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"Affaires des écoutes" : Nicolas Sarkozy face au verdict

Nicolas Sarkozy, le 8 décembre 2020, au tribunal de Paris
Nicolas Sarkozy, le 8 décembre 2020, au tribunal de Paris   -   Tous droits réservés  MARTIN BUREAU/AFP or licensors
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Nicolas Sarkozy sera-t-il le deuxième ancien président condamné sous la Ve République après Jacques Chirac ? Le tribunal correctionnel de Paris rend lundi son jugement dans l'affaire dite des "écoutes", après de lourdes réquisitions en décembre.

La lecture de la décision doit débuter à partir de 13H30. On saura alors si l'ancien chef de l'Etat est reconnu coupable des délits de corruption et de trafic d'influence, qu'il conteste.

Le 8 décembre, le parquet national financier (PNF) a requis contre l'ex-président de 66 ans quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, estimant que l'image présidentielle avait été "abîmée" par cette affaire aux "effets dévastateurs".

Quelle que soit la décision du tribunal, elle sera historique, plus de neuf ans après la condamnation de Jacques Chirac à deux ans de prison avec sursis dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris.

Cette décision sera aussi cruciale pour Nicolas Sarkozy, qui affronte dès le 17 mars un deuxième procès, dans l'affaire "Bygmalion", portant sur les frais de sa campagne présidentielle de 2012.

Retiré de la politique depuis 2016 mais toujours très populaire à droite, un an avant le prochain scrutin présidentiel, Nicolas Sarkozy a fermement réclamé à la barre d'être "lavé de cette infamie".

"Pacte de corruption"

L'affaire des "écoutes" remonte à 2014. Dans le cadre de l'enquête sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, qui lui a valu depuis une quadruple mise en examen, les juges découvrent que Nicolas Sarkozy utilise une ligne téléphonique secrète, ouverte sous l'alias de "Paul Bismuth", pour communiquer avec son avocat Thierry Herzog.

Une dizaine de leurs conversations ont été retranscrites. Elles prouvent selon l'accusation qu'un "pacte de corruption" a été conclu entre Nicolas Sarkozy, son avocat et l'ancien haut magistrat Gilbert Azibert.

Pour le ministère public, Gilbert Azibert a transmis, via Thierry Herzog, des informations couvertes par le secret et tenté d'influer sur un pourvoi en cassation formé par Nicolas Sarkozy, en marge de l'affaire Bettencourt. En échange, ce dernier a accepté d'appuyer la candidature du magistrat, alors avocat général dans une chambre civile de la haute juridiction, pour un poste de prestige à Monaco.

La même peine, quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, a été requise à l'encontre des trois prévenus, assortie pour Me Herzog d'une demande d'interdiction professionnelle de cinq ans.

"Bavardages"

Ces conversations n'étaient que des "bavardages entre amis", ont argué les avocats de la défense, qui ont brocardé les "fantasmes", "hypothèses" et "procès d'intention" de l'accusation.

Face à un "désert de preuves", ils ont plaidé à l'unisson la relaxe des prévenus, qui encourent dix ans de prison et un million d'euros d'amende.

Devant le tribunal, ils ont fait valoir qu'in fine, Nicolas Sarkozy n'a pas eu gain de cause devant la Cour de cassation et que Gilbert Azibert n'a jamais eu de poste à Monaco. Selon la loi, il n'est cependant pas nécessaire que la contrepartie ait été obtenue, ni que l'influence soit réelle, pour caractériser les délits de corruption et de trafic d'influence.

Tout au long du procès, dans une ambiance houleuse, la défense a pilonné un dossier "poubelle", réclamant l'annulation de la totalité de la procédure, basée selon elle sur des écoutes "illégales" car violant le secret des échanges entre un avocat et son client.