DERNIERE MINUTE
This content is not available in your region

Mort de l'ex-dictateur tchadien Hissène Habré, détenu pour crimes contre l'humanité

Access to the comments Discussion
Par Louise Brosolo avec AFP
euronews_icons_loading
Photo d'archive de l'ancien dictateur tchadien Hissène Habré quittant un tribunal de Dakar (Sénégal), le 25 novembre 2005.
Photo d'archive de l'ancien dictateur tchadien Hissène Habré quittant un tribunal de Dakar (Sénégal), le 25 novembre 2005.   -   Tous droits réservés  Schalk Van Zuydam/AP2005
Taille du texte Aa Aa

L'ancien président du Tchad Hissène Habré est mort mardi 24 août, à l'âge de 79 ans. L'ex dirigeant est décédé, probablement du Covid-19, au Sénégal ou il avait été condamné à la prison à vie en 2016 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Après une détérioration de son état de santé en prison, Hissène Habré a été emmené d'urgence dans une clinique privée de Dakar il y a environ une semaine avant d'être transféré dans le principal hôpital de la capitale sénégalaise.

Hissène Habré laisse au Tchad l'image d'un chef de guerre et grand patriote qui a cherché à consolider le jeune État, mais dont la présidence reste entachée par une féroce répression. Elle aura aussi été marquée par la confrontation, avec le soutien de la France et des États-Unis, avec les forces libyennes de Mouammar Kadhafi.

L'actuel numéro un tchadien, Mahamat Idriss Déby, fils d'Idriss Déby Itno, qui renversa Hissène Habré en 1990 pour diriger le pays d'une main de fer pendant 30 ans, a présenté ses "sincères condoléances à sa famille et au peuple tchadien". "A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons", a-t-il dit sur Twitter.

Les premières réactions officielles tchadiennes saluaient davantage l'homme d'État qu'elles n'évoquaient ses méfaits.

Allié de l'Occident contre Kadhafi

L'ancien dirigeant du Tchad, au pouvoir de 1982 à 1990 était un allié de la France, qui le protégeait.

Nationaliste convaincu et farouchement opposé au dirigeant libyen de l'époque Mouammar Kadhafi, qui a les sympathies de Weddeye, il rompt peu après avec son ancien allié, déclenchant une guerre civile à N'Djamena, qu'il doit évacuer fin 1980. A partir de l'est du Tchad, où il a repris le maquis, il combat Goukouni Weddeye soutenu par Tripoli, pour rentrer victorieusement à N'Djamena en 1982.

Son régime, soutenu face à Kadhafi par la France et les Etats-Unis, durera huit ans.

Cette période est marquée par une terrible répression: les opposants - réels ou supposés - sont arrêtés par la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS, police politique), torturés, souvent exécutés.

Une commission d'enquête estimera à plus de 40 000 le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées sous son règne, dont 4 000 identifiées nommément.

Exil au Sénégal

Il avait ensuite été inculpé en 2016 par un tribunal spécial instauré en coopération avec l'Union africaine, dans le premier proces de cette envergure en Afrique pour des violations massives des droits humains.

En décembre 1990, Habré quitte précipitamment N'Djamena, fuyant l'attaque éclair des rebelles d'Idriss Déby Itno, un de ses généraux qui a fait défection 18 mois plus tôt et a envahi le pays depuis le Soudan. Le président Déby, tué en avril 2021 par des rebelles venus de Libye, dirigera le Tchad d'une main de fer pendant 30 ans.

Tribunal spécial

Chassé du pouvoir, Habré trouve refuge à Dakar pour un exil qui sera paisible pendant plus de vingt ans. Il est finalement arrêté le 30 juin 2013 à Dakar puis inculpé par un tribunal spécial créé en vertu d'un accord entre l'Union africaine et le Sénégal.

Son procès, le premier au monde dans lequel un ancien chef d'État est traduit devant une juridiction d'un autre pays, en Afrique, pour violations présumées des droits de l'homme, s'ouvre le 20 juillet 2015.

Le 30 mai 2016, il est condamné à la prison à perpétuité pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité, tortures et viols.

Avec Hissène Habré, "c'est un des bourreaux les plus sanguinaires de l'histoire de l'humanité qui vient de disparaître", a réagi l'un des avocats des victimes, William Bourdon.