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Dix ans de conflit en Syrie : le regard d'un journaliste syrien réfugié en Espagne

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Par Anelise Borges
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Il y a tout juste dix ans, des Syriens lançaient un mouvement de protestation pacifique contre le régime de Bachar el-Assad. La Syrie basculait alors dans une guerre civile qui allait coûter la vie à un demi-million de personnes et aboutir au déplacement de la moitié de sa population.

Muhammed Subat fait partie de ceux qui ont fui. Il vit aujourd'hui à Madrid. Le jeune homme a passé huit ans en Syrie à échapper à la police et aux bombardements alors que les violences s'intensifiaient. Pendant cette période, il a couvert le conflit en tant que journaliste pour des médias étrangers.

Espoirs de changement

Il nous raconte les débuts de ce soulèvement qui allait marquer la vie de millions de Syriens en décrivant des images de Deraa remontant à mars 2011.

"Deraa, c'est là où tout a commencé : quand on a vu ces images de gens qui enlevaient les photos et les panneaux représentant Bachar el-Assad dans les rues, cela nous a donnés du courage et la force de nous exprimer," confie-t-il.

Ces manifestants qui dénonçaient la corruption du gouvernement et le chômage étaient alors portés par les premiers succès de la contestation qui s'exprimait contre les régimes autoritaires dans le monde arabe."Ces images montrent les meilleurs moments de la Révolution syrienne : la peur n'existait pas au début," dit-il.

La peur et la détention

Mais la peur allait très vite faire son apparition. La réponse du régime syrien a été à la hauteur de ce qu'il était prêt à faire pour conserver le pouvoir.

Plus de 6 000 militaires ont été déployés à Deraa par exemple. Et la ville a été placée en état de siège pendant dix jours. Bilan : des dizaines de morts et un millier d'arrestations.

Muhammed Subat, pour sa part, a fini deux fois dans les prisons du régime. ll nous décrit ses conditions de détention : "On était plus de cent personnes dans un tout petit local : il y a eu des chocs électriques et des insultes et il y a eu une autre technique où ils vous suspendent au plafond la tête en bas pendant neuf ou dix heures et ils vous frappent," raconte-t-il. "Notre seul crime, c'était d'avoir participer aux manifestations et de réclamer la liberté," fait-il remarquer.

"C'est mon pays, ma famille, mes amis"

Obligé de fuir son pays, le jeune homme a finalement rejoint l'Espagne. "Je suis ici à cause de la guerre : j'aurais aimé venir ici pour faire mes études ou en voyage, ce n'était pas mon but de venir ici en tant que réfugié," souligne-t-il.

"Quand je suis arrivé en Espagne," poursuit Muhammed Subat, "je pensais que j'allais avoir une vie plus tranquille, au plan psychologique. Je voulais trouver la paix en mettant de côté tellement de mauvais souvenirs, mais maintenant, je suis là et tout refait surface," confie-t-il avant de conclure : "C'est mon pays, ma famille, mes amis... C'est notre combat."

Journaliste • Anelise Borges