France : une mère estime que "le harcèlement a été l'élément déclencheur" du suicide de son fils

La mère de Lucas, qui s'est suicidé début janvier en raison du harcèlement dont il était victime, lors d'une conférence de presse à Epinal dans l'est de la France, le 30/01
La mère de Lucas, qui s'est suicidé début janvier en raison du harcèlement dont il était victime, lors d'une conférence de presse à Epinal dans l'est de la France, le 30/01 Tous droits réservés JULIEN SENGEL / AFPTV / AFP
Par euronews avec AFP
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La maman du jeune Lucas, 13 ans, a également tendu la main aux collégiens qui ont harcelé son fils.

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Le harcèlement qui a visé Lucas a été "l'élément déclencheur" de son suicide, a estimé lundi sa mère, mais celle-ci, malgré sa douleur, a tendu la main aux quatre adolescents qui seront jugés au printemps à Epinal pour avoir harcelé son fils de 13 ans en raison de son homosexualité supposée.

"Pour moi c'est le harcèlement qui a été l'élément déclencheur", a déclaré Séverine, 35 ans, très émue lors d'une conférence de presse organisée à Epinal aux côtés de son avocate, Me Catherine Faivre.

Face à un mur de caméras et de micros, la voix à plusieurs reprises altérée par l'émotion, elle a répondu pendant un bon quart d'heure aux questions des journalistes, massés dans le cabinet de l'avocate, sur la mort de son fils de 13 ans. Lucas était scolarisé dans un collège de Golbey, dans le département de l'est de la France des Vosges. Le jeune garçon s'est donné la mort le 7 janvier.

Quatre collégiens, deux garçons et deux filles, également âgés de 13 ans, seront jugés au printemps pour l'avoir harcelé et poussé au suicide, avait annoncé vendredi dernier le procureur de la République d'Epinal, Frédéric Nahon. Celui-ci a aussi annoncé l'ouverture d'une "enquête incidente contre X pour non dénonciation de mauvais traitements sur mineurs".

"Présumés innocents, inconnus de la justice, (ils) feront l'objet d'une évaluation par la protection judiciaire de la jeunesse avant leur jugement", a souligné le procureur.

"Des gamins"

Ils seront jugés "au printemps" et "à huis clos" devant un juge des enfants, a précisé Me Faivre, qui a prévenu que sa cliente, soumise à une intense "pression" médiatique, ne s'exprimerait plus publiquement jusqu'à l'audience.

Les peines encourues en pareils cas sont normalement de 10 ans de prison et 150 000 euros d'amende, mais les quatre auteurs bénéficient de "l'excuse de minorité": les peines encourues sont ainsi divisées par deux, a précisé Me Faivre.

"Je suis désolée" de n'avoir "pas pu (...) sauver (Lucas). Personne n'a pu", a confié la mère de Lucas.

"Des choses (...) n'ont pas été faites, le corps enseignant aurait pu", aurait "dû faire plus", a-t-elle ajouté. Elle aurait ainsi souhaité que des mesures "disciplinaires" soient prises "bien plus tôt" contre les "harceleurs" de son fils.

La maman du jeune garçon a toutefois appelé à ne pas s'en prendre à eux, estimant que cela reviendrait "à nourrir la haine (...) La justice doit faire son travail".

"Ca reste des gamins", a-t-elle souligné. Mais "je suis quand même obligée de leur en vouloir, mon fils n'est plus là" parce qu'ils "ont été méchants avec lui", a-t-elle ajouté, la voix étranglée par l'émotion.

Elle leur a malgré tout tendu la main, souhaitant que leur comparution devant la justice les fasse "réfléchir" et qu'ils "ne recommencent plus".

Elle a ainsi expliqué vouloir à l'avenir intervenir dans des établissements scolaires pour sensibiliser contre le harcèlement.

"Quand on ira faire des interventions, qu'ils (les quatre adolescents, ndlr) viennent avec nous, ça pourrait être bien qu'ils interviennent avec nous", pour expliquer les conséquences de ce "qu'ils ont fait", a-t-elle encore estimé.

"Si je pouvais aider les autres, avec leur ressenti à eux, ça serait une victoire de plus, un pas en avant pour faire réfléchir tout le monde", a ajouté Séverine.

Une Marche blanche dimanche prochain

Une marche blanche en hommage à Lucas se tiendra dimanche à Epinal, a-t-elle par ailleurs annoncé. "C'est notre manière de rendre hommage" à Lucas et de le "maintenir en vie", a-t-elle expliqué.

La mort de l'adolescent, qui avait indiqué dans son journal intime sa volonté de mettre fin à ses jours, avait provoqué une vive émotion et déclenché de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

"Je pense à tous les élèves comme lui harcelés : leur désespoir fonde ma détermination à empêcher toute forme de harcèlement", avait indiqué sur Twitter le ministre de l'Education, Pap Ndiaye. "Aucun enfant ne doit trouver comme issue ultime le suicide", s'était-il ému.

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"Le suicide de Lucas est tragique", avait également réagi sur Twitter SOS Homophobie. "La lutte contre le harcèlement scolaire doit être urgemment renforcée. Qu'un établissement agréé par @éducation_gouv ne réagisse pas à de nombreux signalements est alarmant", avait encore estimé l'association LGBT+.

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