Autriche : Marco Pogo du "parti de la bière" savoure sa troisième place à la présidentielle

Access to the comments Discussion
Par Vincent Coste
Marco Pogo dans son QG de Simmering, à Vienne le 12 octobre 2022
Marco Pogo dans son QG de Simmering, à Vienne le 12 octobre 2022   -  Tous droits réservés  Vincent Coste, euronews

Depuis une semaine, Marco Pogo enchaîne les interviews en Autriche. La raison ? Le candidat du Bier Partei, le parti de la bière, est arrivé en troisième position de l’élection présidentielle le 9 octobre dernier. Un résultat d’autant plus impressionnant à Vienne, où Dominik Wlazny de son vrai nom, s’est hissé à la seconde place du scrutin. Une deuxième position qu’il occupe également chez les moins de 30 ans.

Le rockeur nous a reçu dans son QG du XIème arrondissement de la capitale autrichienne, entre un entretien avec un média allemand et un direct sur une radio autrichienne, pour débriefer sa campagne et son résultat. Prost ! 

"Je me suis adressé directement aux jeunes avec des thèmes qui me concernent - je suis aussi un jeune (il a 36 ans, ndlr). Il s'agit de l'avenir, il s'agit de la protection du climat, il s'agit de la solidarité. Ce sont des thèmes qui intéressent aussi les jeunes. Je suis atypique. Je ne suis pas un politicien normal, je ne veux pas l'être non plus", explique-t-il en guise d'introduction. 

Que ce soit dans la bière ou dans la politique, les nouvelles idées doivent être écoutées.
Dominik Wlazny, alias Marco Pogo

Pour sa campagne, le Bier Partei s’est appuyé sur l’un des grands principes du “Punk”, le Do It Yourself (DIY, pour “fais-le-toi même”). Malgré les faibles moyens de son parti, celui qui a choisi comme nom de scène cette dance où l'objectif est "de tout foutre en l'air" est forcément heureux. 

"Je suis extrêmement satisfait du résultat. Nous avons une équipe très petite par rapport aux autres partis. Le budget de cette campagne électorale a été très faible. Je n'ai pu installer que neuf grandes affiches dans tout Vienne. Mais, j'ai pu faire des vidéos pour diffuser mes idées dans le monde entier. Et le résultat est extrêmement bon. Je n'ai pas non plus de parti parlementaire derrière moi, nous faisons tout cela par nos propres moyens. Et c'est une bonne chose", poursuit-il.

Mais Marco Pogo n’est pas seulement un politicien, c’est surtout un artiste, un musicien. Il a fondé le Bier Partei en 2015, sous le prisme de la satire essentiellement. Mais, tout en continuant "à s'amuser", le docteur Dominik Wlazny, car il est aussi médecin, a inscrit son action à Vienne en militant notamment pour la défense des lieux de culture alternative et des minorités et des personnes précarisées. 

Dans son programme présidentiel, le rockeur a porté l'idée d'un ministère chargé de l'avenir pour identifier "les idées porteuses d'avenir" et problèmes avant qu'ils n'arrivent. 

Vincent Coste, euronews
LP du groupe "Turbobier" de Marco Pogo, devant la résidence officielle du président autrichien à Vienne, le 12 octobre 2022Vincent Coste, euronews

Mais bien sûr, Marco Pogo est un grand amateur de bière à l’image du nom de son groupe “TurboBier”. Un nom qui est aussi celui de sa bière, qu'il estime, on s'en doute, être la meilleure.  

"Que ce soit dans la bière ou dans la politique, les nouvelles idées doivent être écoutées. Et ce n'est qu'à travers la nouveauté et de nouvelles influences, que quelque chose de bon peut naître. Et de ce point de vue, je considère ma candidature comme une incitation à la réflexion pour le pays. Si les thèmes que j'ai abordés sont maintenant plus largement discutés, alors j'aurai tout réussi", avance-t-il en comparant bière et politique. 

L'Autriche n'est pas une île. Nous ne sommes pas quelque part dans les mers du Sud.
Dominik Wlazny, alias Marco Pogo

Les candidats de droite, voire très à droite, étaient très présents lors de ce scrutin remporté par le président sortant, l'écologiste Alexander Van der Bellen. Ce dernier était soutenu par les grandes formations politiques du pays comme les socialistes du SPÖ ou les conservateurs de l'ÖVP. 

Le candidat du parti populiste FPÖ s'est adjugé la seconde place du scrutin. Mais la formation d’extrême-droite autrichienne s'est écroulée depuis le "scandale Ibiza" qui avait poussé à la démission Heinz-Christian Strache, alors vice-chancelier. Marco Pogo, lui, porte l'idée d'une Autriche ouverte sur le monde, loin des revendications populistes du FPÖ.   

"L'Autriche n'est pas une île. Nous ne sommes pas quelque part dans les mers du Sud, où l'on dit que nous n'avons pas besoin des autres. Je pense que cette idée internationale de l'Europe, en travaillant ensemble avec nos voisins, c'est grâce à ça qu'on peut résoudre ces crises. On ne peut pas les résoudre avec des idées populistes très simples", défend-t-il. 

Si Marco Pogo et ses compères du Bier Partei sont forcément ravis des plus de 300 000 voix qui se sont portées sur son nom, se pose bien sûr la question de l'après : le Bier Partei va-t-il s'enraciner dans la vie politique autrichienne ? 

"Les prochaines élections en Autriche sont dans deux ans. Il y a donc une très grande marge de manœuvre pour ce qui peut encore se passer. L'accueil réservé au Bier Partei a été super. Nous gagnons constamment de nouveaux membres. Le parti continuera à faire son travail à Vienne, dans les arrondissements où nous siégeons, comme moi à Simmering (XIe arrondissement de la capitale autrichienne, ndlr). C'est un plaisir et je continuerai à le faire", nous confie-t-il, avant de conclure :   

"Et d'ici là, je vais voir comment ça évolue. Combien de personnes veulent participer, les bonnes personnes, parce que c'est mon bébé. Je veux trouver des personnes qui partagent les mêmes idées que nous. Si maintenant, quand je vois le nombre de jeunes gens qui viennent dans la rue et disent "Hey, super, enfin quelqu'un à qui je peux m'identifier", alors là, oui, je suis très content".