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Guerre en Ukraine : "le sort" du Donbass se joue à Severodonetsk selon Zelensky

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Par euronews  avec AFP
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Archives : fumée s'échappant des bâtiments de Severodonetsk, théâtre de violent combats, le 7 juin 2022
Archives : fumée s'échappant des bâtiments de Severodonetsk, théâtre de violent combats, le 7 juin 2022   -   Tous droits réservés  ARIS MESSINIS / AFP

La guerre en Ukraine est entrée ce jeudi dans son 106ème jour. Sur le terrain, les soldats ukrainiens livrent à Severodonetsk l'une des "batailles les plus difficiles" depuis le début de la guerre pour résister aux forces russes qui contrôlent désormais une grande partie de cette ville stratégique de l'Est où, selon le président Volodymyr Zelensky, se joue "le sort" de la région du Donbass.

"Nous défendons nos positions, en infligeant des pertes importantes à l'ennemi. C'est une bataille très dure, très difficile, probablement une des plus difficiles de cette guerre", a affirmé le président ukrainien dans son allocution vidéo diffusée ce mercredi soir.

Pour la Russie, mettre la main sur cette ville serait déterminant en vue d'une conquête de l'intégralité du vaste bassin houiller du Donbass, déjà en partie tenu par des séparatistes prorusses depuis 2014.

A bien des égards, le sort de notre Donbass se décide là", a estimé M. Zelensky.
Volodymyr Zelensky
Président ukrainien, le 8 juin 2022

Quelques heures plus tôt, Serguiï Gaïdaï, gouverneur de la région de Lougansk, avait affirmé que les forces de Moscou "contrôlaient une grande partie de Severodonetsk".

"La zone industrielle est encore à nous, il n'y a pas de Russes là-bas. Les combats se déroulent uniquement dans les rues à l'intérieur de la ville", avait-il annoncé.

La ville voisine de Lyssytchansk est entièrement contrôlée par l'armée ukrainienne mais subit des bombardements "puissants et chaotiques", a encore indiqué Serguiï  Gaïdaï, accusant les forces russes de viser "délibérément" les hôpitaux et les centres de distribution d'aide humanitaire. "Ils tirent avec du gros calibre, les destructions sont énormes", a-t-il ajouté.

"Personne pour m'aider..."

Plus tôt dans la journée, le gouverneur de la région de Lougansavait admis que les forces ukrainiennes devraient "peut-être se retirer" de Severodonetsk.

Les forces de Moscou n'ont progressé que lentement jusqu'ici, faisant dire aux analystes occidentaux que l'invasion russe lancée le 24 février avait tourné à la guerre d'usure, avec des avancées limitées obtenues au prix de destructions massives et de lourdes pertes.

Si beaucoup de civils ont évacué Severodonetsk et Lyssytchansk, plusieurs milliers y sont néanmoins restés --des personnes âgées, les gens s'occupant d'elles ou ceux n'ayant pas les moyens de partir ailleurs.

"Tous les jours, il y a des bombardements, tous les jours quelque chose brûle", témoigne Iouri Krassnikov, assis dans un quartier de Lyssytchansk aux nombreux immeubles endommagés et pavillons calcinés, alors que l'artillerie gronde non loin de là.

"Il n'y a personne pour m'aider", se lamente ce retraité qui se sent abandonné.

Face à la pression des troupes de Moscou, les Ukrainiens répètent avoir urgemment besoin d'armes plus puissantes. Ils se sont jusqu'ici contentés d'armes occidentales de moindre portée.

Washington veut s'assurer que ses systèmes d'artillerie Himars sont bien utilisés

Les Etats-Unis, qui ont annoncé l'envoi de quatre systèmes d'artillerie de précision Himars à l'Ukraine, veulent s'assurer que les soldats ukrainiens maitrisent bien leurs systèmes avant de leur en envoyer davantage, a indiqué ce mercredi le chef d'état-major américain, le général Mark Milley.

