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Planter 3 milliards d'arbres pour sauver la planète : Bruxelles y croit, les experts en doutent...

Une forêt brûlée à Angra en Suède, le 22 juillet 2018
Une forêt brûlée à Angra en Suède, le 22 juillet 2018   -   Tous droits réservés  Mats Andersson, AP Photo
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Quand il s'est su que la Commission européenne prévoyait de s'engager à planter trois milliards d'arbres dans le cadre du "European Green Deal" de la présidente Ursula von der Leyen, les ONG environnementales ont failli cracher leur café du matin issu du commerce équitable.

Rien qu'en termes de chiffres, cet engagement a fait sourciller : trois milliards d'arbres sur dix ans, c'est trois cent millions par an, soit environ 800 000 par jour. Interrogé sur le nombre d'arbres plantés depuis mai 2020, un porte-parole de la Commission européenne ne disposait pas de chiffres, redirigeant plutôt vers les décomptes tenus par certaines régions et certains États membres de l'UE.

Un comptage fait par la Région flamande en Belgique, indiquait 234 968 plantations depuis le 1er octobre 2019 (montant arrêté à la date de publication, ndlr) . Un autre, en République tchèque, a fait état de près de 800 000 nouvelles plantations mais sans que ne soit précisé le calendrier.

"Nous travaillons toujours sur ce sujet et nous envisageons également des options de comptage ou des méthodologies communes", a déclaré le porte-parole de la Commission européenne interrogé par Euronews.

Mais ce n'est pas tant la question de savoir si l'UE pourrait planter trois milliards d'arbres qui a fait trembler les écologistes lorsque cette stratégie a été connue, que celle de savoir si elle devait le faire. Alors que la reforestation massive fait la une des journaux, les experts affirment que la plantation d'arbres ne fait pas grand-chose pour arrêter ce qui perturbe vraiment le climat, à savoir la combustion effrénée de combustibles fossiles.

Il n'est donc pas surprenant que les compagnies pétrolières et gazières soient passionnées par le sujet de la reforestation. En juillet 2019, Total a annoncé qu'il investirait 100 millions de dollars (84,5 millions d'euros) par an dans la protection des forêts, peu après que Shell et Eni se soient engagés à compenser leurs émissions par la préservation des forêts.

Aux Pays-Bas, cela comprend la possibilité pour les automobilistes d'acheter des crédits carbone à la pompe à essence afin de compenser l'impact climatique de la conduite de leur véhicule – une initiative qui, tout en rassurant les conducteurs, ne les empêchera pas de conduire leur voiture.

Puis, en février, même le président Donald Trump, qui n'est pourtant pas connu pour être un grand écologiste, a soutenu la plantation d'arbres dans son discours sur l'état de l'Union, soutenant la loi dite "Trillion Trees Act" des républicains de la Chambre des représentants des Etats-Unis.

Greenpeace avait, alors, qualifié ce projet d'"initiative de bien-être" qui "manquait d'action réelle pour restaurer les forêts et développer l'énergie propre", ce qui "fait non seulement partie d'une dangereuse manière de détourner l'attention sur la crise climatique, mais représente aussi une forme de greenwashing de l'industrie forestière".

Greenpeace a également critiqué la promesse de la Commission européenne de planter trois milliards d'arbres, soulignant que, tout comme aux États-Unis, la reforestation peut détourner l'attention des efforts réels de lutte nécessaires contre le changement climatique.

"Les avantages potentiels de la plantation d'arbres pour le climat et la biodiversité sont limités, mais les risques d'écoblanchiment sont infinis", a déclaré Sini Eräjää, responsable de la campagne de Greenpeace pour l'agriculture et les forêts de l'UE. "Les entreprises sont promptes à réclamer des crédits pour le carbone stocké dans les arbres plantés, mais elles sont réticentes à réduire les émissions au départ. Plutôt que de planter des arbres, nous devrions protéger et restaurer les forêts inestimables qui sont actuellement menacées, et réduire réellement les émissions au lieu de les compenser".

La politique du bâton et de la carotte

Dans sa stratégie sur la biodiversité, la Commission européenne affirme que la stratégie forestière de l'UE, qui doit être publiée en 2021, et la stratégie des trois milliards d'arbres en particulier, créeront des emplois, notamment dans la collecte et la culture des semences, la plantation de jeunes plants et la surveillance de leur croissance.

Gabriel Paun de l'Agent Green, une ONG à but non lucratif pour la protection de l'environnement en Roumanie, estime que l'objectif est réalisable à condition que les terres soient identifiées pour ces plantations d'ici le premier trimestre 2021. M. Paun nous a cité des exemples réels de projets efficaces, notamment au Costa Rica, qui a fait passer sa superficie forestière de 25 % en 1990 à 52 % en 2020.

Pour arriver à ce résultat, le Costa Rica a eu recours à la politique du bâton et de la carotte. L'interdiction de la déforestation et la suppression des subventions aux éleveurs de bétail sont les deux dernières mesures en date. Mais les premières mesures – l'implication des communautés dans la replantation et les récompenses pour les plantations records – sont tout aussi importantes. C'est une approche que Gabriel Paun aimerait voir dans sa Roumanie natale, où l'exploitation forestière illégale est, dit-il, "hors de contrôle".

Mais, faisant écho aux commentaires de Greenpeace, M. Paun nous a rapporté qu'il y a peu de volonté réelle de mettre un terme à la déforestation illégale en Roumanie, les autorités n'en détectant que 1%, selon lui. Par conséquent, l'un des plus grands défis auquel la Commission européenne est en réalité confrontée n'est peut-être pas de planter de nouveaux arbres mais de protéger ceux qui sont déjà en pleine croissance.

"Plus de bois est brûlé chaque année que ce qui est coupé légalement, et des usines de transformation du bois non intensives et de grande capacité ont été construites, qui exercent une pression sans précédent sur la forêt", ajoute Gabriel Paun. "Le phénomène de l'abattage illégal n'a même pas ralenti, malgré les efforts de certaines institutions étatiques et la pression de l'opinion publique".