Ce qu'il faut savoir sur les empoisonnements d'écolières en Iran

L'ayatollah Ali Khamenei, le 6 mars 2023 à Téhéran, où il a abordé pour la première fois la vague d'empoisonnement de jeunes filles.
L'ayatollah Ali Khamenei, le 6 mars 2023 à Téhéran, où il a abordé pour la première fois la vague d'empoisonnement de jeunes filles. Tous droits réservés AP Photo via les services du Guide de la Révolution
Par euronews avec AFP et AP
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Près de trois mois après les premiers cas d'empoisonnements ciblant des jeunes filles scolarisées dans différentes régions du pays, les autorités iraniennes ont annoncé les premières arrestations. Le point sur cette affaire qui a provoqué des réactions hors des frontières de l'Iran.

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En Iran, le mystère reste entier autour d'une série d'intoxication, ciblant très principalement des jeunes filles scolarisées dans les établissements du pays. Au cours des trois derniers mois, des milliers de cas ont été répertoriés par les autorités. Euronews vous propose de faire le pont sur cette affaire qui survient alors que l'Iran fait face à un mouvement de contestation depuis la mort, le 16 septembre 2022, de Mahsa Amini. Cette jeune femme kurde avait été détenue par la police des mœurs qui lui reprochait d'avoir enfreint le code vestimentaire strict imposant notamment aux femmes le port du voile en public.

Où cela a-t-il commencé ?

C'est dans la ville de Qom, située à 150 km au sud de la capitale Téhéran, que les premiers cas d'empoisonnements sont apparus, selon un média local. Le 30 novembre 2022, Qom News a ainsi fait état de 18 cas d'empoisonnement par voies respiratoires de jeunes filles dans une école de cette agglomération de plus de 1,2 million d'habitants. 

Quelques jours plus tard, cette même source a indiqué qu'une autre série d'intoxication avait été observée dans un autre établissement scolaire de cette ville sainte du Chiisme. Depuis, ce sont des centaines de cas qui ont été enregistrés à Qom, concernant essentiellement des fillettes âgées de 10 ans.    

Quelle est la situation aujourd'hui ?

Après Qom, des cas similaires ont été signalés dans de très nombreuses villes, dont Téhéran, Abhar (ouest), Ahvaz (sud-ouest), Zanjan (ouest), Machhad (nord-est), Chiraz (sud) et Ispahan (centre), selon les des agences de presse iraniennes.  Au total, "plus de 5 000 élèves ont été affectées" dans "quelque 230 établissements scolaires" dans 25 des 31 provinces du pays depuis fin novembre, a indiqué ce mardi Mohammad-Hassan Asafari, de la commission d'enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les causes de cette vague d'empoisonnements. 

Par ailleurs, les autorités ont arrêté ce lundi un journaliste, Ali Pourtabatabaei, qui avait suivi pour le site Qomnews l'affaire des empoisonnements dans la ville sainte de Qom.

Quels sont les symptômes ?

Partout le même scénario semble se répéter. Les victimes ont indiqué avoir senti des odeurs "désagréables" ou "inconnues". Après avoir respiré dans leurs écoles cet air chargé de ces odeurs, les jeunes filles ont présenté des symptômes tels que trouble respiratoire, étourdissement, mal de tête, nausée, essoufflement ou encore vertige. 

"Une très mauvaise odeur s'est répandue tout d'un coup, je me suis sentie mal et suis tombée sur le sol", a ainsi témoigné une écolière sur une chaîne de télévision iranienne. 

AFP via vidéo publiée le 5 mars sur la plateforme ESN
Jeunes filles intoxiquées prises en charge par le personnel médical d'un hôpital de la ville d'Abadan (Date non précisée)AFP via vidéo publiée le 5 mars sur la plateforme ESN

Certaines de ces victimes ont été brièvement hospitalisées, selon les autorités qui ajoutent qu'aucun cas grave ou décès n'ont été enregistrés. Mais certaines sources indiquent qu'au moins une jeune fille aurait succombé après avoir été intoxiquée par un gaz. L'ONG "Center for Human Rights in Iran", citant une journaliste, fait état du décès d'une jeune fille âgée de 11 ans à Qom en février. De plus, selon cette même source, les autorités locales auraient fait pression sur sa famille pour l'enterrer au plus vite et pour ne pas médiatiser sa disparition. 

Enfin, selon les autorités, les tests menés pour identifier les substances n'ont pas pas permis de les déterminer avec certitude. 

Quelle est la réponse des autorités ?

Téhéran a annoncé ce mardi de premières arrestations dans l'enquête ouverte sur cette série d'intoxications qui a provoqué une forte émotion dans le pays.

AFP via vidéo publiée le 4 mars 2023 sur la plateforme ESN
Parents manifestant devant un bâtiment du ministère iranien de l'Eduction, à Téhéran (Date non précisée)AFP via vidéo publiée le 4 mars 2023 sur la plateforme ESN

Ces arrestations interviennent alors que des parents d'élèves s'étaient mobilisés pour appeler les autorités à agir. 

Le ministère iranien de l'Intérieur a ainsi indiqué, dans un communiqué, que les services de sécurité et de renseignement avaient identifié et arrêté "un certain nombre de personnes" soupçonnées de préparer des substances dangereuses dans au moins six provinces du pays

Le communiqué indique également que trois d'entre elles avaient des antécédents criminels "dont une implication dans les récentes émeutes", terme utilisé par les autorités pour décrire les manifestations déclenchées après la mort de Mahsa Amini. 

Toujours selon le ministère, l'une d'elles "i_ntroduisait des substances irritantes à l'école par l'intermédiaire de son enfant_" et envoyait aux "médias hostiles" des images des écolières après les empoisonnements pour "créer la peur parmi les gens et entraîner la fermeture des écoles".

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, avait lui réclamé un jour plus tôt des "peines sévères" à l'encontre des responsables de ces "crimes impardonnables".

"Il n'y aura pas d'amnistie" pour ces personnes, a averti la plus haute autorité de l'Iran qui s'exprimait ce lundi sur cette affaire pour la première fois.

Cette affaire a-t-elle un impact hors des frontières iraniennes ?

Ces derniers jours, la communité internationale s'est emparée de cette affaire. Les Etats-Unis ont appelé ce lundi à "une enquête crédible et indépendante". "Si ces empoisonnements sont liés à la participation à des manifestations, alors cela relève tout à fait du mandat de la mission indépendante d'établissement des faits des Nations unies", créée en novembre pour enquêter sur les violations des droits humains en Iran, a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche Karine Jean-Pierre.

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La semaine dernière, le Haut-Commissariat aux droits de l'Homme des Nations unies a également demandé "une enquête transparente" et des conclusions publiques.

"Les informations au sujet d'écolières empoisonnées en Iran sont choquantes", a en outre jugé vendredi dernier la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock.

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