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Plans de relance : quels impacts sur les petites entreprises et sur les marchés européens ?

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Notre journaliste Guillaume Desjardins s’est rendu en Slovénie où le programme SURE de l’Union européenne a aidé près de 2 millions d’entreprises à garder leurs salariés. La Slovénie est l’un des 18 pays à en bénéficier. Elle va recevoir plus d’un milliard d’euros de prêts d’urgence.

Après avoir vécu aux Etats-Unis, Greg Yurokovicth, est retourné dans sa Slovénie natale en 2010 pour ouvrir un restaurant à Ljubljana… puis un deuxième un an plus tard, avec 30 salariés. Face à la pandémie ses restaurants ont dû fermer pendant 6 semaines. Il était évident pour Greg de garder son équipe et leurs compétences le plus longtemps possible. "On devait maintenir le travail de ces personnes pour de nombreuses raisons. Par devoir mais aussi dans le cas d’une réouverture, que se passerait-il si ces personnes étaient parties ? Comment allions-nous maintenir la continuité d’activité ?", explique Greg Yurkovich, patron de pizzerias, à Guillaume Desjardins

La Slovénie a finalement élargi les critères d’accès au chômage et aidé financièrement les entrepreneurs, comme Greg qui ont gardé leurs salariés jusqu’à la réouverture, en partie grâce au programme SURE de l’UE.

Au delà des serveurs et des cuisiniers de Greg, dans les 18 Etats membres bénéficiaires du programme SURE, ce sont entre 25 et 30 millions de travailleurs qui ont ainsi pu conserver un revenu pendant la pandémie. Le but de SURE était de protéger les emplois pendant la crise. L’étape suivante est le plan de relance de l’UE, le NEXT Generation EU, qui a été mis en place pour aider à sortir de la crise. Cette fois ça ne seront pas 100 milliards d’euros mais jusqu’à 750 milliards en subventions et prêts distribués aux pays de l’UE. Le programme de soutien SURE est financé par l’émission d’obligations mutuelles de l’UE à une échelle jamais vue auparavant. Le financement de Next Generation UE sera plus diversifié, mais sera aussi largement financé en émettant des obligations au niveau de l’UE.

Rassurer les investisseurs, agir sur la relance

"On peut penser que pour un euro dépensé, on pourra en récupérer 2, 3, 4 à un horizon de cinq ou dix ans, en fonction du choix des investissements. Ce remboursement se fera naturellement par l'augmentation du niveau de la croissance économique, mais également par des nouvelles formes d'imposition que l'Union européenne est en train de mettre sur la table. On va attendre de voir le prochain budget européen multi annuel pour vraiment s'en préoccuper", explique Guillaume Menuet_, _Lead Euro Area Economist, Citigroup

Ces obligations européennes sont des emprunts publics de la part de l'Union européenne dans son ensemble. Emprunter sous l'étendard communautaire permet de rassurer les investisseurs, mais aussi d'agir sur la relance, dans toute l'Union, de manière plus concertée. Cela permet aussi de réduire les taux d’intérêt et donc de réduire les coûts de recouvrement. Jusqu’à présent, la demande d’obligations SURE a été plus de 10 fois supérieure à l’offre, ce qui est de bon augure pour les obligations de NEXT Genreation EU. Elles devraient être publiés dès cet été - si la Commission européenne obtient le feu vert.

Il y a manifestement un grand intérêt à créer une alternative au dollar
Johannes Hahn
commissaire européen au budget et aux ressources humaines

Pour en savoir plus sur les emprunts de l’UE pour financer ses plans de relance, notre journaliste Naomi Lloyd a rencontré à Bruxelles Johannes Hahn le commissaire européen au budget et aux ressources humaines.

Naomi Lloyd, euronews : Quand pensez-vous que la commission va commencer à emprunter pour le plan de relance ?

Johannes Hahn, **commissaire européen au budget et aux ressources humaines **: De notre point vue, nous serons prêts pour le début du mois de juin. Et je l’espère… rien pour l’instant ne remet en question cet objectif, nous pourrons commencer à aller sur les marchés financiers au début du deuxième semestre.

NL : Vous dites que rien ne remet en question cet objectif, il y a bien sûr deux menaces à ce jour : la décision du tribunal allemand selon laquelle il est inconstitutionnel, et la Pologne qui menace de ne pas le ratifier. A quel point ces menaces sont-elles sérieuses ?

JH : Je suis assez confiant sur le fait que ce sera aussi confirmé par Karlsruhe (NDLR : cour constitutionnelle allemande), mais avant tout, il est important que les réserves soient levées. Et je suis aussi confiant sur le fait que ce sera fait en temps voulu. En politique, on doit être optimiste et j’ai généralement raison de l’être.

NL : Les obligations émises pour SURE ont été un succès. Etes-vous aussi confiant sur l’intérêt que les investisseurs porteront à Next Generation EU ?

JH : L’intérêt est énorme et il l’est parce que les investisseurs considèrent l’euro et l’Union européenne comme un atout sûr, un havre de paix. Et c’est très important par les temps qui courent. Il y a manifestement un grand intérêt à créer une alternative au dollar, pas pour le concurrencer mais pour avoir des alternatives.

NL : Quel impact cela aura-t-il sur l’euro au niveau international ?

JH : Je crois que l’impact sera énorme. Nous allons émettre au moins plus de 800 milliards d’obligations libellées en euros, ça n’a jamais été fait par le passé et cela aura certainement un impact énorme sur le rôle de l’euro. Et sur le marché des capitaux dans le monde, cela renforcera l’euro en tant que véritable monnaie alternative. C’est pourquoi il y a un impact économique mais aussi politique très fort.

- Quel financement pour les plans de relance européens ?

La pandémie de coronavirus a bouleversé l’économie européenne. Les programmes de relance SURE et NEXT Generation UE aident les pays à bâtir des économies plus résilientes. Pour les financer, l’Union européenne émettra jusqu’à 850 milliards d’obligations au cours de ces cinq prochaines années. Emprunter au niveau européen signifie que toutes les économies des pays de l’UE peuvent saisir cette main tendue. C’est la première fois que l’UE prête à si grande échelle, faisant d’elle le nouvel acteur important sur le marché des obligations souveraines. Cela contribue à soutenir la position internationale de l’euro. La cote de crédit élevée de l’Union européenne et sa capacité à garantir la dette signifient que les investisseurs sont plus confiants dans l’achat d’obligations de l’UE. Il s’agit notamment d’obligations sociales et vertes, ce qui signifie que les fonds servent un objectif véritablement social ou vert et seront remboursés d’ici 2058.