Migration : "Nous avons fait office de pompiers et d'architectes", selon Margaritis Schinas

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Par Oleksandra VakulinaEuronews
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L'Union Européenne ne risque-t-elle pas de voir sa politique migratoire sanctionnée dans les urnes, lors des élections européennes du mois de juin ? Ce sera l'objet du débat avec Margaritis Schinas, vice-président de la Commission Européenne, dans the Global Conversation

L'Union européenne a-t-elle fait le bon choix au sujet de l'un des dossiers les plus clivants qui soient, à savoir la politique migratoire ? Et comment cela peut-il interférer avec les prochaines élections européennes au mois de juin ? Pour en parler, nous sommes aujourd'hui avec Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne, dans ce nouveau numéro de the Global Conversation.

Oleksandra Vakulina, Euronews - Nous allons d'abord évoquer l'un des dossiers les plus épineux qui soient pour l'UE, à savoir la politique migratoire. Lorsque vous êtes devenu commissaire en 2019, cette question constituait déjà un enjeu majeur. Depuis, cette crise a pris une nouvelle ampleur, en raison des conflits qui ont émergé et de l'invasion de l'Ukraine.

Comment envisagez-vous les politiques migratoires actuelles de l'UE, compte tenu des récents accords signés avec l'Égypte et la Tunisie ? Pensez-vous que ce type d'accords va se multiplier ?

Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne - Au cours du cycle politique actuel, sur les questions migratoires, nous avons dû à la fois faire office de pompiers et d'architecte, pour trouver des solutions. Nous avons joué le rôle de pompiers, pour faire face aux nombreuses crises, tant à nos frontières extérieures qu'à l'intérieur de l'Union, pour gérer l’urgence de crise en crise, d'incident en incident, de navire en navire.

Et j'ose affirmer que, dans la plupart des cas, nous avons réussi à gérer les nombreuses urgences sur la question migratoire. De plus, pour la première fois, après des décennies d'échec, nous sommes parvenus à un accord majeur au sein de l’Union, avec le nouveau pacte européen sur la migration et l’asile.

Depuis le 20 décembre dernier, l'Europe dispose enfin d'une politique migratoire globale, avec une vue d’ensemble, qui démarre avant nos frontières, avec les pays d'origine et de transit - j’évoquerai bientôt l'Égypte - puis avec un contrôle plus fédéralisé de nos frontières extérieures, et enfin une mise en œuvre de la solidarité.

En ce qui concerne le volet extérieur de la politique migratoire, nous avons investi beaucoup de temps et d'énergie, et nombre de mes collègues, notamment le président du conseil européen Charles Michel, nous ont beaucoup aidés. Nous avons tenté d'instaurer des partenariats avec les 25 pays d'origine et de transit qui comptent le plus en matière de flux migratoires.

Nous ne pourrons jamais gérer l’aspect intérieur, si nous ne sommes pas capables de le faire vis-à-vis de l’extérieur. Et je pense qu'aujourd’hui, compte tenu de l'accord historique signé avec l'Égypte, qui s'inscrit dans la droite ligne de nos déclarations vis-à-vis de la Turquie, après l'accord signé avec la Tunisie, nous avons désormais une trame d'accords de partenariat avec les principaux pays concernés dans ce dossier, et qui nous aideront sans nul doute à améliorer la gestion des flux migratoires dans une logique de coopération.

Et en ce qui concerne les élections, la politique en matière d'immigration a toujours été l'un des sujets les plus clivants qui soient, aussi bien au niveau national qu'à l'échelle européenne. Ces dernières années, nous avons observé un basculement de la part des différents gouvernements européens. C'est une réalité. Redoutez-vous une éventuelle polarisation du centre vers la droite, à l'issue des élections européennes de juin ?

Tout d'abord, je pense que nous pouvons être fiers de l'Union européenne, sur le plan collectif, car nous constituons une union de démocraties. Ces élections sont une bonne chose pour nous. C'est la raison pour laquelle les gens nous envient, c’est ce qui nous vaut une admiration dans le monde entier, c’est grâce à la tenue d’élections libres et ouvertes. Les élections européennes constituent d'ailleurs le deuxième processus électoral le plus important de la planète, après les élections en Inde. Donc, non, je ne suis pas particulièrement inquiet.