Le Himars est un système "sophistiqué", et "il faut certifier ces garçons, s'assurer qu'ils savent comment utiliser ces systèmes correctement", a déclaré le plus haut gradé américain dans l'avion le ramenant à Washington après une tournée en Europe.

AP Photo/The Olympian, Tony Overman
Archives : lance-roquettes multiples HIMARS de l'Armée des Etats-Unis en manœuvre, dans l'Etat de Washington, le 23 mai 2011AP Photo/The Olympian, Tony Overman

Il faut former les opérateurs, mais aussi les soldats chargés de la maintenance, ainsi que les officiers et sous-officiers, a-t-il expliqué aux journalistes l'accompagnant dans sa tournée.

La Maison Blanche a annoncé la semaine dernière l'envoi de quatre systèmes Himars (des lance-roquettes multiples montés sur des blindés légers), un nombre correspondant à une section d'une trentaine de soldats dans l'armée américaine.

Le Royaume Uni a annoncé dans la foulée l'envoi d'un système similaire de lance-roquettes dit MLRS, qui est monté sur un blindé lourd, à chenille.

Le nombre limité de Himars et de MLRS avait été critiqué alors que les Ukrainiens apparaissent en difficultés dans le Donbass face à des Russes "plus nombreux et plus puissants", selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Mais le chef d'état-major américain a assuré qu'il s'agissait d'un choix décidé en concertation avec Kiev d'équiper l'artillerie ukrainienne "une section à la fois".

INTS KALNINS/REUTERS
Lance-roquettes multiples M270 britannique lors de manœuvres en Lettonie, le 27 mai 2022INTS KALNINS/REUTERS

Avec les MLRS fournis par les Britanniques et un autre pays qu'il n'a pas nommé, "dans quelques semaines, ils auront une batterie complète", soit deux sections, a-t-il noté. "Et nous continuerons sur cette base par la suite, au gré des décisions" de la Maison Blanche.

La Russie a mis en garde lundi les pays occidentaux contre des livraisons à Kiev de lance-roquettes de longue portée.

Les experts militaires soulignent que la portée des Himars et des MLRS, de quelque 80 km, est légèrement supérieure à celle des systèmes analogues russes, ce qui permettrait aux forces ukrainiennes de frapper l'artillerie adverse en restant hors d'atteinte.

La guerre en Ukraine responsable d'"une vague sans précédent de faim et de misère"

Plus de 100 jours après l'offensive russe, les conséquences de la guerre continuent de s'aggraver dans le monde, tant sur le plan financier et alimentaire qu'énergétique, touchant 1,6 milliard de personnes, a alerté mercredi le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

"L'impact de la guerre sur la sécurité alimentaire, l'énergie et les finances est systémique, grave et s'accélère".

"Pour les populations du monde entier, la guerre menace de déclencher une vague sans précédent de faim et de misère, laissant dans son sillage le chaos social et économique", a averti M. Guterres

"Il n'y a qu'un seul moyen d'arrêter cette tempête qui se prépare : l'invasion russe de l'Ukraine doit cesser" a ajouté le secrétaire des Nations unies. 

Le blocage des ports ukrainiens par la flotte russe de la mer Noire – à commencer par celui d'Odessa, principal port du pays - paralyse ses exportations de céréales, notamment de blé, dont elle était avant la guerre en passe de devenir le troisième exportateur mondial.

Des pays africains et moyen-orientaux sont les premiers touchés et craignent de graves crises alimentaires.

Quelque 20 à 25 millions de tonnes sont actuellement bloquées, des quantités qui pourraient tripler d'"ici l'automne" pour atteindre 75 millions de tonnes, selon le président ukrainien.

Alors que Moscou accuse les Occidentaux d'être à l'origine de cette pénurie en raison de leurs sanctions, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a rencontré ce mercredi son homologue turc Mevlut Cavusoglu à Ankara pour discuter de "corridors maritimes sécurisés" qui permettraient de reprendre les transports de céréales en mer Noire.