi est né en 1960, à Téhéran. Des rapports font état de foules alignées sur des kilomètres entre l'hôpital et le palais royal pour célébrer la naissance de l'héritier du trône iranien.
Mohammad Reza Pahlavi, le chah d'Iran, venait enfin d'avoir un fils qui, selon la Constitution, pouvait lui succéder en tant que roi.
Mohammad Reza Pahlavi avait déjà connu deux mariages infructueux, d'abord avec la princesse Fawzia d'Égypte, puis avec Soraya Esfandiary. Il épouse ensuite Farah Diba, espérant qu'elle lui donnera un fils qui héritera un jour de la couronne iranienne.
En 1978, le prince héritier Reza quitte son pays pour suivre une école de pilotage aux États-Unis. Un an plus tard, son père fui l'Iran au début de la révolte qui conduit à l'avènement de la République islamique dirigée par le guide suprême l'ayatollah Khomeyni. Le chah meurt en exil en Égypte moins de deux ans plus tard.
La mort du chah et le serment de Reza Pahlavi
Avec la mort du chah, la responsabilité est transférée à son fils aîné. Le jour de son 21e anniversaire, Reza Pahlavi, jusqu'alors prince héritier, se déclare "prêt à accepter ses responsabilités et ses engagements en tant que roi légal d'Iran".
Compte tenu de la situation du pays, il reporte la prestation du serment constitutionnel jusqu'à ce que "la confirmation divine rende les conditions possibles". Il jure alors de toujours agir comme "un facteur de cohésion nationale".
C'est ainsi que s'ouvre un nouveau chapitre dans la vie du prince exilé. Plus de 45 ans plus tard, ce chapitre se poursuit encore aujourd'hui.
Après la révolution, Reza Pahlavi étudie les sciences politiques à l'université du Massachusetts. Il obtient ensuite sa licence par correspondance à l'université de Californie du Sud.
Lors d'une interview ultérieure, il a déclaré que pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), motivé par ce qu'il a décrit comme un "devoir national et patriotique", il a envoyé une lettre via l'ambassade de Suisse au Caire à l'état-major des forces armées iraniennes, proposant de servir en tant que pilote de chasse. Cette lettre n'a jamais reçu de réponse.
Une figure de l'opposition
Après la mort de son père, Reza Pahlavi est devenu la figure majeure de l'opposition monarchiste. Il déclarera plus tard avoir établi un gouvernement en exil.
Bien que sa présence sur la scène politique ait été limitée pendant de nombreuses années, Reza Pahlavi ne s'est jamais retiré complètement de l'activité politique.
Malgré les appels répétés des monarchistes en faveur de son retour en Iran et de la restauration du trône, il a souligné à plusieurs reprises qu'il ne cherchait pas nécessairement à rétablir la monarchie.
Au contraire, Reza Pahlavi a déclaré que son objectif était le renversement du régime en place, suivi d'un référendum au cours duquel les Iraniens pourraient librement déterminer leur futur système politique. Cette position a divisé la base de soutien.
Malgré ces tensions, Reza Pahlavi est peu à peu devenu un symbole de l'ordre politique antérieur à la République islamique, alors qu'une majorité d'Iraniens sont nés après la chute du régime monarchique.
Même chez les plus anciens, le souvenir de la répression en vigueur sous la royauté semble avoir été comme gommée par les atrocités commises par le régime actuels, prompt à réprimer violemment les mouvements de contestations et de révoltes.
L'incapacité du régime actuel à réaliser des progrès économiques et sociaux durables, combinée aux récits des médias mettant en avant les réalisations de l'ère monarchique, a donné lieu à des comparaisons entre les performances économiques et la position internationale de l'Iran sous le chah et sous la République islamique.
Un vide de leadership dans l'opposition
En parallèle, aucun autre individu ou groupe à l'étranger n'a réussi à s'imposer en tant que force d'opposition alternative crédible. Le groupe d'opposition le plus organisé en dehors de l'Iran reste l'Organisation des moudjahidines du peuple, qui, pour diverses raisons, est négativement perçue par une majeure partie de la population iranienne.
Le groupe maintient une idéologie religieuse, impose le hijab islamique à ses membres féminins et a collaboré avec Saddam Hussein lors de l'assaut militaire de l'Irak contre l'Iran.
Si d'autres groupes ont influencé des segments de la société, dans l'ensemble, ils n'ont pas réussi à obtenir le soutien de la majorité en tant qu'alternative viable au système dirigeant de la République islamique.
Ainsi, à la suite du mouvement "Femme, vie, liberté" née en septembre 2022 après la mort de la jeune Mahsa Amini dans un commissariat, une alliance pour "l'Alliance pour la démocratie et la liberté en Iran" a été formée, rassemblant des personnalités de l'opposition et divers courants politiques, y compris Reza Pahlavi. Mais la coalition s'est rapidement effondrée en raison de désaccords internes.
Malgré ces revers, les appels de Reza Pahlavi à manifester contre la République islamique ont été largement soutenus par l'opinion publique. Les slogans entendus à l'intérieur de l'Iran ont souvent été axés sur le soutien à son retour dans le pays.
Que dit Reza Pahlavi du futur système politique iranien et de son propre rôle ?
D'après ses déclarations publiques et ses messages, Reza Pahlavi ne cherche pas à revenir à une "monarchie absolue" ou à un régime héréditaire. Il préconise plutôt une transition du système actuel vers ce qu'il décrit comme "un système de gouvernance fondé sur le libre choix du peuple".
Tout en reconnaissant que l'histoire de sa famille est étroitement liée à la monarchie, il souligne qu'il ne recherche pas personnellement le pouvoir ou une position politique officielle, et qu'il ne souhaite pas non plus récupérer un titre spécifique. Son objectif déclaré est de veiller à ce que les Iraniens puissent déterminer librement la nature de leur futur ordre politique.
Il affirme que tout système futur doit être formé par des élections libres, basé sur la volonté et le vote du peuple, fondé sur les droits de l'homme et sur la séparation de la religion et de la politique.
En décrivant le processus de changement politique, Reza Pahlavi met l'accent sur plusieurs principes clés. Il appelle à une transition pacifique, insistant sur le fait que le changement doit se faire sans violence ou par la désobéissance civile. Il a également exprimé son soutien aux forces armées, notamment à l'armée et à la base des gardiens de la révolution, en les exhortant à se ranger du côté du peuple.
Enfin, il maintient que la forme du prochain système politique, qu'il s'agisse d'une monarchie parlementaire ou d'une république, doit être déterminée par un référendum libre. Il a déclaré à plusieurs reprises qu'il considérait un système démocratique laïc comme le modèle politique le plus approprié pour l'Iran.
Aujourd'hui, malgré les divergences de vues sur le futur système politique iranien, il semble que de nombreux manifestants se soient ralliés à Reza Pahlavi en tant que figure de proue de l'opposition à la République islamique, repoussant les décisions sur la forme de gouvernance à une date ultérieure à l'effondrement du régime actuel.