Ce qui compte, c'est que les Européens aillent voter et qu'ils donnent leur avis sur ce qui marche et ce qui ne marche pas. Je ne pense pas qu'il faille en tirer des conclusions hâtives, en prédisant une victoire des extrêmes, ou de l'extrême droite, qui viendrait paralyser tout le système.

Certes, 24 % des Néerlandais ont voté pour Geert Wilders, mais 76 % ne l'ont pas fait. Et il ne sera pas Premier ministre des Pays-Bas. Et si vous regardez de plus près, en Pologne, ce n'est pas la droite populiste qui a gagné, c'est Donald Tusk et ses alliés modérés. A Rome, je ne vois pas Giorgia Meloni comme un catalyseur des "poutinophiles extrêmes", je la vois comme un barrage à l'extrême droite et aux amis de Poutine. Il faut donc attendre un peu. Ne tirons pas de conclusions hâtives. Nous avons encore deux mois pour aviser. Attendons de voir ce qui se passe.

Il reste en effet deux mois. Mais envisagez-vous que votre groupe politique puisse sceller une alliance avec l'extrême droite ? Et où se situe selon vous la ligne rouge à ne pas franchir, pour votre groupe, en termes d’alliances ?

Je suis ici en ma qualité de vice-président de la Commission européenne, je ne brigue pas le poste de Manfred Weber, mais je peux donner mon avis personnel sur l'évolution de la situation. Je pense que le PPE sera au cœur d'une large coalition de forces pro-européennes modérées. Comme cela a toujours été le cas.

Pour l’instant, je ne vois pas le PPE de Kyriakos Mitsotakis, par exemple, nouer une alliance avec l'extrême droite. Cela n'arrivera pas. Kyriakos Mitsotakis et Jean-Claude Juncker sont ceux qui ont appelé à ce qu'Orban quitte le PPE, je vous rappelle. Je le conçois donc comme un parti au cœur d'un nouveau système d'alliances au sein du Parlement européen.

Nous pouvons travailler ensemble sur certains dossiers, comme nous l'avons fait pour le pacte migratoire, avec une grande partie des Conservateurs et Réformistes Européens de l'ECR; Giorgia Meloni et les eurodéputés italiens de Fratelli d'Italia ont largement soutenu notre pacte avec les libéraux, le centre-droit et les socialistes. Voilà la manière dont je vois le centre de gravité du Parlement à venir.

Enfin, envisagez-vous de faire plus d'efforts pour inciter les jeunes Européens à se rendre aux urnes et à aller voter en juin, en particulier pour ceux dont ce sera la toute première élection ?

Absolument. Regardez ce qui s'est passé lors du référendum sur le Brexit. Nous avions de nombreuses figures pro-européennes inspirantes au Royaume-Uni, mais le camp du "oui" n'a pas réussi à les mobiliser. Et c'est une erreur que nous avons payée cher. Ne commettons pas la même, lors des prochaines élections européennes.

Il y a de nombreux leaders dans les domaines du sport, de la culture, des arts, de la philosophie et de la création. Le monde entier nous envie en matière de football. Dans tous les domaines, nous excellons.

Et la plupart de ces personnes sont des Européens convaincus, ils travaillent en-dehors des frontières, ils ont une notoriété internationale. Pourquoi ne s’adresseraient-ils pas aux jeunes Européens et pour leur dire d'aller voter ? Je pense que c'est une option à laquelle les gouvernements devraient réfléchir. Je le fais, ici, à Bruxelles. Je ne pense pas que les commissaires européens soient les bonnes personnes pour parler aux jeunes, et les inciter à voter. Il est même probable que cela produise l'effet inverse. Mais je profite de l’inauguration des nouveaux bureaux d'Euronews pour lancer un appel à ceux qui donnent l'exemple, qui incarnent des modèles. Ce sont les figures dont nous avons besoin.

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