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Face à l'État islamique : des réfugiés syriens racontent leur guerre

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Raqqa reste associée à l'un des chapitres les plus cruels de la guerre en Syrie. La ville est devenue aux yeux du monde entier, la capitale de-facto du soi-disant "État islamique". Une organisation barbare qui a semé la terreur et son idéologie radicale bien au-delà des frontières du pays. Alors que des jeunes d'Europe et d'ailleurs, endoctrinés par le groupe terroriste, rejoignaient le territoire qu'il contrôlait, les Syriens faisaient face à cet ennemi de l'intérieur.

"Raqqa était une ville magnifique au bord de l'Euphrate, avec des habitants accueillants et simples, il n'y avait pas de terrorisme avant," se souvient Mohammed Jasem Shaban, militant syrien des droits de l'homme en Syrie. "Ce qui est arrivé à cette ville, c'est vraiment triste," fait-il remarquer.

"Une menace indirecte très sérieuse"

Mohammed qui vit aujourd'hui en Suède nous livre son histoire : en 2011, il avait déjà quitté la ville sous la pression de sa mère qui craignait qu'il ne soit enrôlé dans l'armée. Il raconte comment il a vécu par la suite, les atrocités commises par l'État islamique à travers sa mère et ses frères et sœurs qui étaient eux soumis à la domination de l'organisation.

"Un jour, ils sont venus chez ma mère et ils lui ont demandé pourquoi je travaillais avec les militants des droits de l'homme parce que pour eux, ce sont des infidèles," explique-t-il. "Ils lui ont dit que je devais renoncer à mon travail et c'est ce qu'elle m'a demandé de faire parce qu'elle les connaissait et elle savait que c'était une menace indirecte très sérieuse," dit-il.

Des familles décimées

Mohammed n'est pas le seul réfugié originaire de Raqqa à vivre dans la ville suédoise d'Eskilstuna. En pleine crise des réfugiés en 2015, la Suède a pris en charge le plus grand nombre de demandeurs d'asile par habitant dans l'Union européenne. Un tiers d'entre eux étaient syriens et une dizaine de familles de Raqqa se sont installées à Eskilstuna dont les médecins Ismail Kadro et Hamza Alkhedr qui aujourd'hui, travaillent dans l'hôpital de la ville.

Les vidéos de décapitation qu'ils ont dû regarder les hâtent encore. "On les regardait quelque fois," indique Ismail Kadro, "parce qu'on était inquiet pour notre famille, nos amis et nos voisins, pour savoir qui ils avaient tué."

Au-delà du traumatisme causé par l'État islamique, Raqqa a subi une campagne aérienne de quatre mois menée par les États-Unis contre le groupe terroriste. On l'estime qu'elle a causé la mort de 1600 civils. Parmi eux, la mère, le frère, la belle-sœur et les neveux d'Ismail Kadro.

"C'était le 8 janvier 2016, c'était un bombardement de la coalition internationale," rappelle-t-il. "Et je ne sais pas qui a bombardé ma maison, qui a tué ma famille : peut-être que c'est Assad, les États -Unis, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas..." lance-t-il.

Un nouveau pays : la Suède

"Les Syriens sont des millions avec des histoires comme la mienne, mais les gens ici en Europe, ils ne savent pas ce qui s'est passé," affirme-t-il avant d'ajouter : "Ils ne pensent qu'à la criminalité quand ils voient les réfugiés arriver. À chaque fois, ils pensent que les réfugiés viennent ici pour avoir de l'argent et des femmes ; ils ne savent pas pourquoi on fuit ce pays," estime-t-il.

Quitter la Syrie et Raqqa, ce n'est pas ce que voulait Mohammed. Mais c'était, dit-il, le prix à payer pour vivre en paix. "La Suède m'a aidé, elle a aidé ma famille, ma femme, mes enfants," reconnaît-il avant de conclure : "Aujourd'hui, la Suède, c'est mon pays."

Journaliste • Anelise Borges