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Déforestation en Amazonie : le groupe Casino assigné en justice

Image datant du 31 août 2019. Le chef indigène Kadjyre Kayapo regarde un chemin créé par des bûcherons dans l'État de Para, au Brésil.
Image datant du 31 août 2019. Le chef indigène Kadjyre Kayapo regarde un chemin créé par des bûcherons dans l'État de Para, au Brésil.   -   Tous droits réservés  Leo Correa/Copyright 2019 The Associated Press. All rights reserved.
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Onze organisations de défense de l'environnement et des indigènes ont annoncé avoir assigné le groupe Casino cette semaine devant la justice française, pour sa responsabilité dans la déforestation de l'Amazonie avec la vente de viande issue d'élevages extensifs au Brésil et en Colombie.

"Des peuples indigènes de l'Amazonie brésilienne et colombienne, ainsi que des organisations non-gouvernementales de France et des Etats-Unis ont déposé plainte devant le tribunal de Saint-Etienne contre le Groupe Casino, géant mondial de la distribution, pour vendre des produits bovins liés à la déforestation et à l'accaparement de terres", a annoncé la coalition de ces organisations lors d'une conférence de presse virtuelle.

Devant le tribunal de Saint-Etienne, siège de Casino dans le sud-est de la France, ces ONG invoquent la "loi sur le devoir de vigilance". Ce texte de mars 2017 oblige les entreprises basées en France et employant plus de 5 000 personnes sur le territoire, ou plus de 10 000 dans le monde, à prendre des mesures effectives pour prévenir les atteintes aux droits humains et à l'environnement sur l'ensemble de leur chaîne d'approvisionnement.

Casino compte au total plus de 11 000 magasins et détient la plus importante chaîne de supermarchés au Brésil via sa filiale Pao de Açucar (GPA) et en Colombie via Exito. En 2020, l'Amérique latine a représenté 46% de ses ventes.

"Nous demandons au Groupe Casino d'avoir une stricte traçabilité dès la première étape de production de la viande jusqu'à ce que le produit soit vendu dans ses supermarchés", a souligné lors de la conférence de presse Boris Patentreger, cofondateur de l'ONG française Envol Vert, présente notamment en Colombie.

Un "risque" pour la planète

Évoquant "un risque pour la planète entière", Sébastien Mabile, du cabinet américain Seattle Avocats, a précisé qu'il s'agissait d'une "action inédite (...) la première en responsabilité sur le fondement de la loi de vigilance (...) loi pionnière".

La coalition réclame en outre à Casino plus de trois millions d'euros de dédommagement, en particulier pour les "centaines de milliers d'indigènes" affectés, "du fait des fautes de vigilance" du groupe français. "Les groupes indigènes réclament compensation pour les dégâts causés à leurs terres ancestrales et à leurs moyens de subsistance", a-t-elle précisé.

Ils demandent un total de trois millions d'euros de dommages et intérêts pour quatre organisations les représentant, dont la Coordination des organisations indigènes de l'Amazonie brésilienne (COIAB) et l'Organisation nationale des peuples indigènes de l'Amazonie colombienne (OPIAC).

La coalition réclame en outre 10 000 euros pour chacune des organisations de la coalition au titre du préjudice moral, soit 110 000 euros au total.

Casino a réagi mercredi en assurant qu'"au travers de ses filiales en Amérique Latine, (il) lutte activement, et depuis plusieurs années, contre la déforestation liée à l'élevage bovin au Brésil et en Colombie et ce, en prenant en compte la complexité des chaînes d'approvisionnement".

Le groupe français a affirmé que sa "filiale brésilienne GPA déploie une politique systématique et particulièrement rigoureuse de contrôle de l'origine de la viande bovine livrée par ses fournisseurs".

Audience d'ici 12 à 18 mois

Ce processus vise "à garantir le respect de critères socio-environnementaux (pas de déforestation, pas de travail forcé, pas de travail des enfants, pas de violence, etc.)" et "à prendre les décisions nécessaires si des situations qui contreviennent à ces critères sont découvertes", a précisé à l'AFP le service de presse de Casino à Paris.

La déforestation a détruit 8 426 km2 de jungle amazonienne au Brésil en 2020 et 1 590 km2 de forêts en Colombie, dont 62% dans la région amazonienne, en 2019, selon les derniers chiffres officiels disponibles. Selon la coalition, l'audience devrait avoir lieu d'ici 12 à 18 mois.