Le nombre de demandes d'asile dans l'UE, la Norvège et la Suisse a diminué en 2024, bien qu'il reste supérieur au million pour la deuxième année consécutive. Près de la moitié des demandes déposées auraient de faibles chances d'aboutir.
Les demandes d'asile enregistrées dans l'ensemble de l'Union européenne, en Norvège et en Suisse ont diminué de 11 % en 2024, atteignant 1 014 420, contre 1 143 437 en 2023. Cependant, le nombre reste au-dessus du million pour la deuxième année consécutive, selon l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (AUEA).
L'UE prévoit la création de "centres de retour"
Le rapport de l'AUEA révèle que près de la moitié des demandes proviennent de ressortissants dont les chances d'obtenir une décision favorable sont historiquement faibles, ce qui alimente les inquiétudes des États membres de l'UE. Ces derniers ont demandé à Bruxelles de réformer la législation pour accélérer l'expulsion des demandeurs d'asile déboutés, notamment ceux venant chercher de meilleures conditions de vie, et non pour fuir des persécutions.
Face à ces préoccupations, la Commission européenne a approuvé une proposition controversée visant à créer des camps en dehors du territoire de l'UE, également connus sous le nom de "centres de retour", pour transférer les personnes dont la demande a été rejetée. Une directive sur le retour révisée devrait être présentée prochainement.
Les demandes des Ukrainiens en hausse de 90 %
Les Syriens, Afghans, Vénézuéliens, Turcs et Colombiens restent les groupes les plus nombreux, mais des tendances divergentes apparaissent.
Les demandes syriennes ont diminué de 17 %, tandis que celles des Vénézuéliens ont augmenté, atteignant un record de 73 187, principalement en Espagne.
L'Espagne a également connu une pression migratoire extraordinaire dans les îles Canaries en raison du conflit en cours dans la région du Sahel central. Les demandes émanant de citoyens du Mali (17 000) et du Sénégal (14 000) ont doublé par rapport à l'année précédente.
Les Ukrainiens fuyant la guerre en Russie ont déposé 27 000 demandes d'asile en 2024, soit une hausse de 90 % par rapport à 2023. Cette forte hausse est liée à la directive sur la protection temporaire, un régime spécial qui s'applique aux citoyens ukrainiens et qui doit expirer en mars 2026. La demande d'asile peut constituer une alternative à long terme à la directive.
L'Allemagne, premier pays d'accueil de l'UE
L'Allemagne reste le pays d'accueil principal avec 237 000 demandes, bien qu'il y ait une baisse de 29 % par rapport à 2023. L'Espagne et l'Italie suivent respectivement avec 165 767 et 158 867 demandes. Chypre se distingue par le plus grand nombre de demandes par habitant.
La migration irrégulière a été l'un des sujets qui ont dominé le débat des élections législatives de février. Friedrich Merz, le dirigeant conservateur pressenti pour devenir le prochain chancelier, a promis un durcissement radical de la législation allemande en matière d'immigration et d'asile.
Chypre, petite île de la Méditerranée, a reçu le plus grand nombre de demandes d'asile par habitant : une pour 138 résidents.
Par ailleurs, la Hongrie n'a reçu que 29 demandes en 2024 en raison des restrictions qu'elle impose depuis longtemps au droit d'asile, que la Cour de justice de l'Union européenne a qualifiées de "violation sans précédent et exceptionnellement grave du droit de l'Union européenne".
La Hongrie fait actuellement l'objet d'une amende de plusieurs millions de dollars de la part de la CJUE, qui est progressivement déduite de la part du budget de l'UE allouée au pays.
42 % de reconnaissance des demandes d'asile
Le taux de reconnaissance des demandes d'asile a atteint 42 % en 2024, avec des disparités importantes entre pays. Les Syriens, Maliens, Érythréens et Ukrainiens bénéficient des taux les plus élevés, tandis que ceux originaires de pays comme la Turquie, le Nigeria et le Venezuela ont des chances de succès beaucoup plus faibles.
Depuis des années, l'UE tente de réduire le nombre de demandeurs ayant un faible taux de reconnaissance afin d'éviter de submerger les autorités avec des dossiers qui ont peu de chances d'aboutir. Bruxelles a signé des accords financés par l'UE avec la Tunisie, l'Égypte et le Liban pour renforcer les contrôles aux frontières et empêcher le départ des migrants en situation irrégulière.
Mais un examen plus approfondi des statistiques de 2024 montre les limites de cette approche.
Selon Frontex, l'agence européenne de surveillance des frontières, 239 000 personnes ont franchi les frontières de manière irrégulière l'année dernière, soit une baisse de 38 %. Cela signifie que la majorité des 1 014 420 demandes d'asile déposées en 2024 provenaient de personnes arrivées dans l'Union par des voies légales